SOPHIE, YICTORINE, FULGENCE, ANTOINE
Ils entrent en scène familièrement par le fond à gauche et par groupes tout en causant.
SOPHIE
Nous avons beaucoup parlé mariage, toilette, bal : nous avons passablement babillé, et cependant nous n’avons encore rien décidé.
MADAME VANDERKE
C’est vrai, mais nous ne pouvions pas .décider sans votre père.
VAN DE R KE, s’asseyant à droite.
Eh bien, voyons donc, Antoine, qu’est-ce qui retarde encore le mariage de ces enfants?
ANTOINE
Mais rien, monsieur. Tout est prêt. On attend que vous fixiez le jour.
Ah! on va fixer le jour?
ALEXIS
On dirait que cela te contrarie? Tu ne sais donc pas que je tiens à faire pleuvoir desfusées sur toute la ville, à brûler mes manchettes, comme dit mon père? Tu ne veux pas mettre lo feu au bouquet?
Oh ! non ! cela me fait trop peur.
VANDERKE
Yqyons! nous sommes aujourd’hui le 27.
Déjà? Je me croyais encore au 25.
VANDERKE
Nous sommes le 27. Mettons le mariage au 30.
ANTOINE
Le 30, soit!
Le 30! un vendredi! Oh! c’est un mauvais jour, qui porte malheur!
MADAME VANDERKE
Et puis c’est un jour maigre!
Et le samedi aussi !
VANDERKE
Eh bien, remettons au dimanche, ce sera le 2 du mois prochain, dans cinq jours.
Dans cinq jours! déjà!
11 faut pourtant se décider!
FULGENCE, qui a observé Victorine.
Permettez, monsieur Antoine! (a Vanderke.) Pardonnezmoi, monsieur... mais mademoiselle Victorine semble contraire à nos empressements, et je ne voudrais pas qu’on lui imposât...
VANDERKE
C’est bien à vous, Fulgence : c’est du dévouement, de la soumission. C’est une preuve d’amour qu’on saura apprécier.
Il ne faut pas, en effet, tourmenter la modestie. Il faut la respecter, l’attendrir, la convaincre.
ANTOINE
Mais, monsieur...
VANDERKE, se levant.
Tu ne dois pas t’en mêler non plus. Mais, comme, à cause du prochain départ de mon fils, il faut arrêter nos plans aujourd’hui, laissons ces fiancés ensemble et allons faire un tour de jardin. Nous revenons tout à l’heure, mes enfants, et vous nous direz le jour que vous aurez choisi d’un commun accord.
SOPHIE
C’est bon, cela, mon père; vous donnez toujours le conseil \ et l’exemple de la condescendance pour notre sexe.
VANDERKE, offrant le bras à sa femme.
Respecter ce qu’on aime! je m’en suis toujours si bien trouvé!
Ils sorteut par le jardin. Vanderke fait passer Antoine devant lui j il sort
avec sa femme; Sophie les suit, et, au moment de disparaître, elle fait
signe à Alexis de venir avec ses parents; Alexis, dont le regard était
attaché sur Victorine, lui fait un signe d’adieu et sort.
,LE MARIAGE DK VICTORINE Ï5