‹ Le mariage de raison comédievaudeville en deux actes par mm. Scribe et VarnerChapitre 32 sur 42 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SUZETTE; BERTRAND, on babil militaire.

BERTRAND , te tenant près de la porte.

Ça vous dérange-t-il, mademoiselle Suwltc?

SUZETTE

Moi, monsieur Bertrand ! non, sans doute.

BERTRAND

C’est que je voudrais vous parler un instant... (A part, et s'avançant.) Elle est encore plus jolie comme ça... et dire qu’elle est ma femme!...

quelle est à moi!... C'est égal, il me semble que je n’oserai jamais l’appeler madame Bertrand.

SUZETTE

Eh bien , que me voulez-vous ?

BERTRAND

Ce que je veux toujours... vous voir!... car vous ne vous doutez pas, mademoiselle Suzette... et vous ne croiritz pas que depuis deux ans...

SUZETTE

Si, monsieur Bertrand... je le sàis..l je l’ai appris par vos amis... par monsieur et madame Pinchon... par monsieur le comte... C’est par eux que je connais toutes les vertus qui vous rendent dignes d’estime et d’affection.

BERTRAND

Ils ont parlé pour moi!... c’est donc çaj et je comprends maintenant... car je me doutais bien que ce n'était pas pour moi-même.

(Regardant *a jambe.) Je nie connais, mademoiselle Suscite... quoique, du reste, je sois aussi bon soldat qu’un autre... v’Ià toujours c qui m'empêchait d'avancer et de me mettre en li-

gne... aussi, quand je vous vois, et que je me regarde... je médis qu’il faut que vous soyez bien bonne... je me dis que je suis trop heureux... et c’est ce bonheur-là , mademoiselle Suzette , dont je viens , d'abord, vous demander pardon. suzette.

Comment ?

BERTRAND

Oui , sans doute... quand monsieur le comte m’a appris celte nouvelle-là... ça m’a fait l'effet d’un boulet de canon, et j'ai accepté, sans savoir ce que je faisais ; pareeque, voyez- vous, mademoiselle Suxette , un boulet de canon , ça vous étourdit, on n’y voit que du feu... Cest égal, ou avance toujours... Mais, quand j’ai été revenu du coup et de ma première surprise, je me suis dit: Faut au moins consulter mademoiselle Suzette, et lui donner le temps de se reconnaître. Je voulais donc vous proposer de différer de quelques jours , de quelques semaines... non pas qu’ ça n’ me coûte diablement ; mais quand depuis deux ans on attend... on commence à s’y habituer.

SUZETTE

Eh bien , qui vous a empêché d’effectuer ce projet , dont mon cœur vous eût été bien reconnaissant?

BERTRAND

Ce qui m'en a empêché?... une lettre anonyme, par laquelle on méfait à savoir les expressions suivantes... * Si tu épouses Suzette aujourd'hui... si tu ne diffères pas ce mariage, « tremble pour tes jours. » Trembler!... je ne connais pas ça... et cette épilre-Ià, cest la cause que je me suis marié sur-le-champ.

SUZETTE

Et si l’on exécutait une pareille menace?

BERTRAND

Qu’est-ce que ça me fait ?... Vous valez bien la peine que l’on risque quelque chose... mais soyez tranquille... je les connais... ils ne bougeront pas.

O ciel!... est-ce que vous vous doutez de la personne qui a pu vous écrire cette lettre? (Elle

s'approche de la fenêtre qu'elle avait ouverte , et la referme doucement.)

BERTRAND

Parbleu 1 ... c’est quelques uns de ces beaux messieurs de Paris... de ces élégants qui habitent le château ; car vingt fois je l’ai vu de mes propres yeux... Ils vous aiment tous... oui, tous... excepté monsieur le comte et son fils... ceux-là , c’est différent ; ce sont de braves gens à qui je vous confierais sans crainte, pareeque c est l’honneur et la probité mémo... et après vous, mademoiselle Suzette, mon sang est à eux.

SUZETTE

O ciel!

Page 1