Le Mariage de L'Adolescent
M u * Je an ru* Mar ai* a disparu en pleine jeunesse, dans l'éclat de sa beauté, au milieu d'une carrière brillante et qui semblait lui promettre île grandes satisfactions. Un talent chaque jour plus ferme et plus souple, une imagination riche en trouvailles, une frémissante sensibilité : voilà ce qui, le 20 mai 1919, Jut anéanti. Les amis de M u Marais garderont d'elle un souvenir impérissable. Ils ailmiraient l'écrivain ; ils pleurent la femme douée de vertus viriles, en même temps qu'ornée de toutes les grâces, loyale, vaillante et tendre...
Elle s'appelait de son vrai nom Lucienne Marfaing. Elle naquit à Paris, le
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12 février 1888. EUe était de bonne bourgeoisie. Son père, ayant acquit quelque bien dans le commerce, se retira de la vie active et vint se fixer sur ta Côte d'Asur.
Nice fut la patrie de l'enfant • et l’ardeur de ce climat, l'air qu'on y respire, influencèrent profondément sa formation intellectuelle, morale et sentimentale. Elle eut d'abord sous les yeux le spectacle du luxe et des élégances cosmopolites. Elle se mêlait aux gens de lettres, aux artistes de puisage. Elle apercevait le monde comme un champ de bataille oà se déchaînent les .
désirs de jouissance sensuelle, les vanités cl les intérêts. I. influence d'un tel milieu est un peu desséchante et corruptrice. L'adolescente, livrée sans défense à ses instincts, ignore la réserve et la modestie chrétiennes. Elle pousse en sauvageonne. Sa liberté d'allures, sa hardiesse d’esprit, son extrême indépendance, ta vocation précoce qui l'entraîne vers la littérature et l'art font son -
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ger aux enthousiasmes et aux caprices de Marie Bashkirtseff. Bientôt, en elle, naît, le goût d'écrire. Elle envoie des vers et des nouvelles à la presse. Le Petit Journal, la Lanterne accueillent ces essais, signés du pseudonyme de Ludine. Le premier roman de Jeanne Marais, La Carrière Amoureuse, date de 1911. Il ne passa ftas inaperçu.
(Test un livre illuminé du soleil, imprégné des parfums, agité des effervescences de ce Midi, que la romancière débutante avait encore dans le cieur et dans les yeux. Il atteste une singulière maturité. L'histoire d'amour qui s'y déroule, s'accompagne de moroses réflexions , de remarques âpres, pessimistes, et d'ailleurs perspicaces, sur la condition humaine. J'en citerai quelquesunes.
« Les hommes sont tous les mêmes. Avec la dot de leurs femmes ils entretiennent leurs maltresses. Il y a deux sortes de
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Jemmes : celle* qui paient, celles qu'on paie. *
« Le danger des situations équivoque* révèle trop clairement le* petite* bassesse*, les faiblesse* du cœur. Et cest triste de penser quon méprise toujours un peu ceux que ion aime d’un amour illicite. •
• Les année* fapprendront l'égoïsme douillet des âmes désenchantée*, qui consiste à s'aimer beaucoup plus soi-même que le compagnon choisi. Ce jour-là, tu pourra* te marier. Ce n'est pas toi qui souffriras. »
Quel peut être le philosophe désabusé qui s'exprime ainsi ?... Une jeune fille de vingt ans /... Elle a déjà souffert, connu la déception du rêve écroulé, l'amertume de l'illusion évanouie... Elle demande un réconfort au travail. Elle accomplit des prodiges d'activité. Jour et nuit, la plume à la
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main, elle, ne cesse de produire. En trois ans, elle publie quatre volumes : Nicole courtisane, La Maison Pascal, Les Trois Nuits de don Juan, Le Huitième Péché. Ce sont de jolis livres élégants et fringants, quelque peu cyniques. La réalité s'y allie à la fiction. L auteur s'y ruconte ; elle y met ce quelle a vu ou entendu... Ce quelle nu pas directement observé, elle le devine cl le décrit avec une merveilleuse assurance et une surprenante justesse.
Les cent premières pages de Nicole courtisane constituent un tableau étincelant et intuitif du Paris galant, brossé à la façon d'Alphonse Daudet. Dans La Maison Pascal, le sujet est d'une audace inouïe, les détails précis , exacts, notés d'après nature. Là où la gauloise impudeur d'un Armand Silvestre eût hésité, la témérité ingénue de Jeanne Marais va de l'avant ; elle échafaude la plus monstrueuse hypothèse; mais sur cette trame
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paradoxale, apparaisse.it, épinglé*, de chauds paysages, de malicieux croquis de mœurs, lu vivante peinture d’une petite cité méridionale, avide de s'enrichir par tous les moyens, et soucieuse d'honorer publiquement ta vertu...
te retentissement de cet ouvrage risquait d'égarer Jeanne Marais en la poussant à ne demander le succès qu'à des publications libertines et à flatter, dans un but commercial, les goûts licencieux du public. Elle valait mieux que cela. Elle se ressaisit Elle composa un roman de haute allure. Amitié Allemande, qui eut le bonheur et le malheur de paraître au mois de juillet 1914. te bonheur,puisque les événements mettaient en lumière le sens prophétique du volume ; le malheur, puisqu’ils étouffaient son éclosion. Cette fois, il ne s’agissait plus d'une autobiographie amalgamée au récit d'aventures romanesques. Cétait une solide étude de
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mœurs et de caractères, la description précise et spirituelle d'un coin de la société parisienne, C analyse d’un état d’dme spécial, fa vision lucide des prochaines catastrophes. L'Allemand qui s’insinue parmi nous, use de notre hospitalité, nous dupe par sa feinte bonhomie,puis retourne contre ses hôtes d’hier les armes qu'il lient de leur confiante naïveté après avoir largement profité d'eux — ce type pullulait en France avant 1914. Il est ici modelé de main de maître . Autour de lui grouille la multitude des snobs inconscients du péril, inattentifs aux sourdes rumeurs qui précèdent la tempête... Edité plus tôt ou plus tard.ee livre puissant aurait eu beaucoup de lecteurs. Il mérite de n’étre pas oublié.
La guerre éclata... Ce fut pour Jeanne Marais une période de dures épreuves, dans l'ordre matériel et l’ordre sentimental. Elle perdit, à peu d onnées d'intervalle, ses parents. Atteinte par des revers
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de fortune, elle subsistait presque exclusivement de son labeur littéraire qui devait alimenter ta maison. Et te vivait auprès de sa mère devenue veuve, te* deux femmes formaient un petit ménage modeste et charmant. MMar foin g entourait sa fille d'une ardente sollicitude : la fille puisait dans cette adoration un divin appui contre les mécomptes et les énervements du métier.
J'ai son* te* yeux des lettres adressées par elle, depuis 1911, à son cousin, son camarade et son confident, qu elle aimait en sœur ai née. Dans celte correspondance révélatrice, elle apparaît, telle quelle était réellement, sans feinte et sans pose, travailleuse, impatiente d'arriver, scrupuleuse et sincère, difficile, visant à la perfection, désolée de n'y pus atteindre autant quelle l'eùt voulu. On la voit agitée, inquiète, courant du libraire au bureau de rédaction, puis rentrant en toute hdle au logis, où
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l'attend le manuscrit commencé. Elle entasse article sur article , roman sur roman.
u Je doute que ma nouvelle soit acceptée — de par ses intentions tendancieuses — et, à tout hasard, je vais en préparer une autre. Je m'aperçois, tous les jours un peu plus, que le temps passe vraiment trop vite et que je travaille bien lentement. Quand je suis restée tout un jour à mon bureau, ne le quittant que pendant l’intervalle des repas, je suis effarée, le soir, en constatant quel résultat minime m’ont apporté ces heures do travail. Aussi suis-je navrée lorsqu'une course indispensable m'oblige b sortir et je deviens d'une compagnie plutôt vague pour mon infortunée maman qui, groudée d une part par son fils, délaissée de l’autre par sa fille qui se cloître dans sa chambre, se trouve dans une situation peu joyeuse, qui la punit ainsi de son entêtement persistant.
« Vous aussi, vous devez vous apercevoir que le temps coule rapidement; et la perspective de votre retour doit se rapprocher à vue d’œil, hein ? (.'utilité de no9 ennuis, c'est qu'ils ralentissent
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les heures : tans eux, on vivrai» trop vite. Remarquez que j'ai évité, à dessein, de mo féliciter que les vacance* louchent à leur fin en songeant au plaisir de vous revoir. C'est pour vous empêcher de répondre hypocritement que la rue dos Marais servira de compensation au regret de Saint-Jean-de-Lux. »
;»7 septembre 1911.)
Ce perpétuel effort V épuise. Astreinte à une inaction momentanée, elle dévore tonte une bibliothèque, relit *e* cl tunique*. Un moment, elle Méprend de la misanthropie de Jean Jacques :
s Je commence néanmoins de me sentir reposée. et je pense que cela va durer. Je relis lentement, par petites portions, afin d'éviter la fatigue, les Confessions. Que j'aime Rousseau ! Jo crois qu’il m’est plus cherencoro par «es défauts — voire scs vices — que par ses mérites. Son hypocondrie, son amertume, sa façon âpre de fustiger ses faux amis et ses contemporains m’enchantont. Quoi camarade divin ce devait ctre, pour
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qui comprenail son cœur ardent et sa sensibilité. Je commence à comprendre M* Strauss (ma première institutrice} qui était amoureuse de lui.
« Je me sens hors d'éut de travailler; je vais bientôt oublier A écrire, si cela continue. •
(« septembre tsij.)
En août 1914. le jeune cou*in mobilise part pour le front. U ne bat. Il c*t blessé.
Jeanne Marais le félicite et le plaint. Pu i* elle lui communique se* impression*, au sujet du dénouement éventuel de la guerre.
Elle se montre, ainsi quelle l'avait été dans Amitié Allemande, excellente psychologue :
* ... J'ai toujours eu l intuition d’une paix brusquée, d'une paix arrivant sans préparation dans un moment où personne ne l'aurait prévue. Jo ne sais ai mon idée se réalisera. J’avais ou, avant la guerre des prévisions sur les Boches, qui se sont étrangement réalisées par la suite :
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des personnes onl remarqué la singulière exactitude do mes déductions. Si le reste pouvait s'uccomplir également!...
« Car enfin, les gens qui prédisent la paix pour une date fixe... de l’année prochaine, m'amusent. Connaissent-ils le jeu de l’adversaire? Après a'étre illusionnés sur sa faiblesse, ils peuvent se tromper sur sa force.
« Il me semble qu'on oublie un peu trop'que l’issue de la guerre dépendra aussi des Austro- Allemands. Sait-on où ils en sont? Les brutes qui se servent de nos pauvres populutions du Nord comme d'un moyen de chantage, me semblent plus touchés par ce blocus presque oublié de nous aujourd'hui, que lea années allemandes de 1914, que l'on nous représentait comme affamées par ce même blocus — après ait semaines de guerre. Je ne croit pai que l’Allemagne voudra tenir s jusqu'au bout • comme on le prétend. Nous avons le tort d'assimiler la mentalité allemande à la notre et de lui prêter notre propre esprit de race. Je suppose, au contraire, qu’aprds une forte défaite orientale, l'Allemagne voudra finir en beaute et faire hltivement la paix avant
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d’avoir évacué le territoire quelle occupe sur aon front occidental. Vous trouverez peut-être que je voiz l’avenir en rose. Mais je me base sur le caractère allemand qui se résigno mieux que noua aux parties perdues, qui mot plus do persévérance aussi à préparer sa revancho... Et je crois que le joueur méthodique voudra quitter le jeu avant d’avoir perdu tout ce qu'il a dans sa poche. »
(JO juillet 19tS
Cependant, un coup terrible menace Jeanne Murai*... lei santé de sa mère décline. Le tourment quelle en ressent l'abat, lui enlève le courage et ta foi en l'avenir. Une noire tristesse l'envahit. Ces crises se multiplieront plus tard. Le premier assaut du mal qui l'em/>orlera la brise.
« Ce que cos questions littéraires m'inspirent d'indifférence à mon point de vue personnel!
Margarita* ante porcos : voilà la devise de l’écrivain convaincu et — vaincu. Si vous saviez quelle
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désespérance se trouve au bout de U routo parcourue. Quand on a bûché comme un forcené, appris patiemment son métier, possédé enfin cette admirable langue française, on constate que rien ne sert, si on a la fierté d'arriver seulement par ion travail sans intrigue malpropre. Et lorsque enlin, à force d'années alignées les unes auprès des autres, comme les grains d'un triste chapelet, on connaît néanmoins une certaine notoriété: quelle déception sur la récompense escomptée! Ceux qui vous appréciont n’onl quo du fiel A répandre sur voua; ceux qui vous aiment sont incapables do vous comprendre. Jean Lorrain me répétait un jour un mot qu'il avait ontendu dire h Daudet : ■ La gloire est un bon cigare quo l'artiste fume du câté de la cendre : il no lui realo qu'un goût âcre dans la bouche. » A ce monionllà, mes seize ans naïfs restaient sceptiques devant co désenchantement de l'homme arrivé qui regrettait sa jeunesse Aujourd'hui je comprends quo ce n'étail pas du « chiqué ». Alil dire quo j'ai perdu quinze ans de jeunesse avant de m'apercevoir que. seule, la jeunesse compte dans une vie de femme. Oui, vous avez compris, en
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effet, que ce n'est pas uniquement la guerre qui me plonge dans l'état où je suis. J'ai toujours eu la manie de prévoir l'avenir : j'avais songé à me préparer une auréole qui compenserait ma jeunesse perdue. Fit bien I ce n'est pas vrai, c’e?t un faux calcul. La femme ne peut pas remplacer ça. Four une femme, la seulo existence enviable, c’est d’étre jeune, belle, et do vivre! Fit j’ai vingt-huit ans; j'ai usé mes belles années à travailler, comme peu de femmes travaillent, je vous l'assure. Moi j'ai un peu la nature de votre père : je ne sais que m'atteler à ma lâche, à mor. devoir, du matin au soir; sans cire capable d'envisager un autre moyen de réussite qu'un labeur acharné : et ça vous fatigue rudement, ces vicos-là.
« Vingt-huit a.is : c'est seulement maintenant que je comprends certaines choses. Flst-on bête quand on est de tempérament rêveur! Vous pouvez compter combien i! me reste d'années de jeunesse à passer. Or, je ne suis pas de celles qui ne savent pas vieillir, et, d’autre part, je ne veux pas vieillir. Ne vous étonnez pas de mon amertume; je compte les morceaux de la « l’eau
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do Chagrin » ; chaquo jour en emporte un peu nanti résultat.
« Je crois que les êtres trop ardents et trop exigeants sont appelés à gâcher leur vie. La vie, c'est un vin qu'on ne boit pas dans n'importe quel verre. »
(Il septembre !tl6 )
Mais on ne se détache pas de la littéral arc quand on en a fait son but cl son souci coutumier. L'accès de neurasthénie passé, la romancière revient à ses chères études, et, à l'occasion de deux volumes nouveaux qui lui ont été envoyés, elle donne du roman, lel quelle le conçoit, une assez originale définition :
• Ca qui a diminue inon intérêt pour ces deux livres, c'est l'invraisemblance et le romanesque, sans caractères. Je ne déteste pas qu’un roman soit romanesque, sans aller jusqu'à la définition péremptoire de George Sand. Mais ce que j'aime, c'est que l'auteur — en s’abandonnant entière-
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ment à son imagination pour inventer des péripéties ingénieuses — n'en observe par moins un souci scrupuleux de vérité en co qui concerne l'esprit des personnages. La vie renferme une telle part de hasard et d'étonnantes coïncidences que le récit d'événements extraordinaires ne semble jamais ennuyeux ni absolument invraisoniklublo. Les existences ordinaires, où il ne so passe rien, sont les exceptions de ce monde.
Prene* la vie du plus simple bourgeois : elle dissimule son drame, son mystère, parfois même son crime. Je vous assure que je n'exagère point.
« Toutes les variétés do caractères humuins peuvent se résumer en quelques types. L'originalité même d'une nature é part, agi* et s’exprime suivant les lois d'une immuable logique.
« Voilé pourquoi l'invraisemblance des caractères me déplaît dans un livre parce qu'aussitAt, les héros me paraissent « faux • et cessent de m'intéresser.
« Sujet romanesque, personnages réalistes :
voilé ma définition personnelle du roman, fort discutable comme toutes les définitions.
(16 Dovcmbro 1916.)
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Ta désastre reilouté approche... Jeanne Marais sait que sa mère est condamnée.
Elle dit sa douleur dans une lettre poignante qui n'est qu'un cri d'angoisse :
* Mon ami, voua êtes le seul qui sachiez co qu'était mon union intime d'esprit avec U ■ dame » que vouaaimiez aussi, en tiersentre nous. Les bonnes causeries de la rue des Marais... Vous devez comprendre ma douleur mieux que les autres: j'aurai un certain soulagement à en parler avec vous, quand vous viendrez. J'ai fermé ma porte à tous les gens que je connais, sauf vos parents. M..., comme d'habitude, s'est montrée obligeante et compatissante.
■ Vous m'aimer bien, André, ainsi que voua aimez aussi maman. Moi qui ne pleure jamais, je ne peux pas retenir mes larmes en pensant h ce que vous éprouverez en revoyant maman ; c'est un tout petit enfant, le mien. Je la lève, je la fais manger, je la veille la nuit. K ... heureusement. me témoigne un dévouement que je n'attendais pas de lui : je le croyais un peu égoïste et il me montre un grand coeur, une générosité
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rare. J'avais fait appel au médecin, et c’est un ami qui m’a répondu. J’ai va ses yeux se mouil* 1er devant mon chagrin. Mail il ne mo comprend pas comme vous, car il blâme mon désespoir, tandis que vous, n'est-ce pas, vous sentez qu'il n'y a rien à me dire?... On va vous envoyer mon livre. Quelle dérision ! Apres trois ans d'altente où des bouquins de moi qui devaient paraître, attendent encore pour diverses causes do force majeure, ce petit roman *, dont maman se réjouissait, me serre le cteur, publié à un tel moment ! Chaque page me rappelle un souvenir commun du travail exécuté par moi sous ses yeux... ma pauvre petite mère. M.... A qui j’ai téléphoné mon malheur, a eu la bonté d’envoyer un employé et une voilure do livres cher, moi pour le service de presse. Et celte pauvre chérie, qui ne peut plus parler, tend ses mains vers le volume quelle attendait avec fièvre. Il était annoncé pour le 8 août. Mon malheur m'a empêchée de m'en occuper à cette date. Eh bion. dana son lit depuis ce jour-là, tout le tomps,