‹ Le mariage de Vade comedie en trois actes et en vers precedee d'un prologueChapitre 44 sur 64 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

VADÉ, en costume de marquis de Molière, enrubanné de haut en bas; il se mire dans la glace.

Vadé ! — je te présente un marquis de Molière, Qu’on tenait à la cour en faveur singulière.

Qui pour tarie à la crème a fait un grand fracas; Oronte, — dont Philinte autrefois faisait cas.

Il cherche le chemin du cœur de Célimène,

Et voudrait galamment lui dépeindre sa peine.

. Prends donc soin de ne pas troubler ses impromptus Par tes gestes poissards et tes mots incongrus. ,

Tu ne l’oublîras pas !

(Revenant sur le devant de lu scène.)

Morguennc t La marquise Va se trouver ce soir étrangement surprise.

Elle n’aura donne ce grand bal costumé • Que pour changer le rustre en muguet parfumé.

— Sans compter le profit de la métamorphose :

Sous le déguisement on est plus libre, — on ose!...

Le pays assiégé devient pays conquis. —

— Je me sens conquérant —

(Se minuit dans la glace.)

Eh! de fait, — les marquis Du Théâtre-Français enrageraient ! — Horace,

Soupirant pour Agnès, n’a pas autant de grâce.

Acaste, en me voyant, se trouverait penaud,

Et don Juan, le maître, a le verbe moins haut !

(Dédaigneusement).

J’éclipse d'un seul coup et Damis etClitandre,

Ces chevaliers erranls du bleu pays du Tendre. Flandrins de qualité, vicomtes et barons.

Qui crachent dans les puits pour y faire des ronds !

(Exécutant chacun des gestes dont il parle.)

Alt! ah ! ah! c’est charmant! C'est ainsi que l'on lance line œillade assassine, — ainsi que l’on s’avance,

Que l’on baise la main, — qu’on jette le chapeau,

Et qu’après une prise, on froisse son jabot ! •

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