ANTOINE, ALEXIS
ANTOINE, voulant suivre Vandcrko.
Moi, je vas faire votre valise.
s ALEXIS, l’arrêtant.
Antoine, qu’a donc Viclprino?
ANTOINE
Pourquoi ça, monsieur?
ALEXIS
Parce que je viens de la voir passer dans le jardin avec ma sœur; elle avait les yeux gros de larmes, et elle n’a voulu me rien dire.
ANTOINE
Bah; Victorine est comme toutes les jeunes filles. Ne la voyez- vous pas pleurer pour la moindre chose ? pour une petite impatience que j’aurai eue avec elle# pour un baiser que votre sœur oubliera de lui donner, pour un oiseau envolé, pour un ruban perdu; que sais-je, moi? elle est si enfant!
ALEXIS
Oui, elle a pleuré l’autre jour pour un ruban que je lui avais apporté et que tu lui as pris, à ce qu’elle assure.
ANTOINE, contrarie.
Pardieu ! oui, tenez! Un ruban à frange, comme si elle devait porter des franges! Elle est si coquette!
Il fait un pas pour sortir; Alexis 'se placo devantlui et le relient.
ALEXIS
Mais non, Antoine, Victorine n’est pas du tout coquette.
ANTOINE, avec intention, et redescendant la scène.
Elle l’est devenue, depuis qu’elle a un amoureux.
ALEXIS, venant à Antoine.
Elle l’aime donc bien?
ANTOINE
Mais... il est bien permis à une fille sage d’aimer son amoureux !
ALEXIS
Si tu te trompais... si...
ANTOINE
Ça ne regarde que moi, ça, monsieur Alexis !
ALEXIS
C’est vrai... mais l’intérêt que je te porte...
Bien, bien, monsieur; je vous en remercie.
ALEXIS
Tu n’as pas à m’en remercier; c’est mon devoir. Tu nous es si dévoué! Ta famille et la mienne, c’est une seule, une même famille! Le malheur de Yictorine ferait le tien, le nôtre à tou§, par conséquent!
ANTOINE
Mais Yictorine ne sera pas malheureuse, monsieur; c’est moi qui vous en réponds.
ALEXIS
Sans doute, si elle aime Fulgence... Tu le connais bien, lui?...
ANTOINE
Yous savez aussi bien que moi que c’est un parfait honnête homme.
ALEXIS
J’étais absent lorsqu’il est entré ici... Est-ce que... est-ce qu’il y a longtemps que Victorine a de l'affection pour lui?
ANTOINE
Monsieur Alexis!... les sentiments d’une jeune fille... c’est si délicat, que, moi qui suis son père, je n’oserais pas lui faire les questions que vous me faites. C’est mon devoir de les deviner... et de les encourager quand je les trouve bien placés. Yictorine est plus sûre d’elle-même qu’èlle ne parait, et je sais bien, moi, qu’elle ne veut pas d’autre mari que celui à qui j’ai donné ma parole.
ALEXIS
A la bonne heure 1 Pardonne-moi, Antoine, si j’ai été indiscret. Au moment de te quitter, moi qui n’assisterai pas au mariage de Yictorine... moi qui ne serai plus là pour prendre ma part des joies ou des tristesses de la famille... il m'était peut-être permis de te témoigner ma sollicitude...
ANTOINE
J’en suis reconnaissant, monsieur, très- reconnaissant. Je vous aime bien, vous, vous le savez’... Je suis fâché que vous partiez si vite, mais... il faut que ce soit bien nécessaire puisque votre père le dit, et... vous serez bientôt distrait de nous, Dieu merci !
ALEXIS
Pas tant que tu crois, peut-être!
• ANTOINE
Bah! bah! vous allez voir tant de belles choses, et des personnes de haute volée! Vous irez aux spectacles, aux promenades; vous aurez vos gens, vos chevaux!... Ah! vous serez remarqué, hllez! Et il n’y a pas déjà tant de jeunes gens d’aussi bonne mine que vous, là-bas!
ALEXIS, tristement.
Bon Antoine! Allons! je vais prendre les ordres de mon père, puisqu’il faut partir.
Alexis sort par le fond à gauche.