Je vous envoie, mon cher maréchal, votre ami
1. Stanislas, élu pour la seconde fois roi de Pologne à la fin de 1733, venait, au moment où écrivait la reine, de s'échapper de Dantzick, pour éviter de capituler entre les mains des Russes et des Saxons.
2. Le chevalier d'Andlau, qui était attaché à la personne de Stanislas, l'avait suivi en Pologne, et, arrêté avec le primat de Pologne et M. de .Monti, ambassadeur de France, après la prise de Dantzick, était alors avec eux captif à Thora.
336 Ai'PENDlCK.
Nangis, à condition que vous me le renverrez en aussi bonne santé. Je mo (latte que vous parlerez quel(|U(!fois de moi ensemble. Je suis bien fftchée, mon cher maréchal, d'avoir été si longtemps sans vous écrire; mais, depuis un mois, je ne vis que de chafrrin et d'inquiétude : il faut espérer que Dieu finira tout heureusement !
Je suis, mon cher maréchal, toujours avec la même amitié pour vous.
Ce -i d'août.
J'embrasse la maréchale de tout mon cœur. Mes compliments à M. le marquis. Continuez-lui votre amitié; il la mérite par celle qu'il a pour vous.
23. Je n'ai pu, mon cher maréchal, vous faire réponse plus tôt sur tout ce que vous me dîtes sur la nouvelle année. Soyez bien persuadé que je suis touchée, comme je dois l'être, des vœux aussi sincères que les vôtres, et que je ne les confonds point avec ceux des autres. Pour moi, mon cher maréchal, je prie le Seigneur de vous donner toutes les consolations dont vous avez besoin, et qu'il adoucisse l'état affreux que les malheurs de la dernière année vous font sentir *. Si l'intérêt véritable que je prends à ce qui vous regarde pouvait y contribuer, vous n'auriez rien à
1. La maréchale avait été, dans les derniers mois de 1834, enlevée à l'afTectioii du comte du Bourg.
désirer. Je vous demande, mon cher maréchal, de prendre soin de votre sanlé et de me continuer votre attachement, auquel je réponds par mon amitié pour vous.
Ce 15 janvier.
J'ai eu des nouvelles du roi mon père, que Dieu soutient en ses malheurs en bonne santé '. Le chevalier est toujours à Thorn, avec le primat et M. de Monti. Je suis bien touchée de ce que vous avez témoigné à Nangis; il est revenu pénétré de votre amitié et de votre malheur.
M. Je vous aurais écrit plus (ôf, mon cher maréchal, pour vous donner des nouvelles de ma santé, qui est, grâce à Dieu ! meilleure présentement, sans que Nangis m'a priée d'attendre son départ pour vous rendre ma lettre. Je vous prie d'avoir pour lui la même amitié que vous lui avez toujours témoignée et dont il se flatte et loue toujours. Je vous le recommande, mon cher maréchal; plus je le connais, plus je trouve que vous ne m'avez pas trompée sur ce que vous m'aviez dit.
Mandez-moi des nouvelles du chevalier d'Andlau; vous savez combien je m'y intéresse. Je n'en ai que de très mauvaises à vous dire de Pologne; tout y va en décadence; le bon Dieu le veut ! Sa sainte volonté
1. Stanislas était alors en Prusse, attendant la signature des préliminaires de la paix qui devait, en échange de ses droits au tFône de Pologne, lui accorder la souveraineté viagère du duché de Lorraine.
ii;;s APPENHICE.
soit faite ! Ce qui me fait le plus de peine, c'est le juste chagrin du roi mon père.
Adieu, mon cher maréchal.; ne doutez jamais de mes sentiments pour vous.
A Versailles, ce 6 de mai 1735.
Dilcs-moi, mon cher maréchal, comment va votre santé.
25. Je vous dois deux réponses, mon cher maréchal ; je n'en ai point d'autre à vous faire sur voire première lettre, sinon que vous connaissez mon amitié pour vous, et que tout ce qui me vient de votre part me touche sensiblement, et que je ne doute nullement des vœux que vous faites pour moi. Je vous remercie de m'avoir mandé l'arrivée du chevalier; j'en suis comblée de joie par toute sorte de raisons : celle de vous savoir celle consolation n'est pas la moindre. Marquez-lui en le plaisir que j'en ai et celui que j'aurais de faire quelque chose pour lui, quand l'occasion s'en présentera. J'ai été effrayée de vous voir servir d'une main étrangère pour m'écrire, mais vous m'assurez que votre goutte est peu de chose ; Dieu le veuille ! Mais la moindre fait peur et alarme pour les gens que l'on aime, ce que je fais pour vous, je vous assure, de tout mon cœ ur.
Ce 13.
Dites quelque chose de ma part à l'abbé d'Andlau. Je serai bien aise de le revoir. Ma santé est bonne.
J'espère que Dieu nous accordera un garçon. Je vous assure de mon amitié, pour vous bien sincère.
26. Je ne puis laisser partir Nangis, mon cher maréchal, sans son passeport ordinaire, quoique je sois bien persuadée, par l'amitié que vous avez pour lui, qu'il n'en a pas besoin ; mais c'est un plaisir que je ne puis me refuser moi-même de vous assurer de mon amitié pour vous.
Ce 1 1 seplembre.
Je vous prie d'être bien persuadé que je n'oublie point le chevalier. Je suis bien fâchée que jusqu'à présent je ne puisse vous donner de nouvelles que de l'envie que j'ai de vous faire plaisir, d'autant plus qu'il le mérite par lui-même.
27. M. le garde des sceaux vient de m'apprendre dans le moment, mon cher maréchal, que le roi a accordé un brevet de colonel au chevalier d'Andlau ^ Cela me fait trop de plaisir, mon cher maréchal, pour ne vous le pas témoigner. La joie que j'ai aussi de votre convalescence est grande.
25 juillet.
i. Le chevalier fut ensuite emmené en Lorraine par Stanislas, en qualité de pensionnaire, ayant les honneurs des grands ofQciei's de la cour.
;!l(t APPENDICE.
:28. J'ai été, mon cher maréchal, dans une.lrès grande inquiétude de votre santé. Je suis ravi de la savoir meilleure par les nouvelles que Nangis en a reçues, qui en était très en peine. Je vous suis bien obligée, mon cher maréchal, de l'amitié que vous lui avez témoignée pendant son séjour avec vous; il en est revenu pénétré de reconnaissance et m'a rendu compte du soin que vous avez eu de lui dans sa maladie. Je suis bien touchée de la lettre que j'ai reçue de vous et de tout ce que vous me dites sur mon accouchement'. Le bon Dieu ne nous a point accordé nos désirs; il faut espérer qu'une autre fois nous serons plus heureux. Mandez-moi de vos nouvelles, mon cher maréchal; personne ne s'y intéresse davantage; ma façon de penser pour vous ne change point ni ne changera jamais.
Ce 22 septembre.
^9. J'ai reçu votre lettre, mon cher maréchal, avec d'autant plus de plaisir que je n'ai point trouvé votre écriture changée, ce qui m'avait paru dans les deux précédentes et m'a très inquiétée, et je vois vos forces revenir avec grande satisfaction. Je suis pourtant moins tranquille depuis hier : l'abbé d'ÂndIau
1. La reine était encore accouchée d'une princesse", Madame Louise, née le It juillet 1737, son dixième et dernier enfant.
m'a dit qu'il vous était revenu quelques petils accidents. Comme la médecine juge que le lait vous sera salutaire, je vous conjure d'en user; j'en ai vu une expérience sûre sur M. de Charost, qui a été très incommodé et que le lait a guéri totalement ; il avait même tenté pendant quelques jours de manger de la viande et se retrouva mal tout de suite; dès qu'il eut repris son lait, il n'en a pas été question depuis. M. de Béthune, son lils, y est actuellement pour le même mal et s'en trouve bien. Je vous demande cette marque d'attachement. Vous ne sauriez m'en donner une plus forte qu'en ayant soin de votre santé. J'emploierai les prières de votre enfant le marquis; vous en devez croire son amitié pour vous. Je vous remercie de ce que vous lui mandez sur ce que je vous avais demandé; je crois que c'est le plus sûr.
Je suis très aise que ma petite Adélaïde tienne votre petit-beau-fils avec son frère *; j'aurais bien voulu lui en épargner la peine. Comptez toujours sur moi, mon cher maréchal.
Ce 1" décembre.
30. Je suis bien touchée, mon cher maréchal, des vœux que vous faites pour moi, et je le suis d'autant plus que j'en connais toute la sincérité. Si Dieu exauçait
1. Madame Adélaïde, née le 23 mars 1732, tint au baptême avec le dauphin le fils de M. et madame d'Andtau; la cérémonie fut célébrée le dimanche 26 avril 1739 par le cardinal de Rohan. En
3ii Al'PKNUICE.
ceux que je fais pour vous, mon cher maréchal, vous jouiriez d'une sanlé parfaite et de tous vos désirs. J'étais dans la douce tranquillité de la continuation des bonnes nouvelles que l'on mandait de votre état ; mais niallieureusement elle est troublée : j'apprends avec douleur que vous n'êtes plus si bien. J'espère que les premières lettres seront meilleures. Je ne vous dirai point si je le souhaite, vous savez, mon cher maréchal, la façon dont je pense pour vous.
Ce 8 janvier.
Ayez soin de vous, mon cher maréchal ; j'ai peur qu'il n'y ait un peu de votre faute; je ne parle plus du lait, je ne fais qu'y peaser *.
toutes circûnstanccs, on io voit, Marie Lcczinska témoignait sa gratitude au comte du ]iov.rf;.
1. Celte leltic fut la dernière que la reine écrivit au maréchal : le i5 janvier 1739, le comte du Bourg sclcignit à Strasbourg;, -i. l'âge de quaire-vingt-trois an?.