GERVAIS, LE MARQUIS
GERVAIS
Ah çà! à nous deux maintenant; en avant le grand remède I {S' approchant du marquis.) Hél monsieur le marquis?
LE MARQUIS
Ah! c'est toi, Gervais? (Se levant.) Eh bien I que veux-tu?
GERVAIS
Je voulais vous dire... Tiens, à propos, si avant de commencer la besogne nous allions chez le voisin boire un coup, sans façon, selon notre habitude.
LE MARQUIS
Au cabaret? du tout, je n'ai pas soif.
GERVAIS
Ah! à votre aise, monsieur le marquis l
LE MARQUIS
Vois-tu, nous allons trop souvent au cabaret.
GERVAIS
Dam! je tâche de vous y conduire chaque /ois que vous êtes triste, et.. .
LE MARQUIS
Et à ce compte-là nous n'en sortirons pas l mais j'aime mieux oublier mes chagrins autrement.
^3e comprends que le cabaret^éplaise à monsieur le marquis; quand on a été...
LE MARQUIS
Ehl non, non, tu sais bien que ce n'est pas par fierté... Mais causons un peu d'affaires. As-tu çté plus heureux que moi dans tes courses ?
GERVAIS
Non; tous mes anciens débiteurs m'ont fait mettre à la porte.
LE MARQUIS
Ça ne m'étonne pas, c'est comme ça que je faisais ; mais du moins il doit te rester l'argent de ton fonds.
GERVAIS
L'argent de mon fonds ?
LE MARQUIS
Certainement, puisque tu l'as vendu.
GERVAIS, à part.
Ne Jui disons pas que ça a passé dans sa maladie.
LE MARQUIS
Eh bien?
GERVAIS
Eh bien! cet argent, je l'avais laissé chez un homme d'affaires, et le scélérat à pris la fuite.
LE MARQUIS
Il se pourrait!
' Dam I les banqueroutes , ça arrive à tout le
monde; il n'y a pas de préférence pour les savetiers.
LE MARQUIS
Ainsi tu es ruiné, complètement ruiné ? Pauvre homme! et c'est pour moi... Mon parti est pris, Gervais : demain, aujourd'hui même, il faut nous séparer I
GERVAIS
Hein? quoi? comment I nous séparer?
LE MARQUIS
Il le faut ; c'est mal à moi de rester à ta charge, / et j'en suis honteux.
GERVAIS
Mais je ne le veux pas .
LE MARQUIS
T'obliger à travailler jour et nuit, à te tuer le corps et l'ame pour me nourrir! et je ne m'apercevais pas de cela, moi! J'étais'^, seul avec ma douleur, comme un égoïste, sans songer que pour moi... Oh I mais c'est fini, nous nous quitterons!
GERVAIS
^ Du tout! Eh bien! si je veux , moi, travailler jour et nuit, si ça m'amuse la fatigue, si ça me rend heureux de me tuer, ça ne jegarde personne ?
Personne, excepté moi, et je pars!
GERVAIS
Ohl non, non! Mais où irez-vous? que deviendrez-vous seul, sans amis dans le monde?
LE MARQUIS
. Je trouverai...
^ GERVAIS
Qui prendra soin de vous si vous êtes malade qui vous consolera si vous souffrez?
LE MARQUIS
Bah ! bah ! il y a un Dieu pour tous les malheureux, il doit y en avoir un aussi pour les pauvres marquis.
GERVAIS
Et c'est quand vous venez de m'apprendre cette démarche faite pour moi auprès de votre femme... Eh bien 1 non, non, vous ne partirez pas !
LE MARQUIS
Si fait.
GERVAIS
Du tout!
LE MARQUIS
Qui m'en empêchera?
GERVAIS
Moi donc, monsieur le marquis, moi, qui ne suis plus votre ami, mais votre créancier.
• Comment?
GERVAIS
Ah ! VOUS aviez bien raison autrefois de m' empêcher de déchirer cette sentence qui devait me garantir de votre ingratitude. La voilà, monsieur le marquis! Oui, oui, le parlement vous a adjugé à moi, vous m'appartenez, vous me devez trois mille deux cents livres. Avez-vous trois mille deux cents livres à cae rembourser? Non. Eh bienl vous
n'avez pas le droit do mo quitter, vous n'avezpas le droit d'être malheureux ailleurs qu'avec moi, de vous en aller mourir de faim ailleurs tant qu'il me reste un morceau de pain à partager avec vous.
LE MARQUIS
Mon ami... {Il lui saisit la main) Eh bien! oui, je reste.
GERVAIS
. Ah! enfin...
^ LE MARQUIS
Mais je veux , si je le puis, me rendre utile. Il y a des outils pour deux dans l'échoppe, et...
GERVAIS
Vous, monsieur le marquis?...
Moi-même; et...
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