Mémoire de Descurra (Arch. nat., K. 1485, n
2. Voyez sur cette expédition les documents contenus dans les Négociations du Levant, t. I, p. 522 et suiv., dans les Papiers d'État de Granvelle, t. II, p. 612 et suiv. (Coll. des doc, inéd.). — On conserve dans les Archives de Dusseldorf un assez grand nombre
Maures de Grenade s'étaient soulevés ; on croyait à la cour qu'ils étaient prêts à reconquérir TEspagne. Le roi de Navarre entretenait des intelligences à Pampelune, en Biscaye, et dans les principales villes de son ancien royaume \ Il désirait les utiliser pour entrer en campagne ; le roi, suivant un ancien plan de guerre du connétable de Montmorency, voulut commencer par le Roussillon. Le 15 août, le dauphin et TamiralÂnnebaut mirent le siège devant Perpignan. Ils espéraient surprendre la ville, mais le duc d'Albe, à la fin de l'hiver, avait visité les places du Nord et les avait mises en défense*. Au bruit que Gharles-Quint s'avançait luimême, à la tête d'une armée, François P' quitta Lyon, attiré, disent quelques historiens, par l'espoir d'un combat corps à corps avec son rival. Le roi de Navarre touchait au comblede ses vœux. Il venait d'être confirmé dans ses pouvoirs de lieutenant du roi en Guyenne^ . L'armée du dauphin, après avoir conquis Perpignan et la Gerdagne, devait entrer en Navarre ; le roi de France s'était engagé à ne déposer les armes qu'après avoir fait rentrer cette province entre les mains de son souverain légitime. Henri d'Albret rompit soudainement toutes négociations avec l'Espagne ; il félicita le roi de ce que c les Gastillanyses ne l'amuseroient plus > . Un
de documents inédits sur cette expédition. Ce sont en général des rapports adressés au roi de France et transmis par lui au duc de Glèves.
i. Lettres de Cruser du i«' et du 3 mal 1542 (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n^ 17, f. 382 et 390).
2. Journal de Vandenesse (Coll. Dupuy, vol. 560). — Le siège de Perpignan est raconté dans le livre I des Commentaires de Biaise de Monluc.
3. Lettres patentes du 23 mai 1542, copie (F. fr. , vol. 3005, f. 199).
agent du cardinal Granvelle était encore à Pau ; en le renvoyant à son maître, le prince d'Albret le chargea de la déclaration suivante : « Si le feu roy, mon père, et « moy, nous sonmies estimez bien heureux de perdre « ung royaulme pour servir ung tel prince, je ne voul- « droys que moy ne tous ceulx qui viendront jamais de « moy eussions aultre volonté, et qu'il (Granvelle) ne « pence poinct que Fanvye de recouvrer mon bien me « fasse oublier mon honneur ^ > Malheureusement, larmée du dauphin s'arrêta à la première étape. La ville de Perpignan résista à ses efforts ; le dauphin fut obligé de lever le siège dans les premiers jours d'octobre ; rhiver s'approchait; il fallut renoncer à la conquête de la Navarre et licencier l'armée*. François P' traversa le Languedoc ; il passa à Toulouse, à Nérac, où Henri et Marguerite lui offrirent des fêtes qui pouvaient lui faire oublier le séjour de ses châteaux de Touraine. L'alliance entre les deux rois de France et de Navarre était redevenue ce qu'elle était au temps de la bataille de Pavie. Cependant un reste d'aigreur se mêlait parfois à leurs effusions réciproques. François P"" se montrait toujours prêt à s'accommoder avec Charles-Quint au prix du Milanais ; Henri d'Albret lui reprocha un jour d'oublier la Navarre ; le roi répondit sèchement : c Mon « frère, si ce n'étoit que je m'occupe de vo§ af&ires, « déjà toutes les miennes seroient faites^. »
1. Lettres de Henri d'Albret au roi, f. fr., vol. 3005, f. 19.
2. Cette campagne est racontée avec détails dans VHist, du Languedoc, t. V, p. 151, et note III, p. 629. — Voyez aussi dans le t. 43 de la Colleccion de los documentos ineditos un gros recueil de pièces sur le siège de Perpignan.
3. Nouvelles de France transmises par un espion (Arch. nat., K. 1484, no 145).
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Au nord, le roi avait mieux employé ses forces. Le duc de Clèves était enfin sorti de ses hésitations malgré les conseils de l'archevêque de Mayence et de l'électeur Palatin, ses protecteurs à la diète de Ratisbonne. Le Bossut de Longueval fut envoyé, au conmiencement de mai, à Dusseldorf avec des pouvoirs illimités; il négociait un mariage entre le duc de Wurtemberg et la sœur de Guillaume de Glèves, mais il était surtout chargé de faire fructifier les intrigues secrètes nouées dans les Pays-Bas, Il remit au duc une lettre d'encouragement de la reine Marguerite : « Monseigneur mon « fils, vous estes tant en la bonne grâce du Roy, que € vous ny tous vos amys ne le sauroient plus désirer. « Et quant je y connoistrois aultre chouse, vous savés € que je ne suis icy que pour vous, tant à vous en « advertir que à y donner le remeide necesaire, ce de € quoy n'ay veu ocasion, vous pryant de continuer au € bon vouloir que jusques icy avés monstre au service € dudit seigneur, et en ce faisant croyés que vous le € trouvères vray père et afectionné à votre bien et « grandeur. » En outre de ces encouragements , bien faits pour luidopner des espérances, Longueval apportait au duc de Clèves l'annonce de l'arrivée prochaine d'une armée française. Le roi le pourvoyait d'argent et d'armes, surtout d'artillerie. Un seul trésorier, La Planche, lui avait remis 15,000 thalers. Les princes allemands alliés avaient touché leur pension, ce qui n'empêcha pas l'un d'eux, Wolfgang de Bavière, d'embrasser le parti de l'empereur ^
1. Lettres de Gruser, du roi, de Serain, écrites en mai 1542 (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, no 17, f. 382, 484, 485, 486).
Le 1 juin, le duc d'Orléans prit le commandement de Tarmée du Nord ; le duc de Guise était son lieutenant. Suivant les rapports d'espions adressés à Marie de Hongrie, il avait 2,000 honmies d'armes, 3,000 chevau-légers, la plupart italiens, 43 enseignes de mercenaires allemands, 3S1 mille piétons légionnaires, 80 pièces d'artillerie et 1 mille chevaux de transport. Le roi devait se mettre à la tête de ces troupes et se faire accompagner de sa maison, composée de 800 honmies d'armes. L'armée attendait en outre 12 mille Suisses, quelques compagnies italiennes et 40 mille hommes pris dans le ban et l'arrière-ban, c desquels, c si une bataille se donne, le roi mettra M mille en c première ligne, tant il y a confiance ^ >• L'armée de Clèves, aguerrie sous le commandement de Martin Van Rossen, comptait 30 ou 32 enseignes ; le roi de Danemark avait envoyé 12 enseignes. Ces troupes firent montre le 28 juin. Les espions de la reine de Hongrie signalaient au camp du duc c ung personnage brun, c ayant une barbe brune, et portant deux chaînes € d'or >. C'était Longueval, l'âme de l'entreprise. Le bruit courait qu'il avait acheté du duc de Clèves le château de Ravenstein^, au nom du roi de France, et qu'il allait en prendre possession.
Le duc, enorgueiUi de sa puissance, disait c qu'il
— Lettre de Marguerite au duc de Clèves (ibid., f. 388). Cette lettre est imprimée aux Pièces justificatives,
1. Rapport du héraut Arschott, prisonnier des Français du 25 juin au 9 juillet (Arch. de Bruxelles, Lettres des Seigneurs, t. I).
2. Le comté de Ravenstein, dans le Brabant Hollandais, dans la vallée de la Meuse.
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< feroit ung trou es pays de Tempereur dont on par« € leroit pendant cent ans > . Il espérait recevoir bientôt la princesse d'Albret; il répondit à un de ses ca* pitaines qui lui demandait un congé : c Je me sauroys c aussy mal passer de toy présentement que jamais c je feis, car par cette amasse Ion me livrera ma c femme. > Les capitaines français montraient c si € grande confidence qu'ilz disoient que leurs goujars c estoient suffisans à conquerre les Bourguignons >. Us fortifiaient Landrecies et y faisaient travailler 6,000 pionniers. Le roi fit crier un défi à l'empereur, portant qu'il lattendrait pendant soixante jours. Malheureusement le désordre régnait dans cette inunense armée; les Français étaient en mauvaise intelligence avec les Clévois; ceux-ci, cantonnés entre Mézières'et Reims, pillaient le pays sans miséricorde; les Allemands montraient peu d'empressement à marcher contre l'empereur; les officiers du duc avaient été obligés de leur persuader qu'ils allaient les conduire contre les Turcs. Une pluie continuelle gênait les déplacements de Tartillerie et des campements^
Le maréchal de Gueldre, Martin Van Rossen, entra en campagne au conmiencement de juin ; le prince d'Orange et le comte de Buren, que la gouvernante des Pays-Bas lui avait opposés avec des troupes incomplètement armées, furent misen déroute ; Anvers, Tournay, Malines étaient déjà serrées de près. En même temps la première armée française, commandée par
i. Plusieurs rapports d'espion, datés de juin et juillet 1542, adressés à la reine de Hongrie (Arch. de Bruxelles , Lettres des Seigneurs, t. I, p. 110, 118, 167, 173, 177, 380).
Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, gouverneur de Picardie, firanchit la frontière de Flandre ; les principales places ne purent résister. La seconde armée, conduite par le duc d'Orléans, envahit le Luxembourg et s'empara de la province presque sans coup férir. Les places de Damvilliers, Ivoy, Arlon, Montmédy, Luxembourg ouvrirent leurs portes ou furent prises d'assaut. Thionville seule résista. Charles-Quint, informé de ces désastres, demanda en toute hâte à la diète de Spire de protéger l'intégrité de l'empire'; mais le Luxembourg, le Brabant, le Hainault, la Flandre étaient perdus; il ne restait aux Français qu'à consolider leur conquête. En ce moment arriva au camp la fausse nouvelle de la marche de Charles-Quint contre l'armée assiégeante de Perpignan et celle de la descente de François P' en Languedoc. Le duc d'Orléans crut à une grande bataille prochaine. N'écoutant que le désir de combattre à côté de son père, il Ucencia précipitamment une partie de l'armée, malgré les conseils de ses capitaines, mit une garnison de mercenaires à Luxembourg et partit en poste pour le Roussillon avec quelques jeunes seigneurs étourdis conune lui.
Son départ désorganisa ce qui restait de l'armée. Réduit à la défensive, le duc de Guise se renferma dans Ivoy. Les impériaux reprirent Luxembourg et Montmédy, mais d'heureux coups de main rendirent à l'armée une partie de son prestige. Elle réoccupa Montmédy et prit ses quartiers d'hiver dans les principales villes. Le roi envoya au duc des instructions minutieuses, mais point d'argent, pour la préparation de la
i. Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl F, t. II, p. 350 et 364.
campagne prochaine, notamment l'ordre de retenir les mercenaires qui avaient servi dans l'armée de Clèves et de les employer à la fortification des places. Ces troupes ne voulaient marcher que contre argent comptant. Le duc de Guise en cite un exemple : leur engagement expirait le jour de la reprise d'une petite place forte, appelée Virton^ ; elles mirent le feu à la ville selon les ordres du duc, mais elles refusèrent d'entretenir l'incendie le lendemain, parce que la nouvelle solde n'était pas arrivée. Les lansquenets clévois voulaient hiverner au dedans du royaume c afin que ce € leur fust moyen de mieulx se faire payer >. Guise les envoya sur la frontière, mais en attendant le paiement ils refusèrent de dépasser la Meuse. Enfin le roi se débarrassa de ces importuns en envoyant par le sire de Mandosse, son écuyer tranchant, des fonds pris sur l'ordinaire de son épargne. Guise fit une montre au mois de décembre et les mercenaires sortirent de France*.
La campagne avait été si mal conduite qu'elle s'était terminée sans avantage décisif. Malgré la guerre à laquelle il prenait part, le duc de Clèves espérait échapper au danger d'une condamnation par la diète. Tandis que ses troupes ravageaient les possessions héréditaires de rempereur,il adressa sa justification aux États d'Allemagne*. Charles-Quint usait encore envers lui de
1. Virton ou Verton, dans le duché de Luxembourg, entre Luxembourg, Arlon et Montmédy.
2. Instructions du roi à Mandosse et réponses du duc de Guise des 15 et 29 octobre et 30 décembre 1542, copies (Bibl. nat., Coll. Glairambault, vol. 50, f. 7377, 7379, 7389, 7397).
3. Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl K, t. H, p. 357 et 358.
ménagements extraordinaires dont voici l'explication : Henri YIII avait épousé, puis répudié sa soeur, Anne de Clèves, et l'avait remplacée par Catherine Howard. Après le supplice de cette infortunée reine (12 février 1542), le bruit se répandit que Henri VIII allait reprendre la princesse Anne; le roi de France le lui conseillait avec insistance ; Tambassadeur Marillac avait reçu l'ordre d'y travailler ouvertement et en faisait la condition du mariage du duc d'Orléans avec une fille de Henri VHI. C'en était fait pour l'empereur de l'appui de l'Angleterre si le prince anglais cédait à ces suggestions. Charles-Quint s'imposait donc le devoir de ménager le duc Guillaume, qui pouvait redevenir, par sa sœur, l'arbitre de la politique de son beau-frère ^
Mais le duc de Clèves était inféodé à la politique du roi de France. Marguerite d'Angoulème le traitait comme son fils ^. L'agent du roi, le Bossut de Longueval, entretenait ses espérances. Ses soldats avaient été mieux traités au camp du duc de Guise que les autres mercenaires allemands. A la fin de la campagne, François P' lui abandonna en pur don une somme d'argent sans emploi, la solde de 4,000 hommes de pied et de 700 chevaux, qui n'avaient jamais figuré dans les rangs. En novembre, il lui fit proposer par Mandosse un secours de gens d'armes et une subvention de 30 mille écus, payables inmiédiatement, et même da-
1. Correspondance de Gharles-Quint avec son ambassadeur à Londres (BulL de VAcad. roy. de Belgique, 2« série, t. Vil, p. {k% et suiv.). — Le rôle diplomatique de Marillac est plusieurs fois indiqué dans les documents conservés aux Archives de Dusseldorf, Julich-Berg, n^ 17, passim.