CHAPITRE II
Les principes et les tendances du mariage canonique.
I. Le sacrement de mariage. — L'indissolabilité du lien conjugal : le sacremen et le droit naturel. — La compétence des juridictions ecclésiastiques quant aux causes matrimoniales. — La distinction des empêchements dirimants et prohibitifs. — II. Le contrat et le sacrement. — III. L'importance juridique de la copula camalis, — IV. La faveur du mariage. — V. Les prohibitions de mariage fondées sur la parenté ou sur Talliance. — VI. L'égalité du mari et de la femme.
On ne saurait dire que la législation canonique présente sur le mariage un système parfaitement harmonique et conséquent dans toutes ses parties. Gomme tous les systèmes juridiques qui se sont formés lentement, et qui n'ont jamais été révisés dans une codification véritable, elle offre des contradictions logiques et des inconséquences, que Thistoire seule peut expliquer. Mais il n'en est pas moins vrai qu'elle repose sur des principes propres, qui font son originalité; elle obéit à certaines tendances, qui sont son âme même. Je voudrais dégager ces principes, en disant comment ils sont arrivés à se faire proclamer; indiquer ces tendances, en notant les périodes où elles ont exercé leur plus grande influence.
U est un premier principe qui domine tout le droit canonique en matière de mariage. Le mariage est un sacrement.
Je ne songe point ici à étudier dans son histoire, au point de vue de la théologie, le dogme du sacrement de mariage ; cela dépasserait ma compétence et sortirait de mon plan. Mais je dois montrer les conséquences juridiques qu'a produites cette conception. Il en est deux que les canonistes y rattachent expressément : l'indissolubilité du mariage, la compétence exclusive des juridictions ecclésiastiques, quant aux causes qui mettent enjeu le vinculum matrimonii ,
Le sacrement de mariage entraîne Tindissolubilité de l'union conjugale parce qu'il représente l'union du Christ avec l'humanité et avec l'Église : cette union, la chose figurée, étant indissoluble, la première, qui en est l'image, doit présenter le même caractère. Voilà comment les canonistes de l'époque classique ont toujours justifié l'indissolubilité; et non seulement cette conception servait à la justifier, mais encore, comme nous le verrons plus loin, elle en donnait la mesure. Il faut ajouter cependant que cette explication ne paraît pas avoir été donnée de tout temps; et, d'autre part, sans Tabandonner jamais, l'Église en a donné en même temps une autre, qui tend à prévaloir de plus en plus à mesure qu'on s'avance dans les temps modernes.
Dès les premiers temps du christianisme l'Église parait avoir professé l'indissolubilité absolue du mariage. Sans doute il se produira pendant longtemps une doctrine opposée, ayant pour elle d'éminentes autorités. Sans doute aussi, pendant des siècles, la pratique ecclésiastique ne correspondra pas exactement aux principes posés et laissera la porte assez largement ouverte au divorce *. Mais il n'y avait là, je le crois, que des opinions divergentes de la pensée commune, des accommodements nécessaires avec la loi civile. L'indissolubilité absolue était l'idéal et la règle. Seulement pour justifier cette règle, ce ne fut pas d'abord la notion du sacrement qu'on invoqua; ce furent les déclarations du Christ sur ce sujet qui furent seules d'abord prises en considération. On se bornait à