ACTE II
NICOLLE, se tarant.
Monsieur, dans les salons, va faire bouche en cœur.
VADÉ, fat.
Eh! que diantre! on se doit au monde.
NICOLLE, furieuse.
L’imposteur !
Tu ne pouvais donc pas dire non, imbécile!
Ah ! tu ne m’aimes plus. — C’est donc bien difficile De mentir. — Autrefois, lu t’en acquittais bien.
Je ne t’aurais pas cru ; — mais cela ne fait rien :
Un mensonge m’eût fait plaisir ; — car un mensonge Qu’on espère, ça fait plaisir. —
(Elle lui tend la main.)
Vadé, j’y songe,
Viens- y ce soir.— Mon Dieu, j’avais tort... — oui, — mais Nous y rencontrerons tes amis, des vauriens !
A la foire l’on rit, l’on danse, l’on clabaude;
Tu n’es qu’un pataud, moi, je suis une pataude,
Nous nous amuserons,— dis ?
VADÉ
Mais...
NICOLLE, l’interrompant.
Viens, mon petit Vadé !
Ça m’est égal !
VADÉ
Ce soir, te vais au bal.
NICOLLE
Toujours chez elle ! — Eh bien, vas-y ! — Je suis bien bête
Pour un gueux comme toi de me casser la tête !
(Le pinçant.)
Vas-y; — mais vas-y donc, elle t’attend, rustaud !
El puisses-tu n’en pas revenir de si tôt ! —
Tu dois avoir bon air lorsque tu la courtises;
Monsieur le va nu-pieds qui rêve de marquises ! .
Et ne fais pas le fier! car rien qu’en me baissant,
J’en aurai des marquis avec les quatre au cent.
VADÉ
Eh ! baisse-toi, morbleu ! baisse-toi, donc ! — Ramasse ! Trouve un petit marquis bien doré, qui le fasse Des rentes, qui te donne tin hôtel... des chevaux...
NICOLLE
Toi, t’auras la potence, et c’est ce que lu vaux! —
VADÉ, souriant.
Ange, va !
NICOLLE
Le bourreau te fait une cravate.
VADÉ, s'inclinant.
Marquise de mon cœur, je vous baise la patte.
NICOLLE, s’inclinant.
Je m’incline à vos pieds, m^qgi%de rien du tout.
(Lui montrant le poing.)
Et je ferai graisser la corde jusqu’au bout !