ACTE II, SCÈNE II
* 'est-il fait? vous vous en êtes donc douté? vous l’avez donc deviné? car jamais ce pauvre Bertrand n’aurait pris sur lui-même... Imaginez-vous que, tous les soirs, il venait à la ferme, et il me disait : Je n'ose pas; elle ne voudra pas de moi, elle me repoussera. En priant ainsi , de grosses larmes roulaient dans ses yeux... et si vous saviez ce que c’est que de voir pleurer un militaire !... ça fait mal.
pinchon.
Et ce matin , quand il croyait partir, ces papiers qu’il m’avait confiés pour vous , et que je devais vous remettre, en cas de malheur...
tout ce qu’il avait, tout ce qu’il tenait de la générosité de monsieur le comte... c’est à vous, mademoiselle, qu’il le donnait.
SUZETTE
Que me dites-vous?
PINCHON
Les voilà... ça appartient maintenant... non pas à lui... non pas à vous, mais à tous les deux, ce qui vaut bien mieux... sans compter ce que fera encore monsieur le comte... car je suis bien sùr...
SUZETTE
Monsieur Pinchon !
m. de iirkmont.
Il suffît, cela ine regarde... maintenant, mes amis, laissez-nons.
C’est que nous voulions parler à monsieur votre fils , pour nos arrérages... et nous l'attendions ici.
M. DE BIIEMONT.
Il n’habitc plus ce pavillon... j’en ai disposé... mais si vous voulez le voir au château, ne perdez pas de temps... dépêchez-vous, car dans deux heures il sera sur la route de Paris.
MADAME PINCHON
Eh! vite! dépêchons-nous... Adieu , monsieur le comte... au revoir, cousine. Je n'ai pas encore osé vous embrasser, quoique j’en aie bien envie.
. srzETTK.
Ah, madame! ah, rnn cousine!
MADAME PINCHON
Quoique élevée mieux que nous, je sais que vous êtes bonne, que vous n’êies pas fière, et vous nous permettrez de vous aimer comme nous aimons Bertrand, n'est-il pas vrai?... Eh bien! monsieur Pinchon , tu me laisses là, et vlà que j* m’attendris... Viens-t’en donc vite... Adieu, monsieur le comte; adieu, madame Bertrand.
( Elle sort avec Pinchon. )