‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 21 sur 66 · Délibération du conseil du duc de Clèves datée du 19 juin · texte numérisé non relu

Délibération du conseil du duc de Clèves datée du 19 juin

instructions fiirent rédigées dans ce sens; la première, en français, contient, outre la clause ci-dessus, la demande de stipulations particulières qui assurent à la princesse Théritage de la Navarre; la seconde, en allemand, destinée sans doute à rester secrète, énumère les points à débattre avec les conseillers du roi^ Le SI juin, le duc envoie ses plénipotentiaires, le chancelier Jean Ghogrefif et le maréchal de Wacbtendouck, rejoindre à Blois Herman Gruser, avec des lettres de créance adressées au roi et à la reine de Navarre, aux cardinaux du Bellay et de Lorraine, au connétable de Montmorency, au maréchal Ânnebaut*, à Longueval et à la dame d'Estampes, à qui le duc fait expressément honneur du succès de ses aflEadres^.

Pour obtenir l'assentiment de Henri d'Albret à ce mariage, le roi jura qu'il lui rendrait la Navarre; il offîit de lever une armée expéditionnaire de 22,000 hommes en Allemagne et une réserve de 7,000 Italiens

1540 (Julich-Berg, n» 17, f. 45 et 47).

1. Instructions du duc de GlèTes à ses ambassadeurs, du 21 juin 1540 (JuUch-Berg, n*» 17, f. 82 et 87).

2. Claude d'Annebaut, baron de Retz, d'une ancienne famille de Normandie, maréchal de France en 1538, amiral en 1543, mourut en 1552.

3. Lettres du duc de Clèves au roi, au cardinal de Lorraine, à la reine de Navarre, au cardinal du Bellay, à Frotté, au roi de Navarre, au chancelier, à Le Bossut de Longueval, au maréchal Annebaut, à la duchesse d'Estampes, aux ambassadeurs de Clèves en France, les unes sans date, les autres datées du 21 juin 1540; pleins pouvoirs du duc à ses ambassadeurs datés du 21 juin (Julich-Berg, no 17, f. 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 78, 125). La lettre adressée au connétable est conservée à Paris (Bibl. nat., f. fr., vol. 3005, f. 123). Les pouvoirs des ambassadeurs, en latin, sont imprimés dans les Mémoires de Ribier, t. I, p. 529.

OU Français. L'empereur devait être attaqué à la fois en Biscaye, en Roussillon et en Italie. Le prince béarnais se laissa prendre à ces promesses. Il s'engagea à payer une partie des troupes du roi en vendant pour 1 0,000 ou 1 5,000 écus de ses biens *. De concert avec Charles de Coucy, seigneur de Burie, lieutenant en Guyenne, il dressa un état de l'appareil de guerre nécessaire à un corps de 1 5,000 hommes. Capitaines, soldats, chevaux, armes, vivres, rien ne manque à ce plan de campagne. François P' devait fournir 4,000 hommes, ses alUés d'Allemagne 8,000, Henri d'Albret 6,000 honunes de pied, dont 2,000 Italiens et 4,000 Béarnais commandés, les premiers par Tristan de Moneins, les autres par Antoine de Gramont, Montblanc, Thomas, Biaise de Monluc, Monmas, de Luxe, de Domesain, de Vives, de Poudens, Samsons, Magrin, le Basque, Gentil, la Mothe d'Antin».

Les plénipotentiaires du duc de Clèves reçurent, pendant leur voyage, avant leur arrivée à Paris, une lettre d'Herman Cruser qui attestait les bonnes dispositions du roi de France. Restait la reine Marguerite, alors absente de la cour, dont l'affection maternelle était plus difficile à soumettre à de simples considérations politiques. Cruser se rendit près d'elle au commencement de juillet pour essayer de la résoudre au

1. Lettre de Bonvalot à Tempereur du 5 août 1540 (Arch. nat., K. 1485, no 17).

2. Cette pièce n'est ni signée ni datée, mais il s'en trouve une copie dans une suite de lettres adressées au roi (f. fr., vol. 3127, f. 100) et une autre dans les archives de la maison d'Albret à Pau (E. 572). Elle nous parait donc avoir toute l'authenticité désirable.

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sacrifice de sa fille \ Les envoyés clévois arrivèrent à Paris le 3 juillet, et le 4 ils eurent une audience du roi. Le lendemain ils entrèrent en conférence avec le chancelier Poyet et le cardinal de Toumon. François P' promettait à sa nièce une dot de 100,000 couronnes, mais à la condition que les futurs époux renonceraient à l'héritage de Navarre; cette étrange stipulation ne fut pas acceptée. Quant aux autres clauses matrimoniales, elles fiu^nt réservées au roi et à la reine de Navarre. La négociation était énergiquement traversée par le roi d'Angleterre, Henri VIII, qui avait épousé, le 6 janvier 1 540, Anne de Clèves, sœur du duc Guillaume, et qui se disposait déjà à la répudier. La crainte que cette infortunée princesse trouvât un appui à la cour de France par le mariage de son firère, le poussa à prendre de singulières précautions ; il écrivit à François P', sans y être sollicité par aucune menace d'intervention, c qu'il repoussait la sœur du duc de Glèves c parce qu'il ne pouvait pas avoir deux fenmies à la c fois, et qu'auparavant il avait promis fidélité à une € dame anglaise, avec laquelle il avait dormi. A cause € de cela il n'avait encore eu aucun rapport avec la € sœur du duc*. >

Les représentants du roi de France et du duc de Clèves se mirent promptement d'accord. Le 17, ils signèrent à Anet un traité d'alliance défensive, par lequel les deux princes s'engageaient à se porter

1. Lettre de Gruser à GhogrelBf, du 2 juillet 1540 (Jullch-Berg, n<» 16, pièce 2).

2. Lettre des plénipotentiaires au duc, du 14 juillet 1540 (Julich-Berg, n» 17, f. 97 et 102).

mutuellement secours salvo semperjure sacri imperii\ Le même jour Jacques de Foix, évéque de Lescar, chancelier de Foix et de Béam, François Olivier, conseiller du roi et chancelier d'Alençon*, Jehan Jacques de Mesmes, conseiller du roi et lieutenant civil de la prévôté de Paris, signèrent au nom du roi de Navarre le contrat de mariage de la princesse Jeanne. Les stipulations de cet acte, encore inédit ^, sont assez curieuses pour nous arrêter un moment. Les deux époux promettent de célébrer leur union aussitôt que la princesse sera en âge convenable t à poyne de cinc quante mil livres tournois payables par celui qui < contreviendra à ce présent traicté de mariage. > Le prince constitue à sa fille une dot de 1 00,000 écus d'or, soit 225,000 livres tournois, payables par fraction, mais la plus grosse partie de cette somme ne sera pas due si la princesse hérite du royaume de Navarre. Ici se placent plusieurs causes suspensives qui prouvent que Henri d'Albret n'avait point renoncé à l'espoir d'avoir des héritiers mâles. Le duc de Clèves promet à sa veuve, s'il y a lieu, un douaire de 1 0,000 écus d'or

1 . Lacomblet, Urkundenbuch fur die Geschichte des Niederrheins, t. IV, 2« partie, p. 667. Ce traité fut ratifié par le roi le 10 septembre (ibid., p. 668). Il est imprimé aussi dans le Corps diplo^ matique de Dumont, t. VIII, p. 196.

2. François Olivier, né en 1493, avocat, conseiller du roi, maître des requêtes, président à mortier, chancelier d'Alençon et enfin deux fois chancelier de France sous Henri II et sous François II. Il mourut en 1560.

3. Nous publions aux Pièces Justificatives ce contrat de mariage d'après Toriginal, conservé aux Archives de Pau (E. 572). Un éditeur moderne le cite comme imprimé par Léonard (Recueil des traités, t. II, p. 468) sans s'être aperçu que le contrat reproduit par Léonard est celui de Jeanne d'Albret et du duc de Vendôme.

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de rente. Par une stipulation particulière due à Texpresse volonté du roi de France, le duc et la fiiture duchesse de Clèves s'engagent à ne t traicter de la € querelle du royaume de Navarre sans Texprès vou- € loir et consentement du roy très chrestien et de ses € successeurs. > Cette clause prudente mettait le roi de France à l'abri des dangers de la réconciliation toujours possible du duc de Clèves et de l'empereur. Le contrat de mariage et le traité de paix furent ratifiés par le duc de Clèves le 7 et le 8 août suivant \

Restait la principale intéressée, Jeanne d'Âlbret, qu'on n'avait pas encore consultée. Quelque temps après la signature du contrat, le roi la fit venir à Fontainebleau, et, en présence de la reine Marguerite, il lui proposa de devenir duchesse de Clèves. Jeanne, probablement ignorante des intrigues qui s'agitaient autour d'elle, répondit simplement qu'elle était contente d'épouser le duc*. Sur cette déclaration François P' se crut le maître de la situation.

La nouvelle du mariage du duc de Clèves arriva à l'empereur au moment où les difficultés se multipliaient autour de lui. Les Pays-Bas s'agitaient sourdement, les princes luthériens menaçaient l'unité de l'empire, Soliman était à la veille d'envahir la Hongrie , le pape

1. La ratification du traité est imprimée dans Mémoires de Rihier, t. I, p. 538. — La ratification du contrat de mariage, signée du duc et scellée de son sceau, est jointe à roriginal du contrat (Arch. de Pau, E. 572).

2. f El rey le dijo : Vos me disisteis en Fontenebleo, en presencia de vuestra madré que vos erais contenta de casar con el duque, » (Rapport de Descurra, Arch. nat., K. 1492, n» 14.)

et les Vénitiens s'éloignaient chaque jour de l'alliance espagnole, le pape pour se rapprocher de la France, et les Vénitiens du Grand-Turc. Charles-Quint montra une vive irritation de ce qu'il appelait la défection du duc. Un jour, au commencement d'août, oubliant sa réserve habituelle, il interpella pubUquement l'ambassadeur de France sur la politique de son maître. L'ambassadeur, Georges de Selve, évêque de Lavaur, prétendit ne rien savoir, mais il informa le connétable de cette explosion de colère ^ On ignorait encore l'étendue des engagements signés entre les rois de France, de Navarre et le prince allemand. Don Juan Martinez Descurra révélait tous les actes du roi dont il pouvait surprendre le secret au quartier de Henri d'Albret*, mais ses rapports ne contenaient que des récits d'antichambre. L'empereur demandait des informations authentiques. Les ambassadeurs de Clèves allaient retourner à Dusseldorf ; ils portaient une expédition du traité et des négociations du roi de France avec l'électeur de Saxe. Bonvalot conçut l'idée coupable de les arrêter au passage, malgré le droit des gens. Il informa Granvelle de leur itinéraire; il conseillait de les saisir à Liège et donnait des indications précises sur leur signalement, leurs serviteurs et leurs équipages*.

Tout à coup le bruit se répandit que le duc lui-même

1. Lettre de Gruser au chancelier Ghogreff du 13 août 1540 (JuUch-Berg, no 17, f. 142).

2. Lettres de Bonvalot à l'empereur des 5, 10 et 21 août 1540 (Arch. nat., K. 1485, n" 17, 18 et 20).

3. Résumés de chancellerie, d'août et septembre 1540 (Arch. nat., K. 1485, n« 22 et 66).

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allait arriver en France. Tel était l'engouement du roi pour son fiitur neveu, que celui-ci s'était résolu à procéder immédiatement à la cérémonie du mariage. Le trésorier du duché de Clèves avait envoyé des sommes importantes à Anvers et fait acheter plusieurs objets précieux, destinés à être ofiFerts en présent à certains personnages de la cour. La duchesse d'Estampes figure en tête de la liste pour un présent de 5,000 couronnes d'or. Cruser consulta la reine de Navarre sur l'opportunité du voyage de son maître, sur l'attitude qu'il devait prendre à la cour, et jusque sur les vêtements qu'il devait porter. Marguerite traitait déjà le duc comme son fils et lui en donnait le titre dans ses lettres. Le duc écrivit au roi, à la reine de Navarre et à la dame d'Estampes; ses lettres font allusion à certaines réserves auxquelles il se soumet d'avance, probablement sur les suites du mariage, que le jeune âge de la princesse d'Albret ne permettait pas de pousser jusqu'au bout*. La dignité de la future duchesse de Clèves exigeait que, depuis le jour de son mariage, elle fôt servie par des demoiselles d'honneur allemandes. Le duc choisit deux jeunes filles dans sa noblesse rhénane; mais le chancelier GhogrefiF retarda leur départ afin de laisser encore les agents impériaux dans l'incertitude de ce qui avait été résolu à Anet *. A la nouvelle du voyage du duc Guillaume , les

i. Lettres des conseillers du duc de Clèves et du duc lui-môme du 8 août 1540 (Julich-Berg, no 17, f. 132, 417, 418, 419 et 420). — Lettre de Marguerite à Ghogreff (ibid., f. 43). Cette lettre est imprimée aux Pièces justificatives.

2. Lettre du chancelier Ghogreff au docteur Olisleger du 15 août 1540 (Julich-Berg, no 17, f. 32). *

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impériaux formèrent le projet de Tairêter au passage. Le 1 9 août, le roi Ferdinand écrit de Vienne à la gouvernante des Pays-Bas, Marie de Hongrie : « Me semble « que Ion devroit avoir regart à se ruer sus, à son € allée ou retour, au duc de Cleves, car il me semble € que la bien mérité vers Sa Magesté, et que on ne luy « pourroit inculper en façon quelconque, et que me < semble que, si on fist bonne diligence, seroit bien « faisable et pourroit à grand poine eschapper^ >

L'attitude menaçante de l'empereur ou les conseils de la reine de Navarre firent peut-être hésiter le duc de Clèves; son voyage fut ajourné. Quant aux ambassadeurs, ils ne se laissèrent pas prendre au dépourvu. Le duc, bien averti, avait chaîné le maréchal de Plattenburg d'assurer par tous les moyens le retour de ses agents*; et lorsque Ghogreff et Wachtendouck quittèrent la cour, le 5 septembre , ils purent achever leur route sans être surpris «.

Ce mariage se révélait aux agents impériaux conmie le lien d'une alliance politique, et cette alliance comime le prélude de la rupture de la trêve de Nice. Bientôt l'ambassadeur Bonvalot apprit qu'une ligue offensive s'établissait sous le patronage du roi de France entre le roi de Navarre, le duc de Clèves, l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse et le roi de Danemark, tous

1. Lettre de l'archiduc Ferdinand à Marie de Hongrie du 19 août 1540 (Arch. de Bruxelles, Lettres de Tarchiduc Ferdinand, f. 189).

2. Lettres du duc et de ses conseillers du 14 et du 23 juillet 1540 (JuUch-Berg, no 17, f. 102, 104 et 106).

3. Résumés de chancellerie de septembre 1540 (Arch. nat., K. 1485, no» 22 et 66).

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ennemis de son maître, miis par différents griefs contre lui^ L'électeur de Saxe, Jean Frédéric !•' était, après le roi de France, Tâme de Tentreprise. Ses liens de parenté avec le duc de Clèves, Tappui de Tancienne confédération de Smalkade et ses récentes victoires sur le prince de Brunswick lui donnaient un grand crédit en Allemagne. Guillaume se laissait conduire par ses conseils. Les instructions des ambassadeurs clévois avaient même été revues et retouchées par lui '. Le mécontentement du roi au sujet du Milanais s'accentuait tous les jours davantage. A Ânet, pendant les négociations du contrat, il leva le masque et dit en public que l'empereur manquait à toutes ses promesses. Bonvalot demanda des explications sur ces paroles ; le cardinal de Toumon les défendit avec énergie, mais le connétable fiit moins ferme. Peu de jours après, Bonvalot, entrant à l'improviste dans la chambre du connétable, le trouva en conférence secrète avec le duc de Wurtemberg, autre ennemi de Charles-Quint. A la vue de l'ambassadeur, les deux interlocuteurs se turent, mais leur attitude embarrassée trahit le secret de leurs délibérations. Montmorency avoua qu'il était affligé de la politique qui semblait prédominer dans les conseils du roi, mais qu'il n'avait plus le pouvoir de la diriger. Son crédit baissait et son découragement perçait malgré lui. Les favoris, attentifs aux paroles du maître, le chancelier, le cardinal de Tournon, la duchesse d'Estampes, les trois grandes influences,

1. Lettres de Bonvalot à Tempereur du 5 août et 10 août (Arch. nat., K. 1485, n«» 17 et 18).

2. Lettre des conseillers du duc du 8 juillet 1540 (Arch. de Dusseldorf , Julich-Berg, n« 17, f. 48).

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anathématisaient chaque jour, au conseil, le refiis de livrer le Milanais, la dame d'Estampes surtout, qui avait été blessée de l'attitude de l'empereur vis-à-vis d'elle et qui en avait gardé « une rancune invincible *. > Devant les représentants de Charles -Quint le roi dissimulait; il assura à Granvelle que telles étaient ses dispositions pacifiques < qu'il recevrait plus volon- € tiers un coup de bâton de l'empereur que de recom- € mencer la querelle*. > Il n'était pas encore prêt à déclarer la guerre, mais il armait de toutes ses forces; il levait des troupes, donnait des gratifications à ses meilleurs capitaines , fortifiait et approvisiomiait les villes de Picardie; il faisait fondre de nouveaux canons en fer et en laiton, pièces d'invention nouvelle, dont on espérait de grands services. Ses finances étaient prospères; il était près de réunir une somme de 5,000,000 de francs^. En attendant la fin de ses préparatifs, il suscitait des difficultés à l'empereur; il avait attiré à la cour le comte palatin, bien qu'ennemi du duc de Clèves, et avait obtenu, en cas de guerre, la promesse d'un secours de vingt compagnies de lansquenets; il avait signé un traité particulier avec l'électeur de Saxe et envoyé un agent à la diète d'Hagueneau, tenue par les princes protestants d'Allemagne. En Italie il

i. Lettre de Bonvalot du 10 août 1540 (Arch. nat., E. 1485, n® 18). 11 est à regretter que Fambassadeur ne nous donne pas de détails sur les causes de cette rancune. — Ainsi tombe l'historiette de la bague de prix que l'empereur aurait laissée tomber aux pieds de la belle duchesse.

2. Lettres de Bonvalot à l'empereur du 5 août, 10 août, 21 août et 4 septembre (Arch. nat., K. 1485, n«» 17, 18, 20 et 23).

3. Lettres de Bonvalot à l'empereur des 5 et 10 août (Arch. nat., K. 1485, no» 17 et 18).

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avait gagné le comte de la Mirandole et négociait un mariage entre François d'Âmnale, plus tard duc de Guise, et une princesse de la maison de Médicis, nièce du pape^ Henri VIII, en répudiant Anne de Glèves^ avait rompu avec le duc, firère de l'infortunée princesse; le roi n'épai^ait rien pour les réconcilier*.

Le roi de Navarre n'avait pas renoncé au mariage de sa fille avec le prince d'Espagne. Trop faible pour s'éloigner ouvertement de François I*', trop avisé pour abandonner l'alliance française avant de connaître les conditions de Charles-Quint, il bornait sa politique à gagner du temps. Le contrat de sa fille était signé, mais le mariage pouvait se retarder. À la fin de juillet 1 540, Henri d'Albret suivit le roi en Normandie par une chaleur étouffante et une sécheresse qui amenèrent une épidémie à la cour. Il tomba malade, et resta à Caudebec avec le duc d'Orléans, malade comme lui*. A peine rétabli, il reprit les négociations interrompues depuis le passage de l'empereur. Don Juan Martinez Descurra servit encore une fois d'intermédiaire. Sa qualité de Navarrais lui permettait de passer sans

1. Lettres de Bonvalot à Tempereur des 5 et 21 août et 4 septembre (Arch. nat., K. 1485, no» 17, 20 et 21).

2. Lettre de Gruser au chancelier Ghogreff, du 1" septembre 1540; de Dorinck à Ghogreff, du 27 septembre; du duc de Clèves à Ghogreff, du 27 septembre; des conseillers du duc à Gruser, du 18 octobre; de Gruser à Ghogreff, du 9 octobre; de Vergerius à la reine de Navarre, du 18 décembre; de Févôque de Montpellier à la reine de Navarre, du 12 décembre ; des conseillers du duc à Gruser, du 16 décembre (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n® 17, fol. 147, 154, 161, 163, 165, 168, 170, 173).

3. Lettre de Bonvalot à l'empereur du 5 août 1540 (Arch. nat., K. 1485, n* 17).

exciter de soupçons de la maison d'Albret à celle de Bonvalot.

Au commencement d'août, à Caudebec, ils eurent ensemble un premier entretien. Le Béarnais offi^ait sa fille à l'infant d'Espagne et proposait de la faire enlever aussitôt que les stipulations matrimoniales seraient arrêtées. Descurra développa avec chaleur les avantages de cette union qui devait satisfaire les deux parties contractantes, d'une part en mettant fin à l'usurpation coupable de Ferdinand le Catholique, de l'autre en ménageant à l'héritière de la Navarre un brillant avenir. Mais l'ambassadeur répondit que son maître ne voulait point mécontenter le roi de France. En vain Descurra lui rappela et les tendances belliqueuses du roi et les accords négociés en Allemagne; Bonvalot ne sortit pas de sa réserve. L'agent lui proposa alors une entrevue avec le roi de Navarre. Il fut convenu que la rencontre aurait lieu dans la campagne, près de Watteville, le 9 août, à 4 heures du soir. Au jour dit, le prince et l'ambassadeur, presque seuls, s'y trouvèrent conmie par hasard. Le prince s'épancha d'abord en plaintes contre le roi qui songeait à le dépouiller du Béarn ; il parla des avantages que l'empereur et lui trouvaient dans une alliance commune, de la possibilité de faire sortir sa fille de France , des accords avec le duc de Clèves qu'il n'avait signés que contre son gré ; faute de s'unir, l'empereur et le roi de Navarre pouvaient devenir victimes d'un prince entreprenant, fécond en ressources, qui préparait sourdement la ruine de Charles-Quint en Italie et la dislocation de l'empire par ses menées en Allemagne. L'ambassadeur écouta froidement ses confidences; il protesta des

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intentions pacifiques de son maître et demanda la preuve des ligues fomentées au sein de l'empire. Henri d'Âlbret lui recommanda le secret le plus absolu, même vis-à-vis de la reine de Navarre, sa femme, qu'il voulait tenir en dehors des négociations.

Deux jours après, Descurra revint auprès de Bonvalot. Il apportait des renseignements nouveaux. Le roi avait promis au duc de Clèves un secours de 1 00,000 ducats d'or et cent hommes d'armes pour soutenir la guerre contre l'empereur. Il pressa vivement l'ambassadeur. Suivant liy la princesse de Navarre était aussi facile à enlever que le traité à conclure. Elle suivait la cour. Le prince pouvait la laisser aux environs de Rouen ou sur les bords de la Seine, par exemple au château de Pont-de-l' Arche ; il la séparerait ainsi de sa mère, obligée de suivre le roi. Il quitterait alors la cour sous prétexte de faire une levée d'hommes et d'argent pour le duc de Clèves, passerait en Normandie, enlèverait la princesse et se transporterait rapidement par mer en lieu sûr, soit hors de France, soit à bord de la flotte impériale. Henri devait retourner à Pau en autonme et désirait s'aboucher avec l'empereur lui-même en Espagne, en tout cas il sollicitait une réponse avant son départ, au moins sur le point principal de la négociation, le mariage de l'infant Philippe*.

Les avantages qu'il ofiâ:*ait à l'empereur étaient si séduisants qu'il se croyait en droit de demander une large compensation. Il envoya à l'ambassadeur un projet de traité en seize articles contenant l'énoncé de

i. Lettre de Bonvalotà Tempereur du 14 août 1540 (Arch. nat., K. 1485, n* 19).

ses exigences. Cette importante pièce est perdue, mais elle est analysée avec assez de détails dans une dépêche postérieure de Bonvalot. Les articles 1 et 2 sont relatifs au mariage de la princesse. Les articles 3 et 4 stipulent pour le prince une pension de 30,000 écus et pour sa fille la jouissance du royaume de Navarre, si elle lui survit. Les articles 5, 6, 7 et 8 lui restituent la Navarre espagnole ; il sera indenmisé par une rente de la dépossession depuis 1512. Les articles 9, 10, H, 1 2, 1 3 et 1 4 obligent Tempereur à des garanties vis-avis de son nouvel allié, et à des concessions de biens en Espagne en retour de ceux dont la maison d'Albret peut être privée en France. L'article 15 traite du pas^ sage de Jeanne en Espagne après son évasion. L'article 1 6 établit l'urgence d'une réponse de l'empereur ^

Sept jours après sa première lettre, inquiet de n'avoir reçu aucune réponse, Bonvalot écrit de nouveau : Descurra, dit-il, insiste sur l'importance des accords passés avec les dissidents allemands; quant à l'enlèvement de la princesse, la réflexion lui a montré les chances hasardeuses d'un voyage par eau; la distance de Pontde-l' Arche à la pleine mer exige trois jours entiers de navigation; il donne la préférence à la voie déterre. Jeanne se trouvait en ce moment avec sa mère dans un château près d'Abbeville. Quelques hommes résolus, montés sur de bons chevaux et guidés par les gens du roi de Navarre, pourraient la faire passer en Flandre. Quinze jours après, Bonvalot écrit à l'empereur qu'il est urgent de prendre une décision, et que l'enlèvement

1 . Lettre de Bonvalot à l'empereur, sans date, mais que nous croyons de la fin de 1540 (Arch. nat., K. 1485, n® 27).

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deviendra chaque jour plus difficile à mesure que la cour de France s'éloignera des frontières du Nord*.

Le génie de Gharles-Quint se mouvait mal à Taise au milieu des affaires qui exigeaient une prompte solution. Ce grand homme, opiniâtre dans ses desseins, doué d'une fermeté qui lassait ses ennemis, poussait jusqu'au défaut la lenteur et la circonspection naturelles à la race flamande. A la guerre, en Italie et en Allemagne, et deux fois en Provence, il avait échoué par une prudence exagérée. Toujours tiraillé entre sa pénétration et ses larges vues, il était si frappé des arguments pour et contre qu'il ne pouvait se résoudre ; il se créait des fantômes et cherchait à les combattre ; il perdait le temps à discuter avec lui-même. Aussi quand il avait tout prévu, tout combiné, quand il s'était tout dit, l'heure d'agir était souvent passée. Dans ses relations avec la maison d'Albret, il voyait clairement les avantages que son héritier pouvait tirer de la bonne volonté du roi de Navarre, et il ne se hâtait pas d'accepter le mariage proposé. Pendant l'autonme de cette même année 1540, il reconmiande sans hésitation à son fils, dans un codicille daté du 28 octobre, la princesse d'Albret comme digne de monter sur le trône d'Espagne * , et son ambassadeur le presse en vain de se décider à ce mariage. Au lieu de prendre une résolution et de l'exécuter avec la promptitude qu'exige toute conspiration, il envoya le projet de traité de Descurra au conseil d'État d'Espagne, assemblée consultative, composée de vieux courtisans dont on ne pouvait

1. Lettres de Bonvalot à l'empereur du 21 août, des 4 et 5 «eptembre 1540 (Arch. nat., K. 1485, n~ 20, 21 et 22).

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