LETTRES DE MARGUEWTB D'ANGOULÊME
A Monseigneur mon filz, monseigneur le duc de Gleyes.
(Commencement d'avril 1541 *.)
Elle informe le duc de Clèves qu'elle a un catarrhe. — Plaintes contre l'ambassadeur de Clèves. — Jeanne n'est pas prête au mariage.
Monsieur mon fllz. Pour ce que jay toute ma vie parle a vous franchement et vous hay trouve prince plain de tant donneur et de vérité, je ne craindray a vous escripre le mal et la peine ou je suis, vous pryant bien fort le tenir secret : cest que, quant a ma personne, comme vous dira ce porteur, il mest tombe ung caterre sus la mytie du cors, quy me contraint demeurer au lit ; mes jespere par layde du grant médecin que jen eschapere, combien que jusques icy ny vois gueres damendemant. Laultre mal que jay, cest en lesperit, a cause de lestrangette que, despuis le moys de février, jay trouve en votre embasadeur, car, au lieu de guaigner le Roy de Nawarre a trouver bon ce maryage, il a feit tout le contraire, comme sy par force vous pretandies davoir notre fyUe sans chercher notre amytie ny aliénée. Jay asseure le Roy de Nawarre que ces menées sont sans votre seu et lay suplie vous envoler ce porteur, saige et vertueux jentilhomme, afin que par luy ou aultre
1. Cette lettre n'est pas datée, mais la réponse du duc, conservée aux archives de Dusseldorf, porte la date du 30 avril 1541 (Juhch-Berg, n^ 17, f. 431). Dans sa lettre, le duc désavoue son ambassadeur et proteste de son dévouement personnel au roi et à la reine de Navarre.
La lettre de Marguerite est autographe.
nous puisions entandre votre voulente-, vous pryant, Monsieur mon fllz, nous envoier quelque ung quy soit entieremant a vous, encores qu'il ne parle francoys. Ce porteur, quy reviendra avecques luy, sera truchemant, et je luy diray beaulcop de choses que vous trouvères estranges. En atandant, je vous suplie, faites vos afaîres d'Alemaigne le plus seurenaant que vous poures, car voy en cy le temps. Et quant a notre couste, sy toust que Dieu me donnera santé et force, je ne fauldray de retourner devers le Roy. Mes, au mieux que les médecins me prommettent, cest que, après avoir pris les baingsnaturelz, qui sont en ce païs, ilz espèrent que je gueriray. Y sera la fin de may prevoyee que jay parachevé toutes leurs ordonnances. Et je me tiens sy seure de vous. Monsieur mon fylz, quoy que Ion die le contraire, que vous ne voudryes abréger mes jours par précipiter ung maryage quy, selon Dieu et natture, nestpas encore prest. Et de la seurette, vous aves celle du Roy, et, quant a nous, sy vous ny aves fience de plus grant chouse que dune sy raîsonnaible, vous ne nous renderies pas lamour resiproque que nous vous portons. Mes unizant (usant) envers nous de votre acoustumee honnestette, ayant regard a lestât ou je suis, je vous puis bien aseurer que vous me trouvères avecques le Roy de Nawarre
La humble et bonne mère,
Marguerite.
(Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 432.)
 Monseigneur mon filz, monseigneur le dug de Glbves.
(Commencement de mai 1541 *.)
Marguerite félicite le duc de son arrivée à Fontainebleau.
Monsieur mon fllz, jay entendu par ce porteur votre aryvee a Fontaynebleau et que des maintenant -vous estes avecques
1. Cette lettre n'est pas datée, mais nous savons que le duc de Glèves était arrivé à Fontainebleau le 30 avril, et auprès du roi à Amboise le 5 mai.
Elle est autographe.
le Roy, dont je suis merveilleusement ayze, tant pour la joye que je croy que voua aures de voir le dist seigneur que pour celle que je say quil aura de vous voir, pour la bonne afecsion quîl vous a toursiours portée. Et quant a ma maladie, elle ne sauroît estre sy grande quelle seust passer le désir que jay destre le plus toust quil me sera possible devers le Roy, ou jespere de vous voir. Et pour ce que ce porteur, par lequel maves envoie visiter, dont aces je ne vous puis mercier, vous dira lestât ou je suis et les journées que je foys, espérant vous dire le demeurant, va (vais) pryer Dieu vous donner aultant de bien que pour soy en sauroit désirer
Votre humble cousine et bonne mère,
Margueeitb.
(Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 459.)
A MONSBIGNEUB MON FTLZ, MONSSIGNEVR LB DUC DB GlBVBS.
(Mai 154!*.)
Marguerite félicite le duc de Clèves du bon accueil du roi à Amboise. — Elle lui envoie Vévéque de Séez, avec une mission confidentielle.
Monsieur mon fylz. Jay receu votre lettre, par laquelle vous me mandes lonneur et le bon receuil que vous hont fait le Roy, Messieurs et Mesdames, quy ma este très grantplesir, veu que vous y trouves a votre contantemant, ce que je vous hay toursiours aseure. Et croies. Monsieur mon fllz, que jay veu de long temps le Roy vous porter telle afecsion que, veu lamour quil vous porte, il ny a nul quy ne vous voye de bon ceur, voyant que vous luy estes afecsionne serviteur. Et, pour avoir
1. Cette lettre n'est pas datée, mais nous savons que l'envoi de révoque de Séez au duc précéda de quelques jours Tarrivée de la reine à Ghàtellerault (voyez p. 110). La lettre est donc du milieu de mai 1541.
Elle est autographe.
part a oete joye, je me haste le plus que je puis de retrouver le Roy, comme vous dira Monseigneur de Geez^, ce porteur, lequel je vous prye croire comme moy mesmes. Quy sera la On, après vous avoir fait les reconunandacions a votre bonne grâce, du Roy de Nawarre et de celle quy veult a james demeurer Votre humble et bonne cousine et mère,
MARfiimaiTE.
(Ârch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 436.)
A MONSBIGNBUB MON FILZ, MOIfSBlGNBfJR LE BUC BB GUE^S.
(Fin mai 154! K)
Marguerite annonce au duc sa prochaine arrivée à Châtellerault et celle du roi de Navarre.
Monsieur mon fllz. Ce porteur vous dira bien au long de nos nouvelles et ausy que jespere estre bien tost a la court. Celle! me gardera de vous fere plus longue lettre, vous merciant de la paine que vous prenes de nous envoier visiter, quy est bien aces sans que vous y viengnes en personne, ce que vous ne deves pas faire, mes dimenche au plus tard nous serons à Ghastellerault, ainsy quil a pieu au Roy le nous commander. Pryant notre Seigneur, Monsieur mon filz, vous donner aultant de bien que pour soy en désire
Votre humble et bonne mère,
Marguerite.
(Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 437.)