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Le mariage de Vade comedie en trois actes et en vers precedee d'un prologue

L’anecdote qui fait le sujet de cette comédie peu compliquée, est entièrement historique. Sans doute, il eût été aisé de dramatiser cette aventure et de toucher la passion à l’aide de ressorts plus savants. Les auteurs de cette bluette n’ont pas cru devoir le faire. La comédie anecdotique est évidemment d’ordre inférieur; son but n’est ni d’instruire ni de moraliser, elle ne doit tendre qu’à distraire l’esprit. Ce but a-t-il été atteint? Il ne nous appartient pas de l’affirmer. Ce que nous avons tenté, c’est d’esquisser un coin de ce tableau multiple, aux couleurs tranchées, qui pourrait devenir

PRÉFACE

le sujet d'une grande comédie historique intitulée : La Queue de la Régence.

Guillaume Vadé, au milieu de la pléiade d’écrivains, de philosophes, de comédiennes et de l>eaux esprits qui remplissent le dix-huitième siècle, présente une physionomie d'une incontestable originalité. Relisez ses œuvres pourtant, vous n’y trouverez rien de primordial; il ne possède pas cette magnifique bonne humeur pleine de science et de hautes visées qui fait de Rabelais le prototype d’un siècle. La poésie pittoresque et émue de François Villon lui fait défaut. Malgré une verve qu’on ne peut pas nier, quelques traits d'esprit, malheureusement clair semés dans les quatre volumes qui composent ses œuvres; au premier abord, on a peine à s’expliquer le souci que la renommée a paru prendre de sa gloire. Que d’écrivains plus habiles, plus artistes, plus récents, sont tombés dans l’oubli! Vadé, et c’est là ce qui l’a sauvé, n'a d’autre valeur que la valeur du contraste. À côté des Bouquets à Chions , des églogues et des idylles au benjoin, des affadissants poèmes érotiques qui pullulaient à son époque, le poème de la Pipe cassée , qui procède par des défauts opposés,

PRÉFACE

VU

acquiert un prix qu’il ne mérite pas par lui-même. Il est à la fois antithèse et protestation. L’esprit français, gaulois, si l’on veut, écœuré par les madrigaux, se retrempe à des sources qui n’ont pas, il est vrai, la limpidité du cristal, mais qui sont du moins naturelles.

Ainsi peut s’expliquer la gloire persistante du poète

des Halles.

Quoique nous ayor.s dit plus haut que le fond de cette comédie soit historique, nous avouerons franchement avoir prêté au personnage de Vanloo une allure qui ne fut pas tout à fait sienne. Si Vanloo ne fut pas un puritain, dans une société où le puritanisme ne se retrouve que dans les in-folios des philosophes, il ne fut pas non plus un ivrogne. Dans cette comédie, c’est le voisinage de Vadé qui lui a fait tort. Cette justice rendue, nous croyons que c’est là une question de mince importance. Que le grand peintre ait plus ou moins humé lepiot , la purée septembrale-, qu’importe,

après tout ! L’austère Boileau se grisait parfois en compagnie du bachique Chapelle et de l’élégant Racine, pourquoi ne pas supposer Vanloo buvant chopine avec

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