‹ Le mariage de BarillonChapitre 9 sur 98 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

donc pas compris qu’elles devaient aller directement à la mairie?

BRIGOT

Mais aussi, généralement, on va chercher sa femme. C’est bien le moins que le jour où on se marie, on n’arrive pas séparés! Si la mère t’attrape, ce sera bien fait.

M’attraper! Elle! Ah! bien, vous ne la connaissez pas! C’est un mouton... un mouton qui lèche...

BRIGOT

Comment, qui lèche?

Oui, elle est tout le temps à vous embrasser. BRIGOT (1).

Ça n’est pas désagréable.

Ah! bien! sacrebleu, je vous donne ma part!

Elle est assommante! Tout le temps pendue à mon coul. Jusqu'à présent, je me suis laissé faire... par diplomatie, mais une fois marié, ce que je suspends le léchage'…

Plains-toi! Tu aurais pu tomber sur une bassinoire.

Mais c’en est une... d’un genre spécial : la bassinoire embrasseuse…

BRIGOT

Enfin, ce n'est pas une raison pour les faire attendre.

Qui?

BRIGOT

Comment qui? Ta femme et ta belle-mère, parbleu! Ce n’est pas le grand Turc.

Je vous demande pardon! C’est que depuis ce matin j'ai la (ête à l'envers!

BRIGOT

Le fait est que tu as une mine... Tu devrais prendre des dépuratifs.. Qu’est-ce que tu as encore fait?

Je n'ai pas dormi de la nuit. Nous avons soupé hier soir avec Adhémar, Zizi et Panpan.

BRIGOT

Qu'est-ce que c’est que ça, Zizi, Panpan?

BARILLON, prenant le bras de Brigot, ils arpentent la scène

bras dessus bras dessous,

Des camarades des deux sexes. Nous avons enterré ma vie de garçon! Vous comprenez, avant de quitter le célibat, je me suis dit : c'est bien le moins que la veille de mes noces...

BRIGOT

Je fasse un peu la noce.

BARILLON, quittant le bras de Brigot et s'asseyant sur la banquette qui est au milieu de la scène.

Voilà... Et alors. de bouteilles en bouteilles, de vins en vins. le punch m'a monté à Ja tête...

BRIGOT

Tu étais pochard!

Oui... Et alors, vous savez, quand on est pochird, on a des idées fixes. Après le souper, j’ai croisé un monsieur dans l’escalier, un monsieur qui ne me

ACTE PREMIER parlait pus du tout. Et je lui ai dit : Vous ressemblez à Louis-Philippe! Vive la Pologne, monsieur ! BRIGOT.

Mais cela n’a aucun rapport.

Je sais bien, mais quand on est pochard!:.. II m’a dit : « Laissez-moi, vous êtes ivre! » Là-dessus, je me suis monté, et je lui ai flanqué une gifle.. Alors, bataille. échange de cartes...

BRIGOT

Tu as un duel!

Voilàl... J’ai un duel et je n’en ai pas!

BRIGOT

Comment! Tu as un duel, et tu n’en as pas?

. Oui, j’ai un duel, si on veut... et si on ne veut pas, je n’ai pas de duel.

BRIGOT

Je ne comprends pas.

BARILLON, se levant,

Quand j'ai eu l’altercation, n'est-ce pas? ça m’a dégrisé.. Alors, avec mon sang-froid ordinaire, quand nous avons échangé nos cartes, je n’ai pas donné la mienne.

BRIGOT

Ah!

Non! J'ai donné celle du fameux escrimeur Alfonso Dartagnac.

BRIGOT

La carte de Alfonso Dartagnac.

Oui, c'est un moyen excellent. De deux choses lune : ou, ce qui arrive neuf fois sur dix, l’adversaire vous fait des excuses séance tenante et cela n’a pas de suive; ou bien, il ne vous en fait pas...

BRIGOT

Et alors?

BARILLON, passant au 1.

Ca n'a pas de suite non plus.

BRIGOT

C'est très fort, c’est fouinard... mais c’est très fort. Mais dis donc... si Dartagnac apprend jamais. BARILLON.

Quoi?

BRIGOT

Qu'il a un duel?

BARILLON, avec dignité.

Est-ce que vous croyez qu'il est homme à reculer devant un duel?

BRIGOT

C’est juste. Et quel est ton adversaire?

Je ne sais pas, j’ai perdu sa carte! J'étais si pochard! FLAMÈCHE, qui est entré par le fond à gauche, — du haut de l’estrade.

Est-ce que vous venez pour le mariage?

Quel mariage?

FLAMÈCHE

Le mariage Barillon!….

Tiens, parbleu ! (4 Brigot.) Ilme demande si je viens

: ACTE PREMIER pour mon mariage! Je crois bien! Sacrebleul il faut même que j’aille chercher ma femme.

BRIGOT

ti ! Oui, un jour de mariage, c'est indispensable, va! le Barillon sort par la droite.

| + | SCÈNE IV à | | BRIGOT, FLAMÈCHE, puis PATRICE.

BRIGOT, qui est remonté à droite ; — à Flamèche.

Eh bien, vous voyez! c'est lui le futur. Il a été chercher sa femmel

FLAMÈCHE, entre ses dents, — descendant de l’estrade par la gauche.

Je m’en fiche!

BRIGOT, apercevant Patrice qui entre du fond, la tête basse et traîinant une corde,

| Qu'est-ce que c’est que ce petit-là? Ce n’est pas le “2 | maire, ce blanc-bec? : 1 PATRICE, pleurnichant, 2

Elle va se marier là, celle que j'aime.

Il regarde le plafond.

À BRIGOT (2). É Qu'est-ce qu’il cherche? 4 FLAMÈCHE (n° 1) PA F Qu’est-ce que vous cherchez? :

PATRICE (n° 3).

: Un clou... pour me pendre.

FLAMÈCHE

Vous pendre! Mais on ne se pend pas ici.

PATRICE, passant au 2.

Oh! je vous laisserai la corde. ça porte bonheur.

É ; BRIGOT 3

. Ah! ça, qu'est-ce que vous nous chantez avec votre ? corde?

Puisque l’ingrate m’oublie, quand on prononcera s la sentence qui m’en sépare à jamais... je veux qu’on +4 voie mon corps flotter dans l’espace...

FLAMÈCHE

Eh bien! ce sera gai.

BRIGOT

Ah ! je vois ce que c’est. Vous devez avoir r'aës peines de cœur.

PATRIC © Ah! oui, monsieur! J’aime!

FLAMÈCGHE.

Pauvre garçon | BRIGOT, le faisant asseoir sur la banquette.

Allons, voyons! racontez-moi çal Je suis un confesseur, moi... un médecin, c’est un confesseur.

PATRICE

Vous êles médecin ?.… B21IGOT, soulevant son chapeau. }

Je suis vétérinaire. (A Flamèche qui s’sst approché, Aa | droite de Patrice.) Laissez-moi seul, vous, avec mon pénitent. |

Flamèche très ému, se retire par le fond gauche. BRIGOT, s’assej ant à la ganche de Patrice,

Eh bien, des donc, voyons? Qu'est-ce qu’il ya?

PATRICE, Ah! monsieur, vous la verrez, n’est-ce pas 9 Vous

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