Lettre de Saint-Mauris déjà citée (Arch. de Bruxelles
5. Lettres de Marguerite d'Angoulême , t. I, p. 384 à 391. Voyez aussi la lettre de Saint-Mauris déjà citée (Arch. de Bruxelles).
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de Navarre étaient encore un mystère à la cour, bien qu'il fût très-assidu près d'elle et qu'elle y parût sensible; une parole indiscrète lui arracha son secret. Au commencement de novembre, Catherine deMédicis touchait à la fin de sa troisième grossesse. Un jour, pendant les couches de la reine, à Fontainebleau, une demoiselle d'honneur demanda étourdiment au prince ce qu'il aimerait le mieux, ou que la reine de France eût un fils ou que le roi de Navarre en eût un. La question était insidieuse; Catherine n'avait encore qu'un fils, celui qui fut plus tard François II, prince débile, dont on n'espérait pas longue vie, et, en cas de non-survenance d'enfants mâles, Antoine de Bour^ bon était de droit roi de France. Sans réfléchir, il répondit qu'il aimerait mieux que la reine eût douze fils plutôt que d'Albret un seul, parce que la naissance d'un héritier enlèverait à la princesse de Navarre le royaume de son père. A cette réponse les dames sourirent : le secret d'Antoine lui était échappée Catherine accoucha d'une fille, la princesse Claude, le 12 novembre. Henri II invita la reine Marguerite à servir de marraine à l'enfant. Comme elle était absente, elle fut remplacée par Jeanne d'Albret ^
1. Lettre de Saint-Mauris au prince d'Espagne du 20 novembre 1547, déchiffrée par M. Friedman (Arch. nat., K. 1485, n» 111).
2. Conférez Négociations sous François II, p. 893, dans la Coll. des doc. inédits, et la lettre de Marguerite, 1. 1, p. 389. La princesse Claude, duchesse de Lorraine en 1559, naquit le 11 novembre suivant les uns, le 12 suivant les autres. Elle eut les Suisses pour parrains, et la reine de Navarre et la duchesse de Guise douairière pour marraine (Pièce du temps, publiée dans Négociations sous François II, p. 893, dans la Coll. des doc. inédits).
Cependant Henri II n'oubliait pas ses dernières conventions avec le roi de Navarre. Au mois de décembre il lui envoya le capitaine Jean d'Estréespour les lui rappeler. Henri d'Albret répondit qu'il était malade, qu'il ne pouvait se mettre en route. Sa lettre dissimule mal, sous les formules de l'obéissance, son vif désir de gagner du temps. On verra tout à l'heure que le prince n'avait jamais eu de plus graves motifs d'éloigner l'échéance du mariage de sa fille. Marguerite, qui était sans doute dans le secret, multipliait les assurances de son dévouement au roi de France : € Quant au mariaige dont il vous plest m'es- € cripre, dit-elle, vous feriez tort au père et à la mère « si vous ne croyez fermement que leurs biens, leur € fille et leurs propres vies sont desdiées à vostre € service. > Elle offre tout au roi, mais elle se tait sur l'objet principal de la mission de Jean d'Estrées\ Quelque temps après, Henri II tenta une nouvelle démarche auprès de son oncle. Le roi de Navarre, conmie tous les princes économes, passait pour avare*. Henri II le tenta par son faible; il lui fit offrir par Tristan de Moneins% son lieutenant en
1. Lettres du roi de Navarre et de la reine de Navarre au roi de France, en date du 24 décembre 1547 (Bibl. nat., f. fr., vol. 20521, f. 99 et 100, copies). Une partie de ces deux lettres a été publiée par M. ie comte de Laferrière dans son étude sur Marguerite d'Angoulôme, p. 112 et 113.
2. Une iettre de Henri n au connétable contient ce jugement du roi de Navarre : t y nest délibéré .... synon d'amaser forse « arjant et fayre bonne chère. » (Bibl. nat., f. fr., vol. 3122, f. 7).
3. Lettre de Henri II au connétable (Bibl. nat., f. fr., vol. 3129, f. 1). M. le comte de Laferrière, qui a publié cette lettre (Marguerite d'Angouléme, p. 127), imprime Monge; nous lisons Mounys sur
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Guyenne, une rente de dix mille écus. Cette proposition ne réussit pas mieux que les autres.
Gonmient le roi de Navarre persistaiMl à repousser un mariage que toutes les convenances royales rendaient acceptable et que sa fille, d'après les contemporains, appelait de ses vœux^? Il se sentait menacé dans son indépendance par le nouveau roi*; il avaitquitté la cour, après le sacre, mécontent du roi et du connétable', et songeait à tenter de nouveaux projets d'alliance avec l'empereur. Vers la fin de l'été, Descurra se trouvait à Madrid ; il attendait le marquis de Mondejar, ancien vice-roi de la Navarre espagnole, déjà initié aux précédentes négociations. Dans son zèle, il demanda avec insistance à don Tristan d'Olsace, autre agent béarnais , un portrait de Jeanne d'Albret afin de le faire passer sous les yeux du prince Philippe. Au lieu du marquis de Mondejar arrivèrent deux gentilshommes béarnais, les seigneurs de Saint-Pater et de Ballejas, sous prétexte d'apporter à la cour d'Espagne des nouvelles d'Allemagne. Ils visitèrent les infantes, quelques personnages importants, sondant le terrain, demandant
le manuscrit autographe. Il s'agit probablement de Tristan de Moneins, alors lieutenant du roi au gouvernement de Guyenne.
1. Lettre de Saint-Mauris déjà citée (Arch. de Bruxelles). — Rapport d'espion du 22 juillet 1547 (Arch. nat., K. 1487, n* 70).
2. Les rois de France convoitaient depuis longtemps la Navarre. Après la mort de Henri d'Albret (25 mai 1555), Henri U proposa au nouveau roi de Navarre de lui céder son royaume moyennant compensation. On n'avait pas osé faire de telles propositions à Henri d'Albret, mais il n'ignorait pas les secrètes intentions du roi. Voyez la Chronologie Novenaire de Palma Gayet, liv. I (Coll. Buchon, p. 175).
3. Résumé de chancellerie du 3 novembre 1547 (Arch. nat., K. 1487, no 95).
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des conseils, disant partout que le roi de France était Tunique obstacle au mariage de Jeanne d'Albret avec rinfant. Leur allure et leur langage les firent prendre pour des espions, d'autant plus que les conseillers de l'empereur n'avaient pas été prévenus de leur mission. Le grand commandeur de Léon fut chargé de les renvoyer*.
Deux mois après, le roi de Navarre envoya à Madrid Miguel Dolite et Jacques de Foix, évèque de Lescar, son lieutenant-général. Descurra voulait éloigner le dernier qu'il soupçonnait d'être vendu au roi de France, mais Henri d'Albret consulté lui maintint sa confiance. Ils eurent trois conférences avec Descurra et lui révélèrent les instances du roi de France en faveur de Vendôme et la résistance secrète de leur maître, qui jusqu'à ce jour avait su éviter tout engagement. L'objet principal de leur mission était d'offrir au roi d'Espagne, en même temps que la main de l'héritière de Navarre, l'entrée dans les places de Rayonne, Dax, Bordeaux et toute la Guyenne. La grande difficulté consistait à faire sortir la princesse de France; son gardien habituel, le sire de Lavedan, penchait en faveur du duc de Vendôme. Mais l'évêque de Lescar, parent de Lavedan, se flattait de tourner ses dispositions; l'évêque devait aller à la cour, en apparence pour discuter les conditions du mariage demandé par le roi, en réalité pour préparer l'enlèvement de Jeanne. Avant de passer à l'action, Henri d'Albret demandait un traité qui lui assurât la garantie de ses biens
1. Lettre de Descurra au comte de Castro, vice-roi de la Navarre espagnole, du 5 novembre 1547 (Arch. nat., K. 1487, n" 97).
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actuels et la restitution de la Navarre espagnole ' . Alors s'engagea une négociation obscure, toute de détails, dont il est impossible de saisir l'ensemble. Lesfrontières de l'ancienne Navarre avaient souvent varié. Les Béarnais et les Espagnols se disputaient les villes et les moindres parcelles de territoire. Pour dissi* muler l'intrigue au roi de France, qui avait donné l'ordre au connétable de faire saisir et d'ouvrir toutes les lettres adressées à son oncle et à sa tante ^, les agents béarnais les signaient de noms supposés, San Julian, Juan de Bilbao, Martin de Bitta* ray, Julian de Lescano, Sancho de Ursua, don Luis de Velasco, et n'y traitaient en apparence que d'affaires personnelles. Les personnages importants y sont désignés par des surnoms; ainsi Orpelate désigne probablement le roi de Navarre; Johan Cajado, sa fille; Juan de Bilbao j l'évèque de Lescar; Ferrua^ le roi de France ; Garritz où Agarritz^ la ville de Montde-Marsan; el corregidoVy l'empereur; San Julian, Miguel Dolite; Diego de Salamanca, Descurra; Anr ciondo, Nicolas Dangu, évêque de Mende^
A son insu ou en connaissance de cause, le roi de France traversait la négociation; il offrait sa sœur Marguerite à l'infant Philippe et sa fille Elisabeth, née le 2 avril 1545, à don Carlos ^ A la fin de no-
1. Relation de Descurra datée du 4 janvier 1548, original (Arch. nat., K. 1488, n» 29).
2. Lettre de Henri n au connétable publiée dans Marguerite d'Angouléme, p. 114, par M. le comte de Laferrière.