ASPASIE, LE MARQUIS
LE MARQUIS, ttvec ironic.
Comment! vous ici, madame la marquise... à pied, sur le pavé!...
ASPASIE
Oui , monsieur , oui , me voilà ; vous pouvez vous applaudir de cette ruse employée pour m'y amener.
LE MARQUIS
Une ruse!... comprends pas... si vous voulez bien m'expli... Mais prenez donc la peine d'entrer et de vous asseoir...
Il lui montre l'e'clioppe.
ASPASIE
Monsieur, je parle de cette enseigne... mais me voilà, je suis venue... ôtez-la, ôtez-ladonc enfin!
LE MARQUIS
L'ôter!... oh! madame la marquise n'exigera pas ça d'un pauvre diable comme moi. . . c'est mon gagne-pain... ma vie... et...
ASPASIE
Vous n'avez pas l'intention, je crois, de laisser votre nom au-dessus de l'échoppe d'un misérable.
LE MARQUIS
Excusez!... cette échoppe, c'est la mienne.
ASPASIE
La vôtre?...
LE MARQUIS
Oui, madame, oui ; un brave homme m'y a recueilli, quand on me repoussait ailleurs... C'est ma demeure aT présent, et je peux vous y recevoir... oh ! soyez tranquille, madame, vous pouvez y entrer... il n'y a pas là de valets pour vous en chasser !
Je vous comprends , monsieur, et ce reproche injuste...
LE MARQUIS
Injuste, oui, oui... mais entrez donc... l'ameublement vous déplaît peut-être... ah! dam! je n'ai pas de bergères de velours et de soie; mes sofas sont en sapin et mes plians en osier.... mais c'est égal , si madame la marquise veut prendre la peine de s*asseoir...
ASPASIE
^ Ainsi vous ne rougissez pas de flétrir votre nom ?
LE MARQUIS
Mon nom!... qu'est-ce que c'est donc que mon nom ?... Vous pensiez le payer bien assez cher de six mille livres par an?
ASPASIE
Mais rappelez-vous du moins que vous n'êtes pas seul à le porter.
LE MARQUIS
C'est juste... oh! je m'en souviens, allez... m^is si vous êtes libre de l'écrire en lettres d'or sur la porte de votre hôtel, je peux bien l'écrire sur mon échoppe, c'est tout simple; vous êtes marquise , moi je suis savetier ; chacun écrit son nom où il peut.
ASPASIE
Ah! monsieur, monsieur I...
Et puis, vous, /î'est par vanité que vous l'attachez là-haut ; mof^ c'est différent !
ASPASIE
Comment ?
LE MARQUIS
Ça m'amène des pratiques.
ASPASIE
Des pratiques?...
LE MARQUIS
Oui, oui... car je suis savetier, moi, à présent... je suis savetier... Et regardez donc là, dans ce cabaret , tous ces gens qui nous apportent de l'ouvrage... Oh! oh! voilà votre carrossier, votre vieil orfèvre, et le marchand d'étoffes... ah! dam! c'est bien un peu le nom qui les amène... parce qu'ils se disent : Quand nous allons prendre les commandes de M^^e la marquise si fière , nous restons les yeux baissés devant elle ; eh bien, ça nous amusera de regarder pendant ce temps-là nos chaussures raccommodées par son mari... C'est si méchant les petits bourgeois!.... Faudra me donner la pratique de vos laquais , madame la marquise.
ASPASIE
Ah ! monsieur... monsieur... que vous êtes cruel!...
LE MARQUIS, changeant dû ton.
Moi, cruel ! ... et c'est vous qui trouvez ça. . . parce que je demande que vous me laissiez être heureux à ma manière!... Vous voulez que je vous sa- ««crifie mon bonheur d'aujourd'hui après "mon bonheur d'autrefois. {Avec émotion. ) Ah! je sais bien qu'alors je ne vous aurais rien refusé ; je sais bien que, si vous étiez venue à moi franchement , sans détours , si vous m'aviez dit : Pour être heureuse , bien heureuse et briller dans le monde , il me faut ton nom , il me faut ton titre et ta vie; je vous aurais tout donné, oui, tout, et sans conditions... sans exiger de vous ni amour ni mariage... J'aurais été heureux de mon sacrifice; je me serais cru assez payé de ma misère par votre joie, de mes tourraens par votre bon-
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