ACTE I. SCÈNE. X
M. DE BREM.
Parlons-en sur-le-champ.
Eh quoi! ma demande te blesse^
Et mon aspect t^importune!
ÉDOUARD, vivement.
Comment?
Non pas5 mon père ; non^ vraiment.
iD^un air embarrassé.')
Mais le motif de cette affaire...
M. DE BREM.
Ne saurait être honorable, mon fils.
Dès qu’il vous fait redouter les avis
Et les regards de votre père.
ÉDOUARD. Quoi! vous pourriez supposer...? Je ne savais pas moi-même où j’al-r lais.
M. DE BREM., sévèrement. Tu vas cher- cher Suzette pour retrouver ce rendezvous que tu lui avais donné, et auquel elle ne viendra pas.
ÉDOUARD. O ciel!... qui a pu vous dire...?
M. DE BREM. Suzette, elle-même, que je viens d’interroger, et qui, en fondant en larmes, m’a tput avoué...
ÉDOUARD, à part y et comme anéanti.
Grands dieux!
M. DE BREM., s^fipprochànt d^Èdoumrd; et avec douceur. Edouard!... c’est la protégée de ta mère... c’est presque ta sœur...
c’est une jeune fille sans expérience, dont tu aurais du être le protecteur et l’appui... C’est elle que tu voulais séduire!
kdou'abd. Mon père!
M. DE BBEM. Oui... tels étaîcut tes desseins.
KoouABD. Eh bien^ oui, mon père... Mon seul espoir était de vous cacher mon amour, qui devait exciter votre colère... Mais, puisque vous savez tout, et que je n^ai plus rien à ménager^ je vous dirai que j'adore Suzette... que je ne puis vivre sans elle...
que mon seul bonheur, mon seul désir est d’en faire ma femme.
M. DE BBRM. L’épouser !... Ecoute, Edouard... je ne te rappellerai pas ce que disent en pareil cas les oncles et les pères...
mais tu me connais; tu sais que rien ne me fait dévier de mon devoir, et, malgré ma tendresse pour toi, je te déclare que, plutôt que de consentir à un pareil mariage, j’aimerais mieux te voir mort.
ÉDOUARD. Eh bien!... vous serez satisfait; car, si vous me refusez Suzette, si je ne puis l’obtenir, je me tuerai.
M. DE BRBM. Ail! VOUS voulez VOUS tuer!
c'est là que je vous attendais... Eh bien, asseyez-vous là, monsieur, et écoutez-raoi.
. (Us s'asseyent.}
. ÉDOUARD, à part» Que veut-il me dire?
M. DE BBKM. Autrefois, monsieur, à dixhuit ans, j’étais un fou, un extravagant comme vous... J’aimais une jeune ouvrière, qui m’adorait, et qui était aimable et jolie ... comme Suzette... Mais j’avais un père sage et raisonnable... comme je le suis aujourd’hui... Je voulais aussi épouser