VIE INTIME 341 RS PE SEP
Quoiqu'il en soit, pour que le parti innocent ait le droit de se séparer du coupable, il faut d’abord qu’il soit réellement innocent ; car autrement, s’il était luimême coupable d’adultère, il y aurait compensation et perdrait son privilège. Il faut ensuite que la culpabilité soit bien établie. Il ne peut pas agir sur de simples apparences, quelque concluantes qu’elles semblent être ; ni sur des rapports en l'air, quelque vraisemblables qu’ils puissent être ; mais il faut que l’adultère soit un fait réel, constaté et prouvé.
Il y a encore la raison de religion et de salut. Nous sommes tenus avant tout d’être fidèles à Dieu. Il peut se faire qu’un époux soit mis en demeure de choisir entre Dieu et son conjoint. Un mari, par exemple, abandonne la religion catholique pour ne plus pratiquer du tout, ou pour entrer dans une religion fausse. &i le fait de vivre avec un apostat ou un hérétique, est pour sa femme un danger de perversion, elle ne doit pas s’y exposer,
C’est pour elle une question de vie ou de mort spirituelle, ou de choisir entre Dieu et son mari. Si elle ne peut pas éloigner le danger, évidemment elle n’est pas liée par la loi de la cohabitation. D'ailleurs, le mari, par son apostasie ou son hérésie, a manqué de fidélité au Dieu de son mariage, au Dieu de sa femme ; et, ainsi, s’est séparé d’elle véritablement, quoique spirituellement, et, partant, a perdu ses droits sur elle,
Il en est de même de celui dont le conjoint voudrait l’entraîner au péché, par «. -mple, à l’adultère, à l’onanisme, à un péché impur quelconque ou à tout autre péché. Si la cohabitation, au lieu de favoriser la vertu, devient une occasion prochaine de péché, elle cesse d’être obligatoire. Car le péché est le grand mal qu’il faut éviter à tout prix, même au prix de sa vie; à plus forte raison au prix de la cohabitation. De plus, comme les époux tiennent de Dieu les droits qu’ils ont l’un sur l’autre, ils renoncent à ces droits en renonçant à Dieu par le péché.
Il faut dire la même chose de celui qui ne pourrait pas faire en paix sa religion.
“Car, comme dit saint Paul, les époux chrétiens sont appelés à servir Dieu en paix. ” Une femme ou un mari qui ne pourraient pas faire leurs devoirs religieux, sans s’exposcr à de mauvais traitements ou à des injures de la part du conjoint, ne sont pas tenus à la loi de la cohabitation.
Quant à la manière d’effectuer la séparation, elle ne doit se faire régulièrement, qu'avec l’autorisation de l'Eglise et par la sentence du tribunal ecclésiastique.
Mais, quand elle s’est faite privément, les époux séparés ne doivent pas recevoir les sacrements avant de soumettre leur cas à ler confesseur qui jugera si réellement, ils ont des raisons suffisantes pour justifier leur conduite.
Mais, mes frères, s’il y a des raisons qui rendent la séparation légitime, il ne faut pas croire qu’elle soit une bonne chose. La séparation, à moins qu’elle ne soit faite
me
pour Dieu, d’un commun accord, dans le désir d’une vie plus parfaite, est toujours un pis aller. Elle est un mal que l’on choisit pour éviter un plus grand mal.
Imaginez-vous la situation pénible des époux séparés. Etant mariés, ils sont condamnés à vivre seuls, privés du bonheur de la vie commune, et sujets aux misères de la concupiscence. Leur passé est un reproche ; l’avenir, sans espérance ; le présent, un supplice. Le souvenir des beaux jours qu’ils ont passés ensemble, dans la paix d’un ménage heureux, a changé ses douceurs en amertumes, et ne sert plus qu’à leur faire sentir davantage leur malheur présent. Les beaux rêves qu’ils faisaient de l’avenir qui leur paraissait si brillant, sont évanouis. De quelque côté qu’ils se tournent, il n’y a pour eux que remords, chagrin et tristesse.
Mais, mes frères, puisque l’une des fins du mariage est de faire éviter le péché impur, nous comprenons combien ils sont
coupables ceux qui font du mariage une occasion de péché, et s’en servent comme d’un voile derrière lequel ils se cachent pour se livrer plus librement à leurs passions déréglées et à des pratiques criminelles. C’est le fait de ceux qui se marient par passion, et qui chassent Dieu du mariage. Leur conduite est infâme et abominable ; ils sont de sales êtres, livrés au plus ignominieux des démons. Ils récolteront la pleine mesure de leur conduite ignoble.
Quant à vous, époux chrétiens, qui voulez faire un saint usage du mariage, craignez Dieu. La crainte du Seigneur vous rendra sages et vous fera haïr le mal. Elle vous fera particulièrement avoir en horreur tout péché impur, de quelque nature qu’il soit. La femme sera pour le mari un être sacré, qui commande le respect, et dont l’abus est un sacrilège. Le mari sera pour sa femme un ange de pureté et un gardien jaloux de sa vertu.
Quant à vous, jeunesse chrétienne, met-
tez-vous en garde contre l’ardeur et la légèreté de votre âge. Allez, vous aussi, à l’école de la sagesse, et apprenez à craindre Dieu. “ La crainte du Seigneur haït le mal ”, dit notre texte. Elle vous fera haïr le péché et vous inspirera les moyens de l’éviter. Elle vous fera comprendre que c’est un mal de ne pas se marier quand on devrait l’être.
Oui, mes frères, c’est un mal pour vw 3 de ne pas vous marier, vous qui êtes impudiques : “ A cause du péché impur, dit saint Paul, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. ” Ces paroles ne renferment pas seulement un conseil, elles sont l’expression d’une loi naturelle, d’un commandement positif. Ne pas vous marier est pour vous un péché capital.
C’est un mal pour vous de ne pas vous marier, vous qui restez dans le monde, isolés, alors que tout en vous, vous appelle au mariage. “ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, dit le Créateur, faisons-
lui une aide semblable à lui. — Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance, il les créa mâle et femelle. ”
C’est un mal pour vous de ne pas vous marier, vous qui restez dans le monde, alors que Dieu et la nature vous imposent le devoir de la reproduction : “ Reproduisez et multipliez-vous. ”
Mes frères, je prie le Seigneur de bénir cette série d'instructions que je termine aujourd’hui. J’ai semé le bon grain dans vos âmes. Je l'ai semé dans la peine, dans la prière, et dans la méditation.
Daigne le Seigneur, Dieu tout-puissant et miséricordieux, lui faire produire dans vos âmes et dans vos familles, des fruits abondants de vertu, de bonheur réel, et de salut éternel. — Ainsi soit-il.
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