‹ Le mariage de Victorine comedie en trois actesChapitre 29 sur 48 · VANDERKE, FULGENCE · texte numérisé non relu

VANDERKE, FULGENCE

VANDERKE, h Fulgence qui rêve.

Eh bien, nous voilà seuls, Fulgence, et je crois qu’il est bon pour vous d’ouvrir votre cœur et de demander conseil à un homme qui a le double de votre âge, et qui peut être meilleur juge que vous de certaines choses de la vie.

FULGENCE

Ah! monsieur Vanderke, votre douceur me touche... je

LE MARIAGE DE VlCTORINE

crois à votre sagesse... mais n’exigez pas... non! je ne veux rien vous dire.

J’essayerai donc de deviner. Peut-être que voire condition ici vous semble trop médiocre, et que vous craignez de ne pouvoir pas bien élever une famille avec les honoraires...

FULGENCE

Non, monsieur, non! Voilà ce qui me mortifie : c’est que vous me supposiez des vues intéressées, quand c’est le contraire, quand je suis honteux... et, faut-il le dire, mécontent... blessé, de la dot que vous avez faite à Victorine aujourd’hui.

VANDERKE, l’étudiant avec attention.

Mécontent 1 blessé I pourquoi cela? Ne savez-vous pas qu’Antoine est mon serviteur, mon compagnon et mon ami depuis trente ans? que nous avons souffert et combattu ensemble ? qu’il m’a donné mille preuves de sa fidélité, de sa vertu? enfin, que tout dernièrement, dans un duel qu’a eu mon fils, il voulait attaquer son adversaire et se faire tuer pour forcer celui-ci à prendre la fuite? Vous trouvez surprenant, inquiétant pour votre honneur (il appuie sur ces mots) que je dote modestement la fille d’un tel homme?

FULGENCE, à part.

Pour mon honneur!... Il semble lire dans mes pensées!

VANDERKE

Eh bien, vous ne répondez pas? Qu’y a-t-il là d’extraordinaire?

FULGENCE, ébranlé.

Rien, monsieur, oh! certainement rien. J’ai trop d’orgueil... mais que vous dirai-je (avec amertume)? les bienfaits m’humilient ! *

VANDERKE

Tant pis pour vous! je n’aime pas qu’on se méfie sans sujet des bonnes intentions.

Sans sujet!...

tu THÉÂTRE COMPLET DE GEORGE S A N D VANDERKE.

Dites donc celui de votre méfiance, allons!...

FÜLGENCE.

Je... je n’ai pas de méfiance contre vous, monsieur! ce serait de l’ingratitude, je le sens .. Mais, que voulez-vous! je ne puis me changer... Je voudrais que ma femme ne dût qu’à moi l’aisance, les plaisirs de sa jeunesse, et la sécurité de ses vieux jours. Je voudrais être son unique soutien, son seul ami! je suis né jaloux!... oui, je'lc suis de ce que j’aime, et je le suis des choses qui vous paraissent peut-être les plus insignifiantes... Je ne sais pas si j’oserai jamais tutoyer Victorine, tant je la respecte, et ici tout le monde la tutoie. Enfin elle est si choyée, si aimée dans votre maison, que ses affections ne pourraient s’y concentrer sur moi, et que j’aurais la rage secrète de ne pouvoir être seul consacré à son bonheur.

VANDERKE

Je vous ai compris, monsieur, parfaitement compris.

FÜLGENCE.

Et vous me blâmez?

VANDERKE

Nullement. La tendresse exclusive, absolue, est le droit le plus sacré de l’amour et du mariage. Je ne chercherai donc pas à vous détourner de vos résolutions; mais il faut que la jeune Victorine vous aime assez pour les accepter sans regret. Je vous conseille donc de retarder votre union avec elle jusqu’à ce que vous lui inspiriez assez de confiance pour qu’elle vous suive avec joie et dévouement.

FÜLGENCE.

Ah! monsieur!... vous me sauvez! Je vous remercie, je vous bénis, je suivrai vos conseils.

Vanderke lui tend la main; Fulgencc la serre avec émotion en s’inclinant un peu, mais sans se livrer bien complètement.

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