SCÈNE IL LE DOCTEUR, BETZY
BETZY, accourant embrasser son père.
Bonjour, mon père... Simplet m'a dit que vous m'attendiez dans ce salon pour me dire une chose qui me fera bien plaisir, et j'accours.
LE DOCTEUR
Que je te regarde d'abord, ma chère Betzy !.',. Je te trouve ce matin un air fripon, une petite mine éveillée... Tu m'as bien l'air d'une jeune fille qui va se marier.
BETZY
Se marier! se pourrait-il? Eh bien! mon père, vous le croirez si vous voulez... je l'ai rêvé trois fois de suite.
Air : Mes yeux disaient tout le contraire.
La première nuit j'ai rêvé Que ma main était demandée, • Et la seconde il s'est trouvé Que ma main était accordée ; L'hymen se fit , et l'on dansa Cette nuit, qui fait la troisième...
Ah ! je voudrais être déjà Au songe de la quatrième...
LE DOCTEUR
Je ne m'étonne plus que tu aies le réveil si gai depuis quelques jours; mais tu ne me demandes pas le nom du prétendu.
BETZY
Le nom ? Ah ! c'est vrai. Est-ce un joli homme ?
LE DOCTEUR
Tu le connais.
BETZY
Moi?
Toi-même. Vous vous êtes beaucoup aimés.
BETZY
Nous nous sommes aimés? Je ne m'en souviens pas...
LE DOCTEUR
Il est vrai que tu n'avais que cinq ans et lui neuf quand votre liaison s'est rompue.
BETZY
LE MARIAGE EXTRAVAGANT. J7 r -. ka
point que
eneve
LE DOCTEUR
Précisément.
BETZY
Mon petit mari?... Edouard?
LE DOCTEUR
Peste ! quelle mémoire !
BETZY
Je l'aimais tant !
Air : Toujours à ma pensée.
Je crois encor l'entendre ; Malgré les douze ans écoulés ,
Je vois son grand œil tendre Et ses jolis cheveux bouclés.
Quel malheur, disait sa famille, Qu'avec son air doux et mignon ,
Sa tournure gentille,
Edouard ne soit pas fille!
Mais moi , tout bas , je disais : Non , J'aime bien mieux qu'il soit garçon.
LE DOCTEUR
Oui; mais depuis douze ans que nous ne
Co
l'avons vu, il doit être changé au nous ne le reconnaîtrons plus.
BETZY
Est-ce qu'il vient ?
LE DOCTEUR
Oui, à ce que m'annonce la lettre de son père... C'est lui , c'est ce cher Blinval qui a arrangé cette affaire-là.
BETZY
Qu'il est aimable! Oh! il y a long-temps qu'il pensait à cela.
LE DOCTEUR
En vérité?... Qui te l'a dit ?
Personne; mais quand on laisse les jeunes gens s'appeler mari et femme de si bonne heure, et après leur séparation s'écrire familièrement, vous pensez bien qu'il faut qu'il y ait quelque chose.
LE DOCTEUR
Ah! c'est juste, c'est juste... Autrement, cela tirerait trop à conséquence...
(Il rit.) BETZY.
Vous vous moquez de moi?... Mais c'est égal, je suis bien sûre...
LE DOCTEUR
Dis plutôt, ma chère Betzy, que Blinval et moi, amis dès l'enfance, camarades de collège, et de plus compatriotes , ayant reconnu,*, bout de qvielques années de mariage, que enfants, à peine sortis du bercea.» , av : hérité de l'amitié de leurs parents, nous p jetâmes de les marier un jour ensemble.
BETZY
Et ce jour est-il arrivé ?
LE DOCTEUR
Oui ; quoique depuis douze ans les chxonstances nous aient séparés , ce cher Blinval n'a pas oublié nos conventions... il me rappelle dans sa lettre que son fils a vingt ans , que ma fille en a seize... Et enfin...
BETZY, vivement.
Je devine le reste. Eh bien, mon père, il faut lui répondre dès aujourd'hui, que j'ai toujours été soumise à vos volontés, que je me croirai trop heureuse de recevoir un mari de la part du meilleur des pères, et que je l'attends.
LE DOCTEUR
Eh bien ! voilà ce qui s'appelle s'exprimer sans détour.
BETZY
Air : Je regardais Madelinettr.
Ah! dans notre petit ménage, D'amour nous perdrons la raison; Et vous allez avoir, je gage, Deux fous de plus dans la maison. ( bis. ) Dans notre attachement extrême , C'est à l'instinct que nous cédions ; Aujourd'hui nous disant je t'aime , Nous saurons ce que nous ferons.
Se
ENSEMBLE
LE DOCTEUR
Bientôt , dans leur petit ménage , D'amour ils perdront la raison ; Et je vais avoir, je le gage, Deux fous de plus dans la maison.
Ah ! dans notre petit ménage , D'amour nous perdrons la raison ; Et vous allez avoir, je gage , Deux fous de plus dans la maison.