‹ Le mariage d'orgueil, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 27 sur 37 · ASPASIE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

ASPASIE, LE MARQUIS

LE MARQUIS, ttvec ironic.

Comment! vous ici, madame la marquise... à pied, sur le pavé!...

ASPASIE

Oui , monsieur , oui , me voilà ; vous pouvez vous applaudir de cette ruse employée pour m'y amener.

LE MARQUIS

Une ruse!... comprends pas... si vous voulez bien m'expli... Mais prenez donc la peine d'entrer et de vous asseoir...

Il lui montre l'e'clioppe.

ASPASIE

Monsieur, je parle de cette enseigne... mais me voilà, je suis venue... ôtez-la, ôtez-ladonc enfin!

LE MARQUIS

L'ôter!... oh! madame la marquise n'exigera pas ça d'un pauvre diable comme moi. . . c'est mon gagne-pain... ma vie... et...

ASPASIE

Vous n'avez pas l'intention, je crois, de laisser votre nom au-dessus de l'échoppe d'un misérable.

LE MARQUIS

Excusez!... cette échoppe, c'est la mienne.

ASPASIE

La vôtre?...

LE MARQUIS

Oui, madame, oui ; un brave homme m'y a recueilli, quand on me repoussait ailleurs... C'est ma demeure aT présent, et je peux vous y recevoir... oh ! soyez tranquille, madame, vous pouvez y entrer... il n'y a pas là de valets pour vous en chasser !

Je vous comprends , monsieur, et ce reproche injuste...

LE MARQUIS

Injuste, oui, oui... mais entrez donc... l'ameublement vous déplaît peut-être... ah! dam! je n'ai pas de bergères de velours et de soie; mes sofas sont en sapin et mes plians en osier.... mais c'est égal , si madame la marquise veut prendre la peine de s*asseoir...

ASPASIE

^ Ainsi vous ne rougissez pas de flétrir votre nom ?

LE MARQUIS

Mon nom!... qu'est-ce que c'est donc que mon nom ?... Vous pensiez le payer bien assez cher de six mille livres par an?

ASPASIE

Mais rappelez-vous du moins que vous n'êtes pas seul à le porter.

LE MARQUIS

C'est juste... oh! je m'en souviens, allez... m^is si vous êtes libre de l'écrire en lettres d'or sur la porte de votre hôtel, je peux bien l'écrire sur mon échoppe, c'est tout simple; vous êtes marquise , moi je suis savetier ; chacun écrit son nom où il peut.

ASPASIE

Ah! monsieur, monsieur I...

Et puis, vous, /î'est par vanité que vous l'attachez là-haut ; mof^ c'est différent !

ASPASIE

Comment ?

LE MARQUIS

Ça m'amène des pratiques.

ASPASIE

Des pratiques?...

LE MARQUIS

Oui, oui... car je suis savetier, moi, à présent... je suis savetier... Et regardez donc là, dans ce cabaret , tous ces gens qui nous apportent de l'ouvrage... Oh! oh! voilà votre carrossier, votre vieil orfèvre, et le marchand d'étoffes... ah! dam! c'est bien un peu le nom qui les amène... parce qu'ils se disent : Quand nous allons prendre les commandes de M^^e la marquise si fière , nous restons les yeux baissés devant elle ; eh bien, ça nous amusera de regarder pendant ce temps-là nos chaussures raccommodées par son mari... C'est si méchant les petits bourgeois!.... Faudra me donner la pratique de vos laquais , madame la marquise.

ASPASIE

Ah ! monsieur... monsieur... que vous êtes cruel!...

LE MARQUIS, changeant dû ton.

Moi, cruel ! ... et c'est vous qui trouvez ça. . . parce que je demande que vous me laissiez être heureux à ma manière!... Vous voulez que je vous sa- ««crifie mon bonheur d'aujourd'hui après "mon bonheur d'autrefois. {Avec émotion. ) Ah! je sais bien qu'alors je ne vous aurais rien refusé ; je sais bien que, si vous étiez venue à moi franchement , sans détours , si vous m'aviez dit : Pour être heureuse , bien heureuse et briller dans le monde , il me faut ton nom , il me faut ton titre et ta vie; je vous aurais tout donné, oui, tout, et sans conditions... sans exiger de vous ni amour ni mariage... J'aurais été heureux de mon sacrifice; je me serais cru assez payé de ma misère par votre joie, de mes tourraens par votre bon-

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