‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 10 sur 66 · Lettres de Marguerite d'Angouléme, t. Il, p · texte numérisé non relu

Lettres de Marguerite d'Angouléme, t. Il, p

2. Rapport d'espion daté de Pau, du 2 janvier 1538 (Arch. nat., K. 1484, no 87).

3. Sommaire d'une instruction reçue par l'ambassadeur de France, daté du 27 mars 1538 (Arch. nat., K. 1484, no94).

4. Instruction de Gharles-Quint à Martin de Salinas, datée de Barcelone, du 21 mars 1538 (Arch. nat., K. 1484, n» 93).

5. Les détails circonstanciés de cette entrevue mémorable sont dans VHistoire du Languedoc, t. V, p. 146 et 626. Les savants Bénédictins lui donnent la date du 14 au 17 juillet ; le journal

d*Albret et Mai^erite étaient au rendez-vous, mais il est douteux qu'ils aient pu conférer avec Tempereur en secret. Pendant les trois jours qu'il passa auprès du roi de France, les minutes étaient comptées et l'emploi du temps réglé par une étiquette minutieuse. Les conseillers des deux rois et même les agents secondaires se surveillaient trop bien mutuellement pour pouvoir mener des négociations à Tinsu les uns des autres. Le mariage de l'héritière du Béam, la restitution de la Navarre ou l'abandon d'un équivalent étaient des afi^res trop graves pour être résolues précipitamment. La politique impériale n'avait pas l'habitude de s'engager en courant. Il n'y eut donc point d'accord entre les deux maisons d'Albret et d'Espagne; du moins les documents sont-ils muets. La seule proposition relative à Jeanne qui ftit agitée à Âigues-Mortes ou à la suite de l'entrevue émane de la reine de France, Léonor de Gastille, sœur de Charles-Quint, princesse étrangère à toute menée poUtique. Elle mit en avant le mariage de la princesse et de Maximilien, fils de Ferdinand, roi des Romains et de Hongrie, propre neveu de Charles- Quint. Les âges des deux princes autorisaient cette alliance; Maximilien, né le 1" août 1527, avait six mois de plus que Jeanne. Mais la convenance d'âge était la seule. L'union avec un prince allemand, dont rien alors ne faisait prévoir la haute fortune ^ ne pouvait plaire ni à la maison d'Âlbret, ni à la maison de

de Vandenesse du !«' au 4 du môme mois (Yandenesse cité dans les Papiers d'État de Granvelle, t. Il, p. 551, note).

1. Maximilien II, fils de Ferdinand, roi des Romains et plus tard empereur, monta lui-même sur le trône impérial, en 1564, après la mort de son père.

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France, et demeurait fort indifférente à l'empereur. L'ambassadeur espagnol, en communiquant cette proposition à son maître, souligne la préférence du roi de Navarre pour l'infant Philippe ^

Ârnould du Perron raconte, mais comme un bruit absurde, délira fabula^ que les négociations poursuivies depuis deux ans par Charle&-Quint et Henri d'Albret furent découvertes par Charles de Gramont, archevêque de Bordeaux, lieutenant en Guyenne. Le Perron était bien placé pour connaître la vérité; cependant il n'accueille pas ces bruits populaires et les traite de calomnieux : Abhorret hoc a fide régis Navarrm in regem, pietate sororis in fratrem, benevolentia eorum in Grandimontanum^. Il était mieux informé qu'il ne le croyait.

Prançois P' avait prévu les difficultés que le mariage de sa nièce donnerait à sa politique. Les ambassadeurs impériaux insinuent souvent dans leurs lettres que le roi et la reine de Navarre n'étaient pas absolument libres de disposer de leur fille. Le meilleur moyen de mettre cette héritière à l'abri de toute compétition était de la marier, mais à l'époque de la trêve de Nice aucun fils de France n'était disponible. Le dauphin, objet secret de l'ambition de Marguerite pour sa fille, était mort à Tournon le ISl août 1536^. Le second fils du

1. Lettre de l'ambassadeur d'Espagne à l'empereur, du 31 août 1538 (Arch. nat., K. 1484, n» 97).

2. Histoire générale des rois de France par du Haillan, continuation par du Ferron (cité d'après M. Genin, Lettres de Margue" rite, p. 68, note).

3. Le dauphin François, à la suite d'une partie de paume, avait bu un verre d'eau glacée. Il mourut presque subitement. Son chambellan, MontecucuUi, fut accusé de l'avoir empoisonné, jugé

roi, plus tard Henri II, avait épousé à Marseille, le 4 octobre 1 533, la nièce du pape, Catherine de Médicis. Le troisième, qui prit le nom de duc d'Orléans après la mort de son frère aîné, était encore libre. Marino Giustiniano, ambassadeur de la République de Venise, rapporte qu'on parlait à la cour, dès 1535, de son mariage avec Jeanne d' Albret ^ ; mais François P' visait à de plus grandes alliances ; il demandait ou une fille du roi d'Angleterre ou une fille de l'empereur avec le duché de Milan en dot. Il proposait au roi de Navarre Antoine de Vendôme, fils aîné du duc de Bourbon, et le plus proche héritier du trône après les Valois. Ce prince appartenait à une branche de la maison royale disgraciée depuis la défection du connétable de Bourbon ; il était pauvre et sans avenir. Sa disposition à la prodigalité, sa légèreté, son caractère fiitile ne convenaient pas à la rigide cour de Marguerite. Ces projets matrimoniaux se traînaient sans conclusion quand le roi Ait informé des pourparlers de Charles-Quint et de Henri d'Albret. Dès ce jour il n'épargna rien pour empêcher Jeanne de passer à l'ennemi.

Sa première mesure fut de retirer sa nièce du château d'Alençon. Il résolut de l'envoyer dans une province conmiandée par des officiers dépendant de lui seul et dans un château facile à garder, à l'abri d'un coup de main. Il y avait en Touraine un vieux manoir féodal.

et condamné à mort. On fit semblant de croire qu'il avait agi à l'instigation de Charles-Quint. Rien n'est moins prouvé que cette odieuse imputation, bien qu'elle soit adoptée, malgré son invraisemblance, par la plupart des contemporains.

i. Belation des ambassadeurs Vénitiens, 1. 1, p. 104, dans la Coll. des doc, inédits.

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rempli encore, après un siècle, des sombres souvenirs de Louis XI, le Plessis-lès-Tours. Il était entouré d'une première enceinte, armée de grosses tours, et d'une seconde enceinte doublement fortifiée. La maison était garnie, dit Gomines, c de gros barreaulx de fer, en c forme de grosses grilles; et aux quatre coings, quatre c moyneauh: de fer, bons, grans et espès. Lesdites c grilles estoient contre le mur, du costé de la place; c de Taultre part du fossé plusieurs broches de fer c massonnées dedans le mur, qui avoient chascune « trois ou quatre poinctes fort près Tune de Taultre '. » Dans le parc, François de Paule avait élevé un couvent de Minimes dont la façade sévère bornait la vue du château. C'est là que François I*' voulut que sa nièce fût élevée. La demeure favorite de Louis XI était un triste séjour pour une princesse de la Renaissance habituée à toutes les recherches de la cour; mais ni le roi et la reine de Navarre, ni la jeune fille elle-même ne furent consultés. On l'y conduisit avec son cortège d'officiers et de serviteurs*. En changeant de résidence

1. Mémoires de Cîommynes, édit. de la Soc. de l'Hist. de France, t. U, p. 267.

2. Nous ne savons pas précisément à quelle époque Jeanne d'Albret fut internée au Plessis-lés-Tours. La correspondance de Marguerite est muette à cet égard; il est vrai qu'elle manque pendant les six derniers mois de Tannée 4539 et pendant 1540. Presque tous les historiens ont écrit que François I*' l'y avait fait conduire à l'âge de deux ans. Cette allégation est inexacte puisque nous trouvons la princesse, avant cette date, à Tours, à Blois et à Alençon. Voyez les lettres de Marguerite d'Angoulôme, 1. 1, p. 239 et 361, t. Il, p. 173 et 175. Descurra dit positivement, le 15 juin 1537, que la princesse habitait Alençon (Arch. nat., K. 1484, no78). Ce fut donc probablement après la découverte des pourparlers de Gharles-Quint et de Henri d'Albret que le roi de

elle perdait les divertissements qui avaient fait le bonheur de son enfance. Les cours étroites, garnies de c moyneaulx de fer bons, grans et espès » remplaçaient le vaste parc d'Âlençon. Cependant on peut croire que Pierre Olhagaray exagère en dépeignant sa douleur : c Elle remplissait sa chambre de plaintes, l'air de c soupirs, lâchant la bonde aux larmes. L'ébeine de c sa face, comme une des plus beUes princesses de c l'Europe, se desteint par l'abondance de ses pleurs ^ . » L'établissement et l'entretien de la maison de Jeanne épuisaient le trésor du roi de Navarre. Le prince n'était pas riche. Son domaine patrimonial, comprenant les terres situées en Gascogne, en Bigorre, dans les comtés de Foix et d'Âstarac, ne rapportait annuellement que 30,000 livres*. Il n'était pas encore lieutenant du roi en Guyenne ; il ne le devint qu'en 1 5421 aux gages de 10,000 livres*. Gonmie prince souverain du Béarn, il ne recevait que les subsides nécessaires à son administration royale, et, depuis plusieurs années, toutes ses économies servaient aux fortifications de la ville de Navarreins. De temps en temps, il est vrai, les Etats votaient des subventions extraordinaires à leur prince. C'est ainsi qu'en 1539 ils accordèrent 10,000 écus au

France l'envoya à Plessis-lès-Tours. C'est ici l'occasion de justifier François I» d'un reproche qui ne lui a pas été épargné, celui d'avoir fait interner sa nièce sans motif plausible.

1. Olhagaray. Histoire des comtes de Foix et Navarre, 1609, p. 503.

2. Archives de Pau, B. 1498. Etat des revenus et dépenses du domaine d'Albret.

3. Archives de Pau, E. 573, commission du roi. — Henri II confirma le roi de Navarre dans cette charge (Ibid., E. 574). En 1555 il reçut en outre celle d'amiral de Guyenne (Ibid., E. 578).

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roi et 1 ,000 à Jeanne d'Albret \ peut-être à Toocasion du déplacement d'Âlençon. Mai^erite, comme princesse du sang de France, touchait une pension de 2S,000 livres. Telles étaient, avec son douaire de 10,000 livres et ses biens personnels', ses uniques ressources pour faire face aux frais de sa vie à la cour, du train de sa fille et de ses aumônes. François I^, qui avait exigé la formation de l'établissement de Plessis-lès-Tours, avait promis de prendre sa part des dépenses; mais, appauvri par ses prodigalités et les guerres d'Italie, il ne paya jamais que de promesses la maison de sa nièce.

Au moment où François P' prenait ces précautions contre le mariage de Jeanne, il était l'allié, presque l'ami de Gharles-Quint. Les deux grands rivaux observaient la trêve de dix ans signée à Nice, et l'empereur, plein d'une confiance imprévue, se disposait à traverser la France. La ville de Gand avait chassé les officiers impériaux et s'était offerte au roi . Les comtés de Flandre et d'Artois étaient d'une beaucoup plus grande valeur que le Milanais, pour lequel François !•' avait dépensé tant d'efforts et d'ai^ent ; cependant le roi refiisa Yo&ve des Gantois. Bien plus, par excès de loyauté, il en informa Gharles-Quint, alors en Espagne. Tant de générosité tirait l'empereur d'un pas difficile. Il était obligé d'atteindre rapidement les révoltés gantois pour empêcher le soulèvement de se propager dans un pays

1. Archives de Pau, G. 681. Tome troisième des Establissements de Béam, f. 180, v».

2. Voyez Ténumération de ces biens dans le contrat de mariage de la reine de Navarre (Lettres de Marg. d'Angoulême, t. I, p. 439).

fier, mécontent, et pourvu de richesses inépuisables ; des deux routes qui pouvaient le conduire en Flandre, la première, celle d'Italie et d'Allemagne, exigeait près d'une année à cause du cortège de troupes que la sûreté de sa personne l'obligeait à conduire avec lui; la seconde, celle de la mer, était dangereuse à cause de l'hostilité du roi d'Angleterre ' et de la mauvaise saison. Charles^uint se décida à demander au roi, parle capitaine Le Peloux *, l'autorisation de traverser la France. Le roi répondit de sa propre main le 7 octobre 1 539 ; il accordait le passage avec la courtoisie d'un chevalier français et promettait à l'illustre voyageur « tout € honneur, recueil et bon traitement que faire se « pourra. > Il ajoutait : « Et yray, s'il vous plaist me « le faire scavoir, au-devant de vous jusques au milieu € de vos pays pour vous quérir et accompaigner, et y € meneray mes enffans que trouverez prêts à vous € obéyr et pareillement tout ce que sera en ma € puissance et dedans ce dit royaulme duquel vous € disposerez entièrement conrnie du vostre. > Le dauphin, le roi et la reine de Navarre, le connétable, le

i. Henri VIII, qui passait facilement d^un parti à l'autre, était alors l'ennemi de Charles-Quint. Il allait épouser Catherine de Clèves, sœur du duc de Clèves et de Juliers, l'adversaire le plus constant de l'empereur en Allemagne. Le jour de son départ de Madrid, Charles-Quint a;^prit que la princesse traversait les Pays- Bas pour se rendre en Angleterre (Journal de Yandenesse, Bibl. nat., coll. Dupuy, vol. 560). Le mariage se fit le 6 janvier 1540.

2. Le capitaine Humbert Le Peloux, français d'origine, avait passé au service de l'empereur à la suite du connétable de Bourbon. Il avait un frère, resté fidèle au roi de France, qui fut le compagnon d'armes de Biaise de Monluc. Voyez les Comment taires, 1. 1, p. 137, édit. de la Soc. de VHist. de France,

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cardinal de Lorraine adressèrent en même temps à l'empereur des instances pressantes ^

Charles-Quint prépara son voyage. Avant son départ il fit un testament et laissa des instructions détaillées à son fils'. Ces deux pièces sont datées du 5 novembre. Sept jours après, le 1 2 ^, il quitte Madrid avec toute sa maison ; le 1 3, il arrive à Ségovie, le 210 à Yalladolid. Là il prend la poste et part à franc étrier, accompagné du duc d'Albe, du sire de Boussu, de don Pedro de la Cueva, maître d'hôtel, de Rye, sonmielier, du comte d'Ëgmont, de don Henri de Tolède, des seigneurs de La Chaux, de Flaigy et d'Arbays, gentilshommes de sa chambre, de Bave et d'Idiaquez, secrétaires, et de quelques serviteurs. Son chancelier, Nicolas Perrenot de Granvelle^, était parti le 1*' novembre et le pré-

i. La lettre de François !•' est imprimée dans les Papiers d'État de Granvelle, t. Il, p. 540, et dans Troubles de Gand, par M. Gachard, p. 258. L'original autographe est conservé au Musée des Archives à Paris ; il n'est point daté, mais une traduction en espagnol lui donne la date du 7 octobre (Arch. nat., E 1484). Toutes les autres lettres adressées à l'empereur au sujet de ce voyage sont imprimées dans Troubles de Gand, p. 259 et suivantes. L'original de la lettre de Marguerite et de Henri d'Albret est au Musée des Archives. Les autres sont conservées dans le carton K. 1484.

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