‹ Le mariage forcéChapitre 12 sur 15 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

DORIMENE, LYCASTE,

LYCASTE

QVoy, belle Dorimene, c'est sans raillerie que vous parlez ?

DORIMENE.

Sans raillerie.

LYCASTE

Vous vous mariez tout de bon ?

DORIMENE.

Tout de bon.

LYCASTE

Et vos Nopces se feront dés ce soif?

DORIMENE.

Dés ce soir.

6o LE MARIAGE FORCE',

LYCASTE

Et vous pouuez, Cruelle que vous estes^ oublier de la sorte Tamour que Tay pour vous; et les obligeantes paroles que vous m'auiez données ?

DORIMENE.

Moy, point du tout. le vous considère toujours de mesme ; et ce Mariage ne doit point vous inquiéter. C'est vn Homme que ie n'épouse point par amour; et sa seule richesse me fait résoudre à l'accepter. le n'ay point de bien. Vous n'en auez point aussi; et vous sçauez que sans cela on passe mal le temps au Monde ; et qu'à quelque prix que ce soit, il faut tâcher d'en auoir. l'ai embrassé cette occasion-cy de me mettra à mon aise; et ie l'ay fait sur l'espérance de me voir bien-tost déliurée du Barbon, que ie prens. C'est vn Homme

COMEDIE. 6i

qui mourra auant qu'il soit peu ; et qui n'a tout au plus que six mois dans le ventre. le vous le garantis défunt dans le temps que ie dis ; et ie n'auray pas longuement à demander pour moy au Ciel, T heureux état de Venue. Ahl nous parlions de vous, et nous en disions tout le bietl qu'on en sçauroit dire.

' LYCASTE'

Est-ce là Monsieur. . . .

DORIMENE.

Oûy , c'est Monsieur, qui me prend

pour Femme.

LYCASTE

Agréez, Monsieur, que ie vous

félicite de vostre Mariage, et vous présente en mesme temps mes treshumbles seruices. le vous assure que vous épousez là vne tres-honneste Personne. Et vous, Mademoiselle, ie me réjouis auec vous aussi

de rheureiix choix que vous auez fait. Vous ne pouuiez pas mieux trouuer; et Monsieur a toute la mine d'estre vn fort bon Mary. Oûy, Monsieur, ie veux faire amitié aucc vous; et lier ensemble vn petit confimerce de visites et de diuertissetnens.

DORIMENE.

C'est trop d'honneur que vous nous faites à tous deux. Mais allons, le temps me presse ; et nous aurons tout le loisir de nous entretenir ensemble.

SGANARELLE

Me voila tout à fait dégoûté de mon Mariage ; et ie croy que ie ne feray pas mal de m'alier dégager de ma Parole. Il m'en a coûté quelque argent : mais il vaut mieux encor perdre cela, que de m'e:]qx)serà quelque chose de pis. Tâchons adroite-

ment de nous débarrasser de cette Affaire. Hola.

Page 1