VICTORINE, FULGENCE
FULGENCE
Tenez, écoutez, mademoiselle; vous avez une grande répugnance à prendre un parti... Et moi-même...
VICTORINE, avec élan.
Ah! et vous aussi, n’est-ce pas?
FULGENCE
Moi, je vous cachais mes pensées, j’espérais les étouffer, me vaincre; mais je souffre trop, et me contenir plus longtemps, ce serait dissimuler avec vous. Je ne le veux pas, je ne le dois pas. Je vous aime, Victorine, certainement, je vous aime : ne prenez donc pas en mauvaise part ce que je vais vous dire.
Dites donc vite 1
' FULGENCE
Je voudrais... Je ne voudrais pas, non certes, je ne voudrais par renoncer à vous... et cependant...
VICTORINE, attentive.
Cependant?...
Cependant... je voudrais changer quelque chose aux rêves de votre avenir. Si j’étais un homme sans principes, j’aurais pu vous tromper, feindre de me soumettre à tout, et, le lendemain du mariage, vous dire : « Voilà ma volonté. » Mais ce serait de la mauvaise foi, vous me haïriez, je le mériterais. Je veux donc vous le dire d’avance, et, si cela vous parait inacceptable... eh bien, je me soumettrai, je souffrirai... je renoncerai au bonheur dont je m’étais flatté.
Quelle serait donc votre volonté si nous étions mariés?
FULGENCE, avec effort.
Ce serait de quitter celle maison, celte famille Vanderko...
ce pays, et d’aller vivre avec vous à l’étranger, ou à l’autre bout de la France.
VI CTO RI NE, vivement.
Oh! cela, jamais... jamais!
FULGENCE
Voilà ce que je craignais, ce dont j’étais certain, ce qui m’accable; mais j’aime mieux savoir à quoi m’en tenir.
Oh ! et moi aussi !