VANDERKE, ANTOINE
VANDERKE, préoccupé, tenant la lettre sans la regarder.
Eh bien, Antoine, tous tes préparatifs de noces sont terminés ?
ANTOINE
Oui, monsieur. A neuf heures précises, demain matin, nous irons à l’église. Ah I je voudrais déjà en être revenu!
VANDERKE
Tu es bien pressé!
LE MARIAGE DE VICTOBINE
ANTOINE
C’est que Fulgence est. plus agité que vous ne pensez ; il est, ce soir, d’une humeur massacrante.
Mais, puisque Victorine va partir avec lui, que veut-il de plus? Il est aussi trop exigeant, ce Fulgence !
ANTOINE
Exigeant ou non, il n’y a plus à reculer.
VANDERKE
Cependant, si ce mariage était pour Victorine le pire des malheurs...?
ANTOINE
Non, monsieur, j’ai confiance en elle, en moi, en Dieu surtout; et puis j’ai pour moi l’expérience. Quand j’ai épousé sa mère, elle ne m’aimait pas beaucoup, mes manières brusques lui faisant peur; mais je l’aimais tant, moi, que j’ai su la rendre bien heureuse, et elle est morte en me bénissant, vous le savez.
VANDERKE
Oui, elle a été le modèlo des femmes et des mères. Mais tu n’étais pas jaloux, toi ?
ANTOINE
Si fait, monsieur.
VANDERKE
Mais tu ne le faisais pas voir P
ANTOINE
Si fait bien, quelquefois! Allons, allons, je vous dis que Victorine aimera son mari, comme sa mère m’a aimé, avec mes qualités et mes défauts... Mais lisez donc votre lettre, monsieur! elle est pressée, à ce qu’il parait?
VANDERKE, regardant la lettre.
Oui, c’est sur l’adresse... ce n’est pas une raison.
ANTOINE
Ce sera bientôt lu. Les affaires avant tout.!
3» théâtre complet de george sand
VANDERKE, s’approchant des bougies, et après avoir lu la lettre.
L’écriture de mon fils?... Oui! Elle est contrefaite sur l’adresse, (il retourne la lettre.) Mais c’est encore son écriture... Antoine! une nouvelle assez grave. Vois!
ANTOINE, lisant, près de la console do droite.
« Harris et Morrisson ont failli; j’espère vous l’annoncer à temps pour que vous vous mettiez en mesure..,» Eh bien, vous n’êtes pas plus ému que cela, monsieur?
VANDERKE
Je m’y attendais.
ANTOINE
Mais c’est six cent... bah! sept, huit cent mille livres qu’il vous faudra trouver dans vingt-quatre heures, peut-être!...
VANDERKE, avec calme.
On les trouvera : tout est prévu. #
ANTOINE
Ah! monsieur! et vous ne m’en disiez rien!
A quoi bon? Tu étais bien assez tourmenté de les affaires domestiques.
ANTOINE
Mes affaires ne sont rien quand il s’agit des vôtres.
VANDERKE
Mais qui donc a apporté cette lettre?
ANTOINE
Je n’ai vu personne. J’ai trouvé cela sur mon bureau, il n’y a pas dix minutes.
VANDERKE
Il v a*sûrement un courrier arrivé ici ?
ANTOINE
Je vais le chercher et vous l’amener.
VANDERKE
Dans mon cabinet, entends-tu? Il ne faut pas que ma famille se doute de rien.
LE MARIAGE DE V1CT0R1NE
ANTOINE
Soyez tranquille.
Vanüeike sort par le fond h gauche.