‹ Le mariage, ou, La grande question [microforme]Chapitre 25 sur 27 · VIE INTIME DES ÉPOUX · texte numérisé non relu

VIE INTIME DES ÉPOUX

Timor Domini odit malum.

La crainte de Dieu haît le mal.

PROVY., viti, 13.

Le premier devoir des époux est la fidélité à leur grande et sublime mission, qui consiste à élever honnêtement leur famille. Ils doivent, en second lieu, s’assurer un ménage heureux, en s’unissant dans les doux liens d’un amour sincère, fort et durable, qui ne connaît ni le caprice, ni le soupçon, ni la jalousie.

La troisième fin du mariage est de servir de modérateur des passions, et de remède à la concupiscence. ‘“ A cause du péché impur, dit saint Paul, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. ”

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L'instinct de la reproduction que Dieu a mis dans la nature humaine, porte nécessairement l’homme à l’acte de la reproduction. C’est une force vive dont il n’est pas le maître. Dans l’état d’innocence, cet instinct était soumis à la volonté qui régnait, souveraine, sur tous les mouvements de l’âme et du corps. Mais il n’en est plus ainsi. Le péché a rompu l’harmonie parfaite que Dieu avait mise dans le composé humain. Le désaccord a pris la place de l’harmonie, et divise l’homme contre .ui-même. La nature inférieure est en révolte contre la nature supérieure ; la chair, contre l’esprit.

C’est cet instinct déchaîné, aveugle, dominant, que saint Paul appelle la concupiscence de la chair. A cause de cette concupiscence,à laquelle personne n’échappe, tous les hommes sont exposés au péché de la chair. Remarquez, mes frères, que, si nous sommes tous exposés au péché de la chair, nous restons toujours maîtres de la volonté, nous sommes toujours libres, et nous pouvons toujours résister à l’en-

traînement au mal ; et, de plus, nous avons l’assurance de la grâce de Dieu pour triompher : “ Je puis tout, dit saint Paul, en celui qui me fortifie. ”

Ils sont donc dans l’erreur ceux qui disent que la continence perpétuelle n’est pas possible. Ils sont donc dans l’erreur ceux qui disent, pour s’excuser de leur mauvaise habitude : “ C’est plus fort que moi. ” C’est plus fort que vous, parce que vous ne savez pas vouloir et que vous manquez d'énergie ; c’est plus fort que vous, parce que vous n’avez pas recours à Dieu et ne comptez pas sur son aide ; c’est plus fort que vous, parce que vous ne prenez pas les moyens d’être, vous, le plus fort. Oui, celui qui se laisse aller a péché impur est coupable, parce qu’il agit contre sa conscience; il comprend sa responsabilité, parce qu’il sait qu’il pèche librement ; il connaît la nature de sa faute, parce qu’il en rougit.

Néanmoins, il ne reste pas moins vrai que l'instinct de la reproduction nous

pousse brutalement à l’oeuvre de chair, met en activité toutes les forces vives de notre nature ; et, comme il agit aveuglément, nous porte à l’acte, avec toute la violence des passions, quand la raison et la conscience doivent s’y opposer. Saint Paul a compris le danger auquel la concupiscence nous expose. Aussi, comme moyen d'éviter le péché impur : “ Il veut que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. ” C’est encore lui qui dit : “ Il vaut mieux se marier que de brûler. ”

Même dans l’état d’innocence, alors que tout chez l’homme était établi sous la domination souveraine de la volonté, il n’était pas bon que l’homme fût seul ; à plus forte raison, maintenant que le péché a déchaîné les passions et soulevé la chair contre l'esprit, a-t-il besoin d’une compagne qui l’aide à calmer la violence de la concupiscence, et à se maintenir dans le devoir.

Mais, mes frères, puisque Dieu veut que

le mariage soit un modérateur des passions et un remède à la concupiscence, il .

est évident que celui qui, hors du mariage, vit dans l’habitude du péché impur, soit seul, soit avec d’autres, doit se marier, quel que soit son âge ; c’est pour lui un devoir de conscience qui l’oblige sous peine de péché mortel. J’insisterai jusqu’à la fin sur cette obligation.

Ainsi envisagé, le mariage, déjà éminemment grand par ailleurs, prend une nouvelle dignité. En faisant éviter le péché impur, il devient le protecteur de la pureté et de la chasteté des époux, et le défenseur de la belle vertu. Les époux chrétiens, véritablement chrétiens, ceux qui se marient dans la crainte du Seigneur, l’ont toujours compris ainsi, et ils s'efforcent, par respect pour sa sainteté, d'éviter dans son usage tout ce qui pourrait blesser la pudeur. Ils reconnaissent avec saint Paul l’assistance et les obligations qu’ils se doivent l’un à l’autre.

Ces lois qui régissent les époux dans ia

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vie intime, saint Paul les fait connaître clairement dans sa première épître aux Corinthiens. Après avoir dit : “ A cause du péché impur, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari ”, il ajoute immédiatement : “ Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et pareillement la femme à son mari. Le corps de la femme n’est pas en sa puissance, mais en celle du mari ; de même, le corps du mari n’est pas en sa puissance, mais en celle de sa femme. Ne refusez pas d’être l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord... et pour peu de temps, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence. ”

De là la nécessité de la cohabitation.

Les époux doivent vivre ensemble. C’est pour eux un devoir de justice qu’ils se doivent l’un à l’autre. Le mari ne peut pas s’absenter sans le consentement de sa femme ; de même, la femme ne peut pas s’absenter malgré son mari. Bien plus, même d’un commun accord, ils ne peuvent pas s’absenter l’un de l’autre, si cette

absence est pour eux, ou pour l’un d’eux, une occasion prochaine de péché.

On comprend alors ce qu’il faut penser de la conduite des époux qui se séparent de corps et de biens, et qui vivent éloignés l’un de l’autre. La séparation d’un ménage est généralement un grand mal et un scandale ; et bien coupables sont ceux qui en sont responsables. Un mari qui quitte sa femme, ou une femme qui abandonne son mari sans raisons suffisantes, sont coupables d’une faute qui mérite la damnation éternelle.

J’ai dit “ sans raisons suffisantes, ” Il y a, en effet, des raisons qui rendent la séparation légitime. Nous le savons par les Saintes Ecritures, Notre-Seigneur le déclare formellement et mentionne deux cas qui permettent aux époux de se séparer.

C’est d’abord le désir d’une vie plus parfaite. “ Quiconque, dit-il, aura quitté sa maison... ou sa femme, à cause de

mon nom, recevra le centuple, et possédera la vie éternelle. ” La vie des saints nous offre de nombreux exemples de ces pieuses séparations où les époux, d’un commun accord, se quittaient pour 8e consacrer exclusivement au service de Dieu. Les uns, c’était le plus grand nombre, renonçaient au monde et se faisaient religieux et religieuses. D’autres restaient dans le monde, tout en étant détachés du monde, et se livraient tout entiers aux oeuvres de miséricorde, servant le Maître dans la personne des pauvres et des malheureux.

C’est ensuite l’adultère. Notre-Seigneur dit, en effet : “ Mais moi je vous dis que quiconque renverra sa femme, si ce n’est pour cause d’adultère, la fait adultère. ” Avant de prononcer ces paroles dans son sublime sermon sur la montagne, Notre- Seigneur rappelle la loi mosaïque en disant : “ Il a été dit encore : que quiconque renvoie sa femme lui donne un acte de séparation. Mais moi je vous dis,

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ajoute-t-il, que quiconque renvoie sa femme, si ce n’est pour cause d’adultère, la fait adultère ; et celui qui épouse une femme renvoyée commet l’adultère. ”

Par ces paroles, Notre-Seigneur déclare que, si l’adultère n’est pas une cause de divorce qu’il condamne, il est une cause suffisante de séparation. Le mari qui manque de fidélité à sa femme, ou la femme qui manque de fidélité à son mari, perdent le droit qu’ils avaient sur leur conjoint. Et ce n’est que simple justice. Le parti innocent est libre de quitter le coupable.

Mais il ne faut pas conclure de là qu’il soit tenu de le quitter. Au contraire :

s’il est libre de s’en aller, il peut néanmoins user de miséricorde et pardonner l'injustice qui lui est faite. A moins de circonstances extraordinairement graves, il serait sage de pardonner une première offense, et même une faute plusieurs fois répétée, s’il est constaté que Îla faute est commise plutôt par faiblesse que par malice.

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