CHÈRE COMPAGNE DE MA VIE
A qui pourrais-je dédier plus convenablement cet ouvrage, qui a surtout le divorce pour objet, qu'à celle qui eut ma première affection, que je respectai toujours autant que je Taimai, et qui a partagé avec tant de dévouement mon obscure et laborieuse existence?
Élevés tous deux dans des temps de malheur public, ayant reçu l'un et l'autre les dures mais salutaires leçons de la nécessité, nous nous rencontrâmes un jour pour ne plus nous perdre de vue dans la vie.
Nos cœurs, quoique bien jeunes encore, n'étaient ni sans tristesse ni sans soucis. La même infortune les avait mûris avant le temps. Ce fut peut-être une raison de plus pour qu'ils se comprissent.
Sans trop nous inquiéter d'un avenir dont nous
entrevoyions les futures rigueurs, nous résolûmes d'avoir une destinée commune.
De ce moment nous fûmes unis de cœur, souffrant d'un éloignement obligé, mais heureux de notre affection mutuelle. Neuf ans devaient ainsi 'passer entre nous sans que nos vœux fussent accomplis.
N'ayant rien ou presque rien à nous donner qu'un attachement à toute épreuve, nous n'avons cependant jamais eu à regretter un seul instant notre détermination.
Le divorce , s'il eût encore été la loi de notre pays, n'était pas fait pour nous, si décidés, d'ailleurs, que nous eussions été à nous séparer, plutôt que de nous rendre mutuellement malheureux.
Aujourd'hui nous n'avons à redouter d'autre séparation que celle qui brise à la fln toute humaine existence. Et encore nous quitterons-nous avec le saint et consolant espoir de nous retrouver dans une vie meilleure !