‹ Le mariage extravagant; comédie vaudeville en un acteChapitre 2 sur 28 · SCÈNE IL LE DOCTEUR, BETZY · texte numérisé non relu

SCÈNE IL LE DOCTEUR, BETZY

BETZY, accourant embrasser son père.

Bonjour, mon père... Simplet m'a dit que vous m'attendiez dans ce salon pour me dire une chose qui me fera bien plaisir, et j'accours.

LE DOCTEUR

Que je te regarde d'abord, ma chère Betzy !.',. Je te trouve ce matin un air fripon, une petite mine éveillée... Tu m'as bien l'air d'une jeune fille qui va se marier.

BETZY

Se marier! se pourrait-il? Eh bien! mon père, vous le croirez si vous voulez... je l'ai rêvé trois fois de suite.

Air : Mes yeux disaient tout le contraire.

La première nuit j'ai rêvé Que ma main était demandée, • Et la seconde il s'est trouvé Que ma main était accordée ; L'hymen se fit , et l'on dansa Cette nuit, qui fait la troisième...

Ah ! je voudrais être déjà Au songe de la quatrième...

LE DOCTEUR

Je ne m'étonne plus que tu aies le réveil si gai depuis quelques jours; mais tu ne me demandes pas le nom du prétendu.

BETZY

Le nom ? Ah ! c'est vrai. Est-ce un joli homme ?

LE DOCTEUR

Tu le connais.

BETZY

Moi?

Toi-même. Vous vous êtes beaucoup aimés.

BETZY

Nous nous sommes aimés? Je ne m'en souviens pas...

LE DOCTEUR

Il est vrai que tu n'avais que cinq ans et lui neuf quand votre liaison s'est rompue.

BETZY

LE MARIAGE EXTRAVAGANT. J7 r -. ka

point que

eneve

LE DOCTEUR

Précisément.

BETZY

Mon petit mari?... Edouard?

LE DOCTEUR

Peste ! quelle mémoire !

BETZY

Je l'aimais tant !

Air : Toujours à ma pensée.

Je crois encor l'entendre ; Malgré les douze ans écoulés ,

Je vois son grand œil tendre Et ses jolis cheveux bouclés.

Quel malheur, disait sa famille, Qu'avec son air doux et mignon ,

Sa tournure gentille,

Edouard ne soit pas fille!

Mais moi , tout bas , je disais : Non , J'aime bien mieux qu'il soit garçon.

LE DOCTEUR

Oui; mais depuis douze ans que nous ne

Co

l'avons vu, il doit être changé au nous ne le reconnaîtrons plus.

BETZY

Est-ce qu'il vient ?

LE DOCTEUR

Oui, à ce que m'annonce la lettre de son père... C'est lui , c'est ce cher Blinval qui a arrangé cette affaire-là.

BETZY

Qu'il est aimable! Oh! il y a long-temps qu'il pensait à cela.

LE DOCTEUR

En vérité?... Qui te l'a dit ?

Personne; mais quand on laisse les jeunes gens s'appeler mari et femme de si bonne heure, et après leur séparation s'écrire familièrement, vous pensez bien qu'il faut qu'il y ait quelque chose.

LE DOCTEUR

Ah! c'est juste, c'est juste... Autrement, cela tirerait trop à conséquence...

(Il rit.) BETZY.

Vous vous moquez de moi?... Mais c'est égal, je suis bien sûre...

LE DOCTEUR

Dis plutôt, ma chère Betzy, que Blinval et moi, amis dès l'enfance, camarades de collège, et de plus compatriotes , ayant reconnu,*, bout de qvielques années de mariage, que enfants, à peine sortis du bercea.» , av : hérité de l'amitié de leurs parents, nous p jetâmes de les marier un jour ensemble.

BETZY

Et ce jour est-il arrivé ?

LE DOCTEUR

Oui ; quoique depuis douze ans les chxonstances nous aient séparés , ce cher Blinval n'a pas oublié nos conventions... il me rappelle dans sa lettre que son fils a vingt ans , que ma fille en a seize... Et enfin...

BETZY, vivement.

Je devine le reste. Eh bien, mon père, il faut lui répondre dès aujourd'hui, que j'ai toujours été soumise à vos volontés, que je me croirai trop heureuse de recevoir un mari de la part du meilleur des pères, et que je l'attends.

LE DOCTEUR

Eh bien ! voilà ce qui s'appelle s'exprimer sans détour.

BETZY

Air : Je regardais Madelinettr.

Ah! dans notre petit ménage, D'amour nous perdrons la raison; Et vous allez avoir, je gage, Deux fous de plus dans la maison. ( bis. ) Dans notre attachement extrême , C'est à l'instinct que nous cédions ; Aujourd'hui nous disant je t'aime , Nous saurons ce que nous ferons.

Se

ENSEMBLE

LE DOCTEUR

Bientôt , dans leur petit ménage , D'amour ils perdront la raison ; Et je vais avoir, je le gage, Deux fous de plus dans la maison.

Ah ! dans notre petit ménage , D'amour nous perdrons la raison ; Et vous allez avoir, je gage , Deux fous de plus dans la maison.

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