SCÈNE IX
LES MÊMES, LA PRÉSIDENTE, LE CONSEILLER, LA CONSEILLÈRE , SEYBLÏN , TRICKMANN.
LA PRESiDETîTE , en entrant.
Je veux savoir d'où vient tout ce tapage. Qu'ai-je vu ? le comte icil. .
JACOBUS
Ma sœur ! . . alors tout est perdu.
( Tl cherche à se cacher et ne peut descendre. )
LA PRÉSIDENTE
Ce que je craignais est donc arrivé... La fahie si bien débitée par cet homme ( Elle montre Trickmann. ) était une ruse pour nous retenir ici j e{ vous, mon frère, qui étiez si jaloux de l'honneur de la famille, pourriez-vous me dire comment il se fait que je vous trouve sur cette fenêtre, près de M. le Comte et de ma nièce ?
JACOBUS , qui est venu en scène.
Moi , j'étais sur cette fenêtre ! ( Aux autres , jouant Vétonnement.) Est-ce que j'étais sur cette fenêtre?., c'est possible j mais, quant au Comte, il usait de ses droits... il enlevait sa femme.
LA PRÉSIDENTE
L'enlever! Eh quoi! ma nièce !. . mais non , je ne puis le croire.
JACOBUS
Je ne mens jamais, Présidente j et d'ailleurs, il me semble que je dois savoir à quoi m'en tenir là-dessns , puisque je les aidais à partir.
Vous !. . ainsi tout le monde s'unissait ponr se jouer de moi ! Eh bien I puisque te'*, est le prix de mes bienfaits, je
vivrai ilesonnais sciilo , ahsolumeut seule , iibandonnée de ceux que je (M'ovnis mes amis. . . qui devaient cousoler mes vieux jours... et qui ne sont plus à mes yeux «jue des ingrats !
EMELINE.
Mn tante !
FRÉDÉRIC
Madame !
JACOBUS
Ma sœur , il est certain . . .
LA PRÉSIDENTE
Taisez-vous I JACOBUS , sortant de son caractère avec beaucoup de chaleur
Comment, encore taisez-vous 1 . . . toujours taisez-vous! A la fin, ma sœur, mon caractère naturellement doux et pacifique se lasse de votre ton î
LA PRÉSIDENTE
Qu'est-ce à dire ? . . .
JACOBUS , toujours avec chaleur.
C'est-à-dire qu'un homme de mon état, de mon âge, un ancien professeur de l'universitc de Schaffonse , ne doit pas toujours se laisser imposer silence comme un écolier de sixième!. . . Il est temps que je réponde , et je vous répondrai!... Je vous répondrai que ces deux enfans s'aiment , qu'ils ne peuvent vivre Fun sans l'autre; que la loi les autorise à un amour moral et léi^itime; qu^un mari a le droit d'enlever sa femme partout où il la trouve. . . et que feu M. le Président aurait pu vous enlever aussi vousmême, ma sœur, s'il eu avait eu la fantaisie.
LA PRÉSIDENTE
Mon frère !
JACOBUS
Laissez-moi , ma sœur , je ne nie connais plus !^ . . et si vous voulez plaider encore, eh bien ! je plaiderai aussi, moi, à mou tour!... car enfin, j'ai du caractère... ego suni Jacohus-Pompeïus Berlinghenusl . . . Viens, ma nièce.
et toi aussi, mon neveu... ailons cherelicr un autre azile!...
i Ici Jacohus va pour sortir avec les e'poiix ; wdis toutes léS personnes de la noce le retiennent , et semblent supplier la Présidente en faveur d^Enielinc. — Cette pantomime esi très-expressive , et décide Jacohus à rester.}
LA PRÉSIDENTE
Arrêtez!... Un seul mot suffira pour vous prouver jusqu"'à quel point votre conduite est peu rëfle'chie . . . A Finstant même où Monsieur se disposait à exciter ici un nouveau scandale , il renvoyait à M. Seyblin l'acte de séparation Signe par Jui.
SEYBLIN.
En effet , on vient de me remettre de la part du comte de Valsen ce paquet qui renferme vraisemMablement l'octe en question.
JACOBUS
Qu'entends-jc?. . . serait-il vrai, jeune homme?
LA PRÉSIDENTE, lui remettant le paquet que lui donne Seyblin.
Lisez, mon frère , et rougissez de votre conduite.
JACGBUS , lisant après avoir déchiré P enveloppe. Voyons..,.. « Prêt à m'exiler pour jamais, moi, » Lëopold-Fre'de'ric , comte de Valsen, orphelin et sans » proches parens de ma branche, donne, par ces présentes, » tous les biens. . . j) 11 y a bien ça, ma sœur. . . « Donne » par ces pre'sentes tous les biens dont je puis disposer , » à ma femme Emeline de Eorlinghen et .^' notre fils 3» Pompée de Valsen. Je recommande particulièrement cet » enfant à l'amitié de mon oncle Jacobus. » Pauvre petit, va , il n'avait pas besoin de ça! « Je confie sa tutelle et » l'administration de sa fortune à ma tante qui, maigre; » sa sévérité envers moi, mérite toute ma confiance et » toute mon estime. »
« Fait à l'auberge de Vjigle noir, le premier et le dernier « jour de mon mariage. »
( Il pleure. ) Voilà tlcux fois qu'il me fait pleurer aujouf d'Iiui , ce gaillard-là!... Ehl bien , ma sœur, que dites-vous de cela?. . .
EMELINE.
Ma tante ! . . .
( Emelme lève ahernatwement les yeux sur la Présidente (Fun air suppliant , cl sur Fre'déric avec amour. )
FRÉDÉRIC, à la Pre'sidente.
Oui, Madame , cette donation assure toiis mes biens à mon fils. . . Quand à cet acte, ( Montrant l'acte de séparation. ) reprenez -le puisqu'il détruirait mon
bonheur et celui d'Emeline , je ne le signer.il jamais!... Seul, sans parens , j'avais osé former des vœux auxquels il faudra renoncer j'espérais retrouver
une mère pardonnez—moi , Madame , d'avoir compté
sur vous.
( Il s'incline devant la Présidente. )
JACOBUS , très ému.
On attend la réponse... parlez, ma sœur... Qu'en pensez-vous?
LA PRÉSIDENTE
Je pense comme mon neveu. . . la séparation n'est plus possible.
( Elle déchire le papier que lui a remis Frédéric. )
ÉMELINE.
Ma bonne tante 1
FRÉDÉRIC
Ah ! Madame ! . . .
( Emeline embrasse les genoux de la Présidente , qui la fait relever avec bonté , et la fait passer auprès de Frédéric. )
JACOBUS, i'essuyantle front avec son mouchoir.
Elle a dit, mon neveu! . . . Victoire I . . . veni, vidi^ vici' je suis venu , j'ai vu , j'ai vaincu! mot à mot. . .
CHŒCLIR FINAL.
Air de la ronde du Solitaire.
Faisons des vœux pour les époux!
Et demain, par un double hommage, Nous fêterons leur mariage ! . . .
Mais ilest tard , séparons-nous.