Lettres de Marguerite d'Angoulème, t. I, p. 197 et
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vantage, s'il était nécessaire ; il lui promit c d'exposer c les forces de son royaulme pour le secourir comme € pour son propre a£Gadre t. Restait la négociation principale qui n'avait pas fait un pas depuis le commencement de Tannée, celle de Fenvoi à Dusseldorf de la princesse de Navarre. Mandosse était chargé d'à»surer au duc de Glèves, au nom du roi, c conune ledict c seigneur, au premier bon temps, luy envoyeroit sa c femme, Madame de Glèves, honorablement accomc pagnée^ >•
L'année 1 543 s'ouvrit mal pour le duc de Glèves. Le roi d'Angleterre, sortant de ses hésitations, signa avec les ambassadeurs de Gharles-Quint, le 1 1 février, un traité d alliance offensive et défensive, par lequel les deux souverains se partageaient le royaume de France comme s'ils l'eussent déjà conquis. La cause de la princesse Anne de Glèves était perdue; Henri YIII épousa, cinq mois après, Gatherine Parr, veuve de lord Latimer. Outre l'échec moral que lui faisaient éprouver les fantaisies amoureuses du roi d'Angleterre, le duc de Glèves perdait un réel appui. L'empereur, au con- 1*1^^9 y gagnait de n'être plus obligé de ménager son vassal. Mais cet échec, prévu depuis longtemps, ne pouvait le décourager. La diète venait de se réunir à Nuremberg sous la présidence de Granvelle, afin de discuter les moyens de défense de l'Allemagne contre les Turcs. Dès les premières délibérations, Granvelle annonça à l'assemblée que l'empereur était décidé à mettre toutes ses forces au service de la chrétienté,
1. Instruction à Mandosse du il nov. 1542, copie (Bibl. nat., Coll. Glairambault, vol. 50, f. 7389).
et qu'il combattrait lui-mêmeà latétede Tannée. Avant de commencer cette guerre sainte, il demandait quelques semaines pour avoir raison de la rébellion du duc de Glèves. Le duc comptait de nombreux amis parmi les princes allemands; ils agirent en sa faveur; les autres virent un piège tendu à l'indépendance de tous dans la demande de Granvelle, et la majorité refiisa d'y adhérer. L'habile chancelier proposa alors unecombinaison nouvelle ; Guillaume afPectait de soumettre sa cause au jugement de la diète, coram paribus; Granvelle lui offrit une trêve de deux mois, renouvelable sur les bases du statu quo^ mais à la condition qu'il livrerait la ville de Zittard en garantie de sa soumission. Le duc n'était pas présent, mais ses ambassadeurs acceptèrent le marché ^ Aucun des deux partis n'obéit aux conditions prescrites; le duc ne livra pas la ville de Zittard, et la gouvernante des Pays-Bas ne discontinua pas ses armements. Depuis le conmiencement de l'hiver elle se préparait à la guerre ; elle avait levé une armée de dix mille hommes de pied et de 2,400 chevaux commandée par le duc d' Arschott ; elle attendait un renfort de mercenaires allemands. Ces troupes étaient en garnison dans les villes de frontière; mal payées et naturellement indisciplinées, elles firent quelques courses dans les duchés et pillèrent plusieurs villes. Le duc de Glèves, prêt à la guerre depuis l'année précédente, saisit avec empressement ce prétexte pour rompre la trêve sans s'arrêter aux protestations de Granvelle*. A la
i. Urkundenbuch fur die Geschichte des Niederrheins , publié par le docteur Lacomblet, t. IV, 2« partie, p. 690. 2. Papiers d'État de Granvelle, t. H, p. 664.
fin de l'hiver, il mit le siège devant Heinsberg. La ville, dépourvue d'artillerie, fiit promptement investie.
Le duc d'Ârschott attendait avec impatience les lansquenets allemands que la reine de Hongrie avait engagés, mais les lansquenets ne vinrent pas, faute de solde. Cependant l'obligation de courir à la défense de Heinsberg le pressait de se mettre en campagne. Le SIS mars, il passa la frontière. Le temps était très-froid, les étangs couverts de glace. Le duc d'Arschott, au prix d'une marche forcée de nuit qui coûta la vie à quelquesuns de ses soldats, tomba à l'improviste sur les assiégeants, ravitailla la ville et y fit entrer quatre pièces de canon. Poursuivi vigoureusement dans saretraite, il essuya quelques escarmouches. Le 24 avril, l'armée clévoise, forte de 4,000 chevaux, de 1 8 àSO enseignes de gens de pied et de 4 ou 5 pièces d'artillerie, prit position devant lui auprès de la ville de Zittard. La lutte conmiença par un combat d'artillerie. Les Clévois, conmiandés par Dietrich Hoen, sire de Harsen, débusqués d'une hauteur par le feu de l'ennemi, descendirent dans la plaine et se mirent en bataille devant les impériaux, gens d'armes contre gens d'armes, gens de pied contre gens de pied. Le choc fut terrible et pendant un moment la victoire demeura indécise; mais les impériaux étaient les plus nombreux ; plusieurs capitaines allemands du parti de Glèves furent blessés ou tués; trois enseignes sur six tombèrent entre les mains du duc d'Arschott. La gendarmerie faiblit et battit en retraite, dans le plus grand désordre, vers Ruremunde et vers Zittard, laissant l'artillerie sans défense. Pendant ce temps-là les gens de pied des deux armées s'attaquaient à coups d'arquebuse; après quelques dé-
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charges , le duc d'Ârschott ordonna la charge. Déjà les soldats c baissaient les piques > ; tout à coup les Allemands du parti impérial, pris d'une panique soudaine, se débandent ; ils se précipitent sur l'artillerie clévoise qui vient d'être emportée par la cavalerie, détèlent les chevaux, et s'enfiiient au galop. La déroute fut si rapide que les capitaines ne purent retenir une seule enseigne ; le supplice de quelques fuyards sur ledhamp de bataille n'arrêta pas leurs compagnons d'armes; les bas Allemands surtout se distinguèrent par leur lâcheté ; plusieurs coururent jusqu'à Maestricht. Les Clévois prirent alors Tofifensive ; ils reconquirent l'artillerie qu'ils avaient perdue au conmiencement de la journée et s'emparèrent de celle des impériaux; la gendarmerie se reforma et rétabUt son ordre d'attaque. La nuit tombait ; le duc d'Arschott , abandonné de ses gens de pied, se retira en bon ordre du côté de Maestricht. La bataille avait à peine coûté 300 honmies aux vaincus; encore, suivant les agents impériaux, la plupart des morts étaient-ils des € goujats» qui s'étaient attardés au pillage des gens d'armes. Le comte de Hoechstraeten fut fait prisonnier et relâché peu après. Les vainqueurs firent de plus grosses pertes. Un capitaine écrit à la reine de Hongrie qu'il a vu € 70 chariots couverts de corps morts de c soldats clévois et M de personnages de marque », que les Clévois ont perdu c quasi toute leur noblesse € et 1,500 chevaux », que Dietrich Hoen, sire de Harsen, capitaine général, les sires de Palant, deDrimborn et Jean de Buren , gentilshonunes de Gueldre, ont été tués. Martin van Rossen était absent, c Le duc c de Glèves, qui estoit à moins de deux lieues de la
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c bataille, ny estoit, mais est demeuré en ung cloître, c à ce que disent les prisonniers, se trouvant conceillé € de non s'y trouver en froid tems, mais en esté il s'y € trouvera. S'il y eut esté, le froid ne l'eut empesché ; € car il y avoit matière assez pour se bien réchauffer^ > Cette victoire fut fêtée à la cour de France avec autant d'éclat que si l'armée du roi eût gagné une seconde bataille de Marignan. François P' l'annonça solennellement au parlement et ordonna au cardinal du Bellay de faire une procession en action de grâces et de chanter un Te Deum, Le morceau de la vraie croix, conservé dans le trésor de la Sainte-Chapelle, fut porté à la procession des reliques par les conseillers. Le duc de Clèves avait écrit au roi, à la suite de sa victoire. Sa lettre fut enregistrée au parlement.
« Sire, je me recommande très humblement à vostre bonne grâce. Je ne vous puis celer que le duc d*Arschott et autres grands seigneurs de Borguignons, vos ennemis et les miens, sont derechef entrés en ma duché de Juliers avec grand nombre de gens à pied et à cheval, artillerie, munitions et autres choses du fait de la guerre, cuidant tout prendre et me ruiner ; mais mes gens les ont, le jour de la veille de Pâques, à 3 heures de Faprès midi, en leur fort assailli, et, par la grâce de Dieu, desconfit et desfait une partie, tuez et beaucoup pris, et gaigné 43 enseignes de lansquenets et le guidon des gens de cheval, avec l'artillerie qui estoit de 20 grosses pièces, comme on m'a mandé, 43 canons, 3 serpentines, et, le reste, demi serpentines etcouleuvrines^. »
1. Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl 7, t. 11, p. 382. Lettre de la reine de Hongrie à Charles-Quint du 4 avril 1543. — Le rapport officiel d'après lequel cette lettre est écrite est conservé aux Archives de Bruxelles (Coll. de doc. hist., t. Vil, p. 133).
2. Extrait des reg. du Parlement (Coll. Glairambault, vol. 51, f. 7413).
Le duc d'Arschott, par ordre de la reine de Hongrie, se retira vers le Hainaut pour refaire ses troupes. Le duc de Nassau, à la tète d'une seconde armée, fut chargé de tenir tète aux Clévois victorieux. Il essuya une éclatante défaite. Le roi ordonna encore des actions de grâces ; l'évèque de Paris chanta un Te Deum à Notre-Dame; un conseiller du roi, Martin Fumée, fut chargé de communiquer cette grande nouvelle au parlement.
« Du 7 avril 4543, écrit par les amis du roy en Allemagne, sont venues nouvelles certaines d'une seconde grande victoire obtenue par nostre nepveu, le duc de Cleves, contre une grosse armée de nos ennemis, de laquelle estoit chef le comte de Nassau, laquelle victoire a esté telle que, prenant les choses en gênerai et remettant les particularités à ce qui en est recité au parlement, est advis donné de ladicte victoire. D n'est réchappé de lad. armée un de tous ceux qui ont fait résistance, qu'ils ijie soient demeurés morts ou faicts prisonniers, grand nombre de noblesse desfaite, rompue et mise en ftiite, l'artillerie, munitions et bagages, demeurés et gaignés par le duc de Cleves 5 de ce qui s'est sauvé de lad. armée ne leur a esté possible en remettre aucune ensemble, de manière qu'il ne s'est veu de longtemps desconfîture dont la fuyte ayt esté telle ne si grand étonnement. Le s. de Nassau s'est sauvé seul, sans page ni valets »
Piqué d'honneur par ces deux victoires, qui ouvraient un vaste champ à ses espérances, François P' entra en Hainaut à la fin de mai avec une armée de plus de 35 mille honunes, et s'empara de Landrecies, place forte, la clef des plaines arrosées par la Sambre. La cour l'avait accompagné jusqu'en Champagne et s'était
i. Extrait des registres du Parlement (Coll. Glairambault, vol. 51, f. 7421).
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arrêtée à Reims. Marguerite d'Ângouléme , Jeanne d'Albret, le cardinal de Tournon, Ânnebaut, les ambassadeurs du duc de Glèves, les principaux personnages que nous avons vus figurer dans les négociations de ce mariage, suivaient le roi, François P' annonçait l'intention de conduire la princesse de Navarre jusqu'aux frontières de ses états. Les victoires de l'armée clévoise, l'alliance du Danemark et des princes allemands, les succès du duc de Vendôme en Flandre, la marche conquérante de l'armée en Hainaut, la possession de Landrecies, que le duc de Guise travaillait à rendre imprenable, mettaient toutes les chances de la guerre de son côté. Ce fiit en ce moment que l'empereur arriva en Allemagne; il s'était embarqué le 1®' mai à Barcelone, était descendu à Gênes, avait traversé rapidement l'Italie et était arrivé. à Spire. Il s'arrêta quelques jours dans cette ville, puis à Mayence, distribuant des ordres, expédiant des courriers ; il réunit et arma les troupes que le roi des Romains avait levées et celles qu'il avait amenées d'Italie, les donna à commander à Fernand de Gonzague, ancien gouverneur du Milanais, et les dirigea sur Bonn pour se rendre maître du passage du Rhin^ Il avait avec lui 40 mille honmies dont 1 mille Espagnols ou Italiens. On s'étonnait en Allemagne de le voir user d'aussi grandes forces contre un aussi petit adversaire, pendant que Soliman, conquérant de la Hongrie, s'avançait le long du Danube et
1. Cette campagne est racontée dans le plus grand détail par Gharles-Quint dans une lettre adressée à son fils (Bull, de la comm. roy, d'Hist. de Belgique, 2« série, t. Vil, p. 154). Vandenesse raconte les mêmes faits de la même façon; les deux récits difTèrent un peu par les dates (Coll. Dupuy, vol. 560).
menaçait Vienne. Un rapport adressé au roi de France représente Charles— Qumt comme c convoiteux de c gloire. . . et simulant cest grant colère contre le duc de c Clèves pour couvrir sa peur dudict grand seigneur *» • Le 20 août , Charles-Quint entra en campagne. Le 21 , il fit sa jonction avec l'armée levée par la reine de Hongrie et commandée par le prince d'Orange ; elle comptait, d'après Vandenesse, 1 3 mille hommes de pied et 2,500 cavaliers, bien disciplinés et qui avaient fait leurs preuves quelques jours auparavant à la prise de Montfort. Le 22, il parut devant Dueren, la plus forte place du duché de JuUers ; le 23, il fit sommer la ville par un héraut d'armes, porteur de paroles de clémence si les assiégés ouvraient leurs portes, et de menace s'ils persistaient dans leur résistance. Le héraut n'obtint aucune réponse et ne put même entrer dans la ville. Gonzague mit son artillerie en hgne pendant la nuit; le feu conmiença à la pointe du jour et se continua jusqu'à deux heures de l'après-midi. En ce moment les compagnies italiennes et espagnoles, ras^ semblées dans les tranchées, sans attendre le signal de l'attaque, qui devait être donné à 5 heures, s'élancèrent à l'assaut. La ville était protégée par deux fossés profonds, pleins d'eau, et par un mur élevé, couronné d'artillerie; cinq enseignes d'infanterie comptant 4,000 hommes, choisis parmi les meilleures troupes de Clèves, armés d'arquebuses, défendaient les portes. Les impériaux attaquèrent d'abord un des bastions sans succès ; pendant deux heures l'intrépidité des Ëspa-
1. Rapport venu d'Allemagne, sans date ni signature (Bibl. nat., F. fr., vol. 2965, f. 65).
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gnols s'épuisa en vain contre la fermeté des compagnies hollandaises. Enfin une troupe espagnole réussit à tx*aYerser sous un feu ardent les fossés de la ville et à monter sur les murs par la brèche. Les défenseurs de la porte, pris à revers, fiirent bientôt culbutés. 600 ou 700 honmies furent tués les armes à la main; les autres s'enfiiirent à travers la ville, ou se précipitèrent du haut des remparts. L'empereur était résolu à faire un exemple. Il fit juger les prisonniers et passer par les armes ceux qui étaient originaires de la Hollande et des terres basses de l'Allemagne, en trèsgrand nombre dans l'armée du duc de Clèves. La ville futUvrée au pillage ; mais c Sa Majesté conmianda sous € peine de mort que Ton ne touchast aux esglises ni que c l'on tuast ni femme ni enfans et que les femmes feusc sent toutes retirées aux esglises pour conserver leur € honneur. > Le lendemain, c je ne sais pourquoi ni c comment, > dit Gharles-Quint dans sa lettre, le feu prit aux maisons et fit de tels progrès que, malgré les efforts des vainqueurs, la plus grande partie de la ville et l'église furent en flanunes. L'archevêque de Sain1>- Jacques porta le saint sacrement et les vases sacrés au logis de l'empereur. Les fenmies, les reUgieuses et les enfants fiu^nt conduits dans une tente sous ses yeux. L'armée victorieuse combattit l'incendie avec autant de courage qu'elle avait combattu l'ennemi ; 40 ou 50 soldats furent enseveUs sous les décombres et plus de 300 fiu^nt blessés en essayant d'éteindre le feu. Malgré leurs efforts la ville presque entière, plus de 600 maisons, fut réduite en cendres ^