‹ Le mariage de Vade comedie en trois actes et en vers precedee d'un prologueChapitre 23 sur 64 · ACTE il · texte numérisé non relu

ACTE il

Tu nous as Tait hier une belle harangue !

(Se croisant les bras.)

Ah çâ, dans quel poison as-tu trempé ta langue?...

NICOLLE

Aussi pourquoi viens-tu, monsieur le libertin, Promener devant moi ta robe de satin?

VADÉ

Depuis quand ne peut-on, douce rose des halles,

Se promener chez vous autrement qu’en bas sales?

NICOLLE

C'est depuis que l’on peut, perle des intrigants,

Y venir tout exprès pour se moquer des gens.

Reine de mes désirs, me feriez-vous la grâce D’être jalouse?

NICOLLE

Moi ! de ta chienne de face Peut-être? viens-y voir.

VADÉ

Tu vas recommencer ?

NICOLLE

Tiens, parlons franchement: veux-tu nous confesser? Vadé, — cela m’ennuie à la fin. — Eh, morguenne I J’ai pas de honte, moi! Ça m’a fait de la peine Quand je l’ai vu venir, ta madame à ton bras.

— T’avais l'air si galant. — Elle est jolie, hélas !

Elle a de beaux cheveux poudrés, des lèvres roses,

De grands yeux.de grands yeux qui disent tant de choses Qu’on se laisse charmer tout comme à l’Opéra,

Par la fausse douceur de ces deux grands yeux-là ! Aussi, dame, c’est vrai ! la colère m’a prise,

Et j’ai déshabillé madame ta marquise.

Haut la main!. ..en deux temps, et sans désemparer;

— Mais je riais très-fort, de crainte de pleurer.

VADÉ

Tu n’es qu’une folle!

NICOLLE

Oh 1 je n’étais pas si folle.

Tu l’aimes? — L’aimes-tu, bien vrai?

VADÉ, à part.

Pauvre Nicolle !

NICOLLE, s’asseyant.

Ah! lu l’aimes! — Jadis, aux foires Saint-Laurent, Nous allions tous les deux, — j’y vais seule, à présent ! Hier, tu n’es pas venu... pourquoi?

VADÉ

C’est que...

NICOLLE

Elle t’avait gardé ?...

VADÉ, embarrassé.

Sans doute

Voyons, Nicolle, écoute...

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