LE MARIAGE 1)E VADÉ MADAME DE BEAUPRÉ
Oh ! l’honneur enjambe le ruisseau !
Vous avez, ce matin, l’apostrophe brutale.
Je ne vous savais pas si fort sur la morale.
Mon cher Vanloo.
VANLOO
Pardon, mais c’est à l'amitié Qu’il faut s’en prendre, au moins pour la grande moitié.
MADAME DE BEAUPRÉ
Vous êtes bien heureux que je sois aussi bonne!
(Elle lui donne sa main à baiser).
Voyons, là, franchement, fais-je tort à personne? Répondez. — Je suis veuve et richp, donc je peux Sortir quand il me plaît, pour aller où je veux.
— Et puis l’on voit ici les gens du meilleur monde : Vanloo, — dont on connaît la sagesse profonde, — Caylus... Rameau. . Moncrif...
VANLOO. vivement.
Dans ces lieux mal famés Que nous nous égarions, nous tous, cœurs affamés, Esprits chercheurs, cerveaux trop larges,— folles têtes, — ■ Philosophes, sculpteurs, musiciens, poètes,
Nous y venons chacun chercher l’oubli. — Gallet Y dort près de Collé qui ronfle sur Lancret.
Que de Caylus y soupe, et que Moncrif s’y grise. Parbleu! c’est naturel! — La débauche est de mise; Nous allons tous les soirs traîner dans vos salons Nos culottes jonquille et nos rouges talons;
Mais vous ne voyez pas au cœur la plaie ouverte.
— Ici, — nous oublions la souffrance soufferte. —
Nous avons de l’esprit, nous vous semblons joyeux? Quand on a de l’esprit, c’est que le cœur est vieux !