‹ Le mariage forcéChapitre 13 sur 15 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ALCANTOR,

ALCANTOR.

AH ! mon Gendre, soyez le bien venu !

SGANARELLE

Monsieur, vostre Seruiteur.

ALCANTOR.

Vous venez pour conclure le Mariage ?

SGANARELLE

Excusez- moy.

ALCANTOR.

le vous promets que i'en ay autant

d'impatience que vous.

SGANARELLE

le viens icy pour autre sujet.

ALCANTOR.

Fay donné ordre à toutes les choses

nécessaires pour cette Feste.

SGANARELLE

Il n'est pas question de cela.

ALCANTOR.

Les Violons sont retenus; le Festin est commandé; et ma Fille est parée, pour vous receuoir.

Ce n'est pas ce qui m'ameine.

ALCANTOR.

Enfin vous allez estre satisfait; et

rien ne peut retarder vostre contentement.

SGANARELLE

Mon Dieu, c'est autre chose.

ALCANTOR.

Allons, entrez donc, mon Gendre.

SGANARELLE

Fay vn petit mot à vous dire,

ALCANTOR.

Ah! mon Dieu, ne faisons point de cérémonie : entrez viste, s'il vous

plaist.

SGANARELLE

Non^ vous dis- je. le vous veux parler auparauant..

ALCANTOR.

Vous voulez me dire quelque

chose?

SGANARELLE

OUy.

ALCANTOR.

Et quoy?

Seigneur Alcantor, i'ay demandé

vostre Fille en mariage, il est vray ;

et vous me Pauez accordée : mais ie

me trouue vn peu auancé en âge pour elle ; et ie considère, que îe ne suis point du tout son fait-

ALCANTOR.

Pardonnez-moy. Ma Fille vous trouue bien, comme vous estes; et ie suis seur qu'elle viura fort contente auec vous.

SGANARELLE

Point; i'ay par fois des bizarreries épouuantables; et elle auroit trop à souflFrir de ma mauuaise humeur.

ALCANTOR.

Ma Fille a de la complaisance; et vous verrez qu'elle s'accommodera entièrement à vous .

SGANARELLE

Fay quelques infirmitez sur mon Corps, qui pourroient la dégoûter.

ALCANTOR.

Cela n'est rien. Vne honneste

Femme ne se dégoûte iamais de son Mary.

SGANARELLE

Enfin, voulez-vous que je vous

dise, ie ne vous conseille pas de me la donner.

ALCANTOR.

Vous moquez -vous? Faimerois

mieux mourir, que d'auoir manqué

à ma Parole.

SGANARELLE

Mon Dieu, ie vous en dispense, et

ie...

ALCANTOR.

Point du tout. le vous Tay promise; et vous l'aurez en dépit de tous ceux qui y prétendent.

SGANARELLE

Que Diable !

ALCANTOR.

Voyez- vous, i'ay une estime, et

vne amitié pour vous, toute particu-

il ^

Ow^^^

liere ; et ie refuserois ma Fille à vn Prince, pour vous la donner.

SGANARELLE

Seigneur Alcantor, ie vous suis obligé de Thonneur* que vous me faites ; mais ie vous déclare que ie ne me veux point marier.

ALCANTOR.

Qui, vous?

SGANARELLE

Oûy, moy.

ALCANTOR.

Et la raison?

SGANARELLE

La raison; c'est que ie ne me sens point propre pour le Mariage; et que ie veux imiter mon Père, et tous ceux de ma Race, qui ne se sont iamais voulu marier.

ALCANTOR.

Ecoutez, les volontez sont libres; et ie suis Homme à ne contraindre

iamais Personne. Vous vous estes engagé auec nioy^ pour épouser ma Fille; et tout est préparé pour cela.

Mais puis que vous voulez retirer vostre Parole, ie vais voir ce qu'il y a à faire ; et vous aurez bientost de mes nouuelles.

Encor est-il plus raisonnable que ie ne pensois; et ie croyois auoir bien plus de peine à m'en dégager.

Ma foy, quand i'y songe, i'ay fait fort sagement, de me tirer de cette Affaire ; et i'allois faire vn pas, dont ie me serois peut-estre long-temps repenty. Mais voicy le Fils qui me vient rendre réponse.

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