‹ Le mariage forcéChapitre 3 sur 15 · Y) NOTICE · texte numérisé non relu

Y) NOTICE

d*anciens scénarios familiers à sa troupe pour improviser des représentations d'une réussite sûre. Maintes fois, dans des comédies entières ou dans des scènes détachées, nous le verrons redevenir l'auteur d'avant i658. N'y a-t-il pas beaucoup du comédien nomade dans le SganareUe du Mariage forcé? Les hardiesses du langage et des situations nous ont égayé naguère, aux beaux jours de l'Illustre Théâtre.

A l'état de comédie-ballet, et tel qu'il fut joué pour la première fois dans les salons du Louvre le 29 janvier 1664, le Mariage forcé formait trois actes, sans parler des intermèdeS) dont LuUy avait composé la musique. Molière remplissait le rôle de Sganarelle et le roi celui d'un Égyptien, c'est-à-dire un personnage tout à fsût insignifiant. Le 1 5 février suivant, Molière présenta le nouvel ouvrage à son public ordinaire dans la salle du Palais- Royal. Il avait conservé le ballet avec une partie des « ornements » qui avaient charmé les spectateurs du Louvre. La pièce, montée avec un grand luxe de costumes et accompagnée de la musique, pour l'exécution de laquelle on avait hasardé des frais considérables, fut jouée treize fois de suite, — un vrai succès pour l'époque.

Nous n'entrerons pas aujourd'hui dans plus de détails sur l'historique du Mariage forcée

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comédie-ballet. Une pièce nouvelle en fut extraite par Molière et représentée au mois de février 1668. L'auteur avait supprimé les arguments et les entrées et fait quelques changements pour rapprocher les scènes et n'en former qu'un seul acte.

Il serait superflu de rechercher après tant d'autres les passages des conteurs dont Molière s*est inspiré dans le Mariage forcé. De telles citations tournent généralement à la gloire de Rabelais, que Molière savait par cœur et qu'il se plaisait à mettre à la scène en toute occasion. Cette fois il se sert de lui pour attaquer de nouveau les pédants et la fausse science. Quels personnages plus rabelaisiens que son Pancrace et ce bon docteur qui comprend si mal les explications les plus simples et si bien les bastonnades! Mais la pièce n'est pas là. Molière la fait rouler tout entière sur son sujet favori : la déraison dans le mariage. Il nous montre encore le bout de l'oreille sous le masque de Sganarelle amoureux hors de saison. Certains traits de son autobiographie l'aident à ridiculiser l'imprudent qui court à sa perte sans avoir réfléchi et ne demande conseil qu'aux indiflerents.

Lui dont le mariage a fait jaser et rire, comment se tirera-t-il d^une situation si difficile et remplie d'allusions si transparentes? Quel-

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ques mots de Dorimène lui suffisent. La coquette vicieuse aura bientôt captivé notre attention. Dans tout le théâtre de Molière on ne retrouve pas une seconde fois la cupidité féminine aussi justement frappée et flétrie.

Lors de la transformation du Mariage forcé en comédie, Molière continua de jouer le rôle de Sganarelle. On n'a pas de renseignements certains sur les noms des autres acteurs.

Comme nous l'indiquent les termes du privilège, l'édition originale fut imprimée pendant le cours des représentations, par les soins du libraire Ribou. Des réimpressions elzeviriennes parurent en Hollande en 1674 et 1679.

Nous parlerons une autre fois du Mariage forcée comédie-ballet, dont le livret original est, comme nous l'avons montré, une œuvre complètement différente de la comédie S

I . Le Mariage forcé, ballet du Roy, dansé au Louvre par Sa Majesté.,. Paris, Robert Ballard, 1664. Ce livret se compose comme tous ceux du même genre, comme le Ballet des Incompatibles écrit et joué par Molière dix ans auparavant, d'arguments et des pièces de vers qui accompagnaient le jeu des danseurs. La partie musicale de i'ouvrage a servi de sujet à l'excellent travail de M. Ludovic Celler , Intitulé : Moliere-Lully, Le Mariage forcé, ou le ballet du roi^ nouvelle édition publiée d'après le manuscrit de Philidor Vaîné, Paris, Hachette, 1867, in-i8.

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