SCÈNE X
VANDERKE, ANTOINE, puis ALEXIS.
ANTOINE, entrant le premier par le jardin.
Voilà votre fils... Est-ce que je dois...?
VANDERKE, debout, appuyé contre la console.
Tu dois entendre ce que j!ai à lui dire. (Antoine se tient au fond, appuyé contro la cheminée, observant avec une sorte de stupeur Vanderke et Alexis. — A Alexis qui entre.) Mon ami, l'affaire dont je vous ai parlé tantôt aurait des conséquences graves, et je crois que vous pourriez m’aider à les conjurer.
ALEXIS
Commandez, mon père! me voilà prêt.
w THÉÂTRE COMPLET DE GEORGE SAND
VANDERKE
Partez donc pour Paris à l’instant même.
ALEXIS, tressaillant.
A l’instant même?
VANDERKE, arec douceur et gravité.
Vous hésitez? c’est un déplaisir pour vous?
Hésiter à vous obéir? Jamais! mais je n’étais pas préparé à vous quitteraujourd’hui, si brusquement! ... Je vais faire mes préparatifs.
VANDERKE, avec intention.
Ne prenez qu'une valise; on vous enverra ce dont vous aurez besoin pour tout le temps de votre séjour à Paris.
ALEXIS
Pour tout le temps? Exigez-vous que j’y reste longtemps, mon père?
VANDERKE
Mes affaires et vos plaisirs prendront bien deux mois. N’y comptiez-vous pas rester deux mois?
, ALEXIS
J’ai réfléchi que ce serait bien long, loin de ma mère et loin de vous!
VANDERKE
Avez-vous quelque raison particulière pour modifier ainsi VOS projets? (Avec intention, et allant à lui.) Si cela était, VOUS m’en feriez part, à moi le premier?... à moi qui suis, qui veux être toujours votre meilleur ami?
ALEXIS
Oh! certainement, mon père; ce serait à vous seul!...
VANDERKE
Pensez-y. Je vais préparer vos lettres de créance, et, si vous avez quelque chose à me dire, vous viendrez me trouver tout à l’heure.
Il sort lentement par le fond à gauche, et se retourne avant de disparaître pour regarder Alexis et Antoino.