‹ Le Mariage de L'AdolescentChapitre 2 sur 5 · I. Pour le bon motif · texte numérisé non relu

I. Pour le bon motif

PRÉFACE

elle faisait signe à M...,à moi, à K... Nous ne comprenions pas. Le docteur a fini par saisir : c’était le livre qu'elle réclamait dont elle voulait des nouvelles. Alors, voyez-vous, pour moi, c’est atroce.

« Ma vie va être mamtenant une longue souffrance. Tout ce que je souhaite, c’est de garder assez de forces pour la soigner car je suis un pou faiblo et je ne veux pas qu’une main étrangère la touche. D’ailleurs, elle ne se laisse approcher que par moi et le D* K... On ne peut même pas ino laisser souffrir en paix. Tout me tomho sur la tête et m'accable. La responsabilité du budget, la direction d’une maison, les soucis d'argent qui ne cessent paa pour cela ; la bonne qui vole, et qu'on supporte pour no pas avoir les tracas d'une autre domestique. Jo n'ai d'espoir qu’en mon éditeur. Je ne peux plus travailler facilement, mais je profito du petit matin pour travailler pendant qu’elle dort, car c’est à cotte heure-là qu elle s'assoupit. Kt j’espère que M... élèvera peut-être mes mensualités si le livre se vend et que je lui en donne un autre. Parce que — vous me comprenez bien —je ne veux

PRÉFACE

pas « qu'on me prèle de Tardent » ; je veux en gagner. San* cela, on m'offre bien, mai» accepter, c'est s’enfoncer davantage. »

(17 août 1017.)

Les jours, les semaines s’écoulent, sans allégement. La garde-malaile trouve une sorte de stimulant dans iimmensité de sa peine. Elle se raidit contre ta catastrophe inévitable . Un stoïque effort de volante la soutient. Elle n'a jhi*. comme d'autres , le secours de la prière. Elle ne tire que d'ellemême la force de lutter. Mais cette fermeté ne la dessèche point. Son besoin d'aimer domine les pires souffrances. Toutes ces chapes délicates et profondes, une admirable lettre les exprime :

« Je sais trop combien vous participiez A mes angoisses pour no pas vous rassurer dès que je le puis en vous disant : j'ai plus de forces que ces jours derniers. Il y a en moi un fond d'énergie qui m'aide A reprendre le dessus. Co

PRÉFACE

qui mo sauve, c'est justement ce qui m’est pénible : cette affreuse responsabilité, celte perspective «le jours noirs, ces difficultés sans issue, — et, au bout, la douleur suprême. Devant cel entassement de malheurs il se lève un instinct de lutte qui me pousse à résister, à faire en sorte qu’elle soit heureuse pour le temps qui lui resto à vivre. La vio est bien dure, mon cher ami, mais je crois quo c’est son inclémence mémo qui nous apprend à savoir vivre. Depuis quelques jours, j’ai compris le sens du mot s devoir » et j’ai éprouvé des sentiinonls bien sincères chez une créature sans préjugés, sans religion et sans principes. Je ferai ce que je dois faire, parce que je sens qu'il faut que je le fasse, que ce ne serait pas bien de déserter, d'uno manièro ou d'une autre. Je sens que j’ai uno morale ; et celte morale, c'est l'instinct, l'instinct bestial ot naturel qui mo I inspire ; et non l'hypocrisie d’une doctrine apprise.

«Je crois que je pourrai être pour vous une amie utile dans l'avenir. Le peu d’années qui nous séparent ne mettent pas entre nous l'écart d'une génération; et,pourtant, je suis assez votre aînée

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pour avoir toujours une petite avance d'expérience sur vous dont je vous ferai profiler, en camarade, sans pédantisme. Je passerai, par mon Age, avant » ou*, sur la même route, et ça me permettra do vous donner le bon tuyau sur le tournant dangereut. Je vous souhaite bien d'être heureux. Il y a entre rtous, maintenant, un lien : vous êtes le soûl à avoir vraiment connu le seul être que j'aie aimé sans déception et dont j'aie été aimée sans ingratitude. Cet être va m'êtro enlevé soit dans son cerveau, soit entièrement. Vous rosie/ pour moi comme le cher et unique témoin : nous ne parlerons jamais plus d'ello, quand elle ne sera plus là; cela me forait trop de mal ; m.iis je sentirai que nous y penserons ensemble, à certains moments qui nous rappelleront des souvenirs communs. Vous devenez, en quoique sorte, mon frère. Croyez-moi, quand jo tûchorai do vous servir, effectivement ou moralement. Je vous confie aujourd'hui une impression parce que je la ressens très profondément et que je crois qu elle renferme une vérité naturelle et sociale : il y a une sorte de bonheur à vivre durement. Il ne faut pas être égoïste et n’aller

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