SCÈNE PREMIÈRE
VADÉ, en costume de marquis de Molière, enrubanné de haut en bas; il se mire dans la glace.
Vadé ! — je te présente un marquis de Molière, Qu’on tenait à la cour en faveur singulière.
Qui pour tarie à la crème a fait un grand fracas; Oronte, — dont Philinte autrefois faisait cas.
Il cherche le chemin du cœur de Célimène,
Et voudrait galamment lui dépeindre sa peine.
. Prends donc soin de ne pas troubler ses impromptus Par tes gestes poissards et tes mots incongrus. ,
Tu ne l’oublîras pas !
(Revenant sur le devant de lu scène.)
Morguennc t La marquise Va se trouver ce soir étrangement surprise.
Elle n’aura donne ce grand bal costumé • Que pour changer le rustre en muguet parfumé.
— Sans compter le profit de la métamorphose :
Sous le déguisement on est plus libre, — on ose!...
Le pays assiégé devient pays conquis. —
— Je me sens conquérant —
(Se minuit dans la glace.)
Eh! de fait, — les marquis Du Théâtre-Français enrageraient ! — Horace,
Soupirant pour Agnès, n’a pas autant de grâce.
Acaste, en me voyant, se trouverait penaud,
Et don Juan, le maître, a le verbe moins haut !
(Dédaigneusement).
J’éclipse d'un seul coup et Damis etClitandre,
Ces chevaliers erranls du bleu pays du Tendre. Flandrins de qualité, vicomtes et barons.
Qui crachent dans les puits pour y faire des ronds !
(Exécutant chacun des gestes dont il parle.)
Alt! ah ! ah! c’est charmant! C'est ainsi que l'on lance line œillade assassine, — ainsi que l’on s’avance,
Que l’on baise la main, — qu’on jette le chapeau,
Et qu’après une prise, on froisse son jabot ! •