‹ Le mariage de raison comédievaudeville en deux actes par mm. Scribe et VarnerChapitre 40 sur 42 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

pinchon \

Eh bien ! ce n’est guère ; et je croyais qu’à cause de Bertrand il ferait mieux les choses... parceque , certainement , après ce qu'il lui doit, après ce dont j’ai été le témoin...

MADAME PINCHON

Quoi ! qu’est-ce que c’est ?... qu’est-cc que tu as vu ?

pinchox.

FUcn, rien, madame Pinchon... c’est quelque chose qui nous regarde, nous autres hommes... quelque chose que je sais.

MADAME PINCHON

Et comment alors se fait-il que je ne le .sache pas?... tu as donc des secrets pour moi? j’ n’ai donc plus ta confiance?

pinchon.

Mais si, madame Pinchon... mais ce n’est pas mon secret... c'est celui de Bertrand.

MADAME PINCHON , montrant Surette.

Eh bien, alors, voilà sa femme qui a droit <le le conuaitrc, parceque, certainement, tu ne voudrais pas troubler leur ménage... 11 faut donc qu’elle sache tout, et moi aussi...

PINCHON

Mais, nia femme...

MADAME l'IKCliON.

C'est dans l’ordre... c’est convenable.

pinchon.

Mais je te dis...

madame pinchon.

Et puis , je le veux.

PINCHON

Alors, si c'est comme ça, je vais te le dire, mais Bertrand se fâchera.

MADAME PINCHON

Ça nous regarde... va toujours, et achève ton récit..

PINCHON

C’est donc, il y a deux ans, quand j'ai été à Strasbourg, pour la succession de ton oncle... monsieur Édouard y était en garnison, et Bertrand était parti quelques jours après, pour le rejoindre , parceque monsieur le comte lui avait dit : • Ne quitte pas mon • fils... veille sur lui, je te le confie... * Je vois donc, un matin, 'Bertrand entrer dans mon auberge, pâle et défait... • J’arrive, me dit-il ; «je viens, dans un café, d’en apprendre de ■ belles : demain monsieur le comte n’aura > plus de fils. « ( Pendant le recil de Pinchon , Édouard se montre hors du paravent, et écoute avec la pins grande attention.)

SrxBTTE.

O ciel!

PINCHON

Oui , mademoiselle , monsieur Édouard devait sc battre le lendemain avec un monsieur de la ville... un monsieur qui avait déjà eu quinze duels... qui n’avait jamais manqué son

* Surette . Pinchon , madame Pincbnn.

homme, et qui était toujours sûr de son coup... et tout cela pour une petite danseuse à qui , depuis deux ans, monsieur Edouard faisait la cour. ( Édouard , en ce moment , *c retire encore derrière le paravent. )

MADAME PINCIION.

Depuis deux ans... quelle indignité !... c’était de mon temps.

PINCIION.

Quoi !... qu'est-ce que c’est ?

MADAME PINCHON

Ça ne te regarde pas... va toujours, et achève ton révit.

pinchon.

a Pinchon, mo dit Bertrand, ce duel a lieu « demain matin : il faut l’empécher aujour- « d’hui ; et sans qn’on le sache , parceque ça

• ferait du tort à notre jeune maître... Par ■ bonheur , ni lui ni personne ne connaît

• encore mon arrivée à Strasbourg... J’aurai

• besoiu de toi... AtteuiU-moi là... je reviens « dans une heure... •

MADAME PINCUON.

Eh bien?

PINCHON

Eh bien ! savez-vous ce qu’il fait pendant ce temps-là ?... il se rend au café où se tenait ce grand monsieur, le regarde de travers , lui marche sur le pied... en reçoit un soufflet, et revient tout triomphant... a Maintenant, me a dit-il , partons ; c’est mon affaire... ça mo re- « garde... c’est toi qui seras mon témoin. «

MADAME PINCIION.

Toi!... Pinchon !...

PtNCHON.

Moi-méme... et je tremble encore d’y penser. Dieux ! ma femme , que c’est terrible , un duel !

Aia : Ce* postillon*.

A trente pas l’un sur l’autre on s’avance;

Et Bertrand marchait tout joyeux,

En fredonnant un p’tit air de rniuanco.

Quand retentit soudain un coup... puis deux...

Je ne vis rien, car je fermais les yeux.

Tel fut mon tronble, en ce moment funeste.

Qu’en entendant nn des témoins, je eroi,

Qui s’écriait : Il est mort... je l’ai teste,

J* ai cru que c’était moi.

Mais c’était l’autre... le grand... Je vois aussi Bertrand étendu sur le gazon , qui m’appelait en souriant... «Pinchon, qu’il me dit, n’en

• parie à personne. * Personne ne l’a su... On a cru que c’était un accident... et voilà, mademoiselle, ce qui fait que mon pauvre Bertrand a une jambe de bois.

EDOUARD, qui , pendant «es derniers mots , s’ast avance hors du paravent.

Grands dieux !

SOTRTTE, avec un cri d’effroi.

Ah !

( Edouard rentre et sc cache )

MADAME PINCHON

Quui!.,. qu’est-ce que c’est? d’où vient ce bruit ?

SUZETTE

Bien, rien... c’est moi... je n'ai pu retenir un cri de surprise et d’admiration... O le meilleur des hommes !... Tu avais raison... je l’aime maintenant ; je l’aitne d’amour. '

MADAME PlNCHOX.

Eh bien! turentends, tu pourras le lui dire, à lui-même.

(Pinclion et ta femme vont au-drvant de Bertrand. Pendant ce tempt Edouard ouvre le paravent, qui est prè*

de la crottée ; H ett pale , hors de lui , et dit à voit batte

à Surette : )

Sujette, aimcz-le... adieu pour toujours.

I II t'clauec par U croisée.)

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