SCÈNE III
Les Précédents, SIMPLET.
LE DOCTEUR
Ah! ah! c'est toi, Simplet?
SIMPLET
Non, monsieur, ce n'est pas moi, c'est une lettre.
LE DOCTEUR
De qui?
SIMPLET
Je ne l'ai pas décachetée.
LE DOCTEUR
L'imbécile ! (Il ouvre et parcourt la lettre. ) Ah !
ah! encore un insensé. Bientôt mon local n'y
pourra plus suffire.
(Il lit haut.)
«Monsieur le docteur, permettez-moi de
« recommander à voc soins un de mes parents,
« nommé Saint-Romain, dont l'état est déses-
« péré, si vous ne venez à son secours. Né avec
« un cœur tendre et ardent, il fut épris d'une
« personne céleste qui le paya du plus tendre
« retour.Ivre d'amour et de joie, il se disposait
« à la conduire à l'autel, quand l'accident le
« plus funeste la lui enleva. »
BETZY
Ce malheureux jeune homme !
SIMPLET
Ma foi , je plains autant sa femme.
LE DOCTEUR, continuant.
« Cette perte a aliéné sa raison, au point « qu'il croit voir celle qu'il adorait,dans toutes « les femmes que le hasard offre à ses yeux. » simplet.
Tiens , c'est drôle ; prenez garde à vous , mam'selle.
LE DOCTEUR
Silence ! (Continuant. ) « Il suivra de près ma « lettre , et se présentera seul chez vous. » (A Simplet. ) Tu le recevras.
SIMPLET
C est ça... Toujours les bonnes aubaines.
LE DOCTEUR
« Il est furieux (Simplet tremble de tout son corps. ) « quand on paraît vouloir s'attacher à ses pas. « Sa mélancolie cherche la solitude , et pour «( parvenir à diriger sa marche de votre côté , « je lui ai persuadé que sa prétendue habitait
« votre maison, dont il s'est soudain hâté de « prendre la route, escorté, mais de loin , par « un homme de confiance qui ne cessera de le « suivre que lorsqu'il l'aura vu entrer chez « vous. Rendez donc cet infortuné à la raison, « je ne croirai pas trop payer ce bienfait d'une « partie de ma fortune, Belcourt.»
Belcourt ! ah diable ! ce négociant dont on vante l'opulence et la probité ! Bonne maison ! et il me promet une partie de sa fortune si je parviens... J'y parviendrai. ..j'y parviendrai, ou morbleu !... Betzy, cours vite faire préparer la chambre du deuxième qui donne sur le jardin.
BETZY
Ah ! mon père , c'est la plus belle de la maison !
LE DOCTEUR
Fais ce que je te dis... Cestune attention qui ne sera pas perdue.
BETZY
Et mon prétendu qui va arriver?
LE DOCTEUR
Je lui en trouverai une autre à ton prétendu ; et d'ailleurs, quand il serait logé un peu plus à l'étroit, ne le voilà-t-il pas bien à plaindre ! Va, va, mon enfant, obéis, et tout le monde sera content.
BETZY, avec humeur.
Quelle injustice !
Air : Traitant l'amour sans pitié.
Quoi ! pour le premier venu , Et pour l'or qu'on vous apporte , Convient-il que de la sorte On déloge un prétendu?
Puisque votre futur gendre , Quand chez vous il va descendre, Ne peut pas même prétendre A garder sa place ici, Je ne serais pas surprise Qu'un jour il la trouvât prise, Quand il sera mon mari.