‹ Le mariage par autorité de justice; comédie en deux actes. Par MM. Simonnin et DevilleneuveChapitre 21 sur 23 · LES MÊMES , JACOBUS · texte numérisé non relu

LES MÊMES , JACOBUS

( Il est en bonnet de velours noir, et en robe de chambre, —

// ouvre la porte à peine. — // tient fVime main son bougeoir ^ et de l'autre un gros pistolet d'arçon. — Il est tremblant , et ne fait qiHenlre-bailler la porte. )

JACOBTJS, n'avançant que la tête, Emeline , ma nièce ! . . .

EMELINE, troublée.

Mon oncle ...

J'ai cru entendre. . . Où sont-ils cache's?

EMELIKE.

Qui donc, mon oncle?... Je n'ai rien entendu... je n"ai vu personne.

JACOBUS

En es-tu bien sure? ( Tl entre. ) Alors , c'était une fausse alerte. . . Ce. . . ce. . cependant, on dirait que tu trembles. ( // regarde avec inquiétude autour de lui. ) Ali ! mon dieu ! In fenêtre ouverte!, . . quand je. .. je te le disais. . .

EMELINE.

Je puis vous assurer , mon oncle. . .

JACOBUS

C'est. . . c'est par-là qu'ils se seront introduits. . . Miséricorde! le rideau a remue !

EMELINE.

C'est le vent, sans doute.

JACOBUS

Le vent!... le vent a des aîles, ma nièce ^ mais on ne dit pas qu'il ait des bottes , et j'en vois. . . C'est un bandit. ( Faisant la grosse voix. ) Misérable !

( Il dirige son pistolet vers le rideau. )

EMELINE.

Arrêtez ! . . . Frédéric I

( Frédéric paraît. )

M. le Comte!... qu'est-ce à dire, ma nièce?... Eliî quoi ! Monsieur , vous osez reparaître en ces lieux , nuitamment, à une heure indue?. .. troubler le repos des gens honnêtes?^..

FRÉDÉRIC. \ '

Venille^ ra'enteudre.

JACOBUS

Quelle contluite ! un liomrae marié!

FRÉDÉRIC

C'est jastemeat pour ça , mon oncle.

JACOBUS

Je vous ordonne de sortir.

FRÉDÉRIC

Comment' vous, mon oncle , qui êtes philosophe, vous voulez de'sunir les ménages?

JACOBUS

Les ménages!... ne semblerait-il pas qu'ils ont déjà dix ans de mariage sur la tête?. . . C'est affreux !

EMELINE.

Ne vous fâchez pas , mon oncle.

JACOBUS

Comment, Madame, vous le défendez maintenant!

EMELINE.

Il est mon mari.

JACOBUS , très-etonne.

Ah ! ça , mais je ne sais plus où j'en suis , moi. . . Vous vous détestiez tantôt.

FRÉDÉRIC

Oui , mais depuis que nous sommes mariés , c'est bien différent.

JACOBUS

Ah ! c^est l'effet du mariage ! . . . Par exemple , ils ne font rien comme les autres , ceux-là !

EMELINE.

Mon oncle , si vons vouliez . . .

JACOBUS

Quoi, Madame?

EMELINE.

Vous êtes si bon !

JACOBUS

Du tout, du tout , je ne suis pas bon; au contraire , je suis très-méchant... D'ailleurs, l'acte de séparation est signé.

EMELINE.

ï*as par lui; il a refusé, et moi, je pourrais protester contre ma signature.

JACOBUS

Oui , mais ta tante n'entendra pas cela ... tu sais comme elle sévère , ta tante 1

EMELINE.

Il est vrai. Qu'allons-nons donc devenir?

FRÉDÉRIC

Quant à moi, si elle est inflexible, je sais bien quel parti je prendrai. . .

JACOBUS

Lequel?

raÉDÉjRic.

Je me tuerai.

JACOBUS, attendri.

Se tuer!... Ah! mou dieu! ces pauvres eufans! ils m'attendrissent

E3IELINE.

Vous voyez bien que vous n'êtes pas méchant.

JACOBUS, en colère.

Je vous dis que si, moi, que je suis méchant... Ne m'obstinez pas là-dessus, parce que, . .

FRÉDÉRIC et EMELINE , le Cajolant.

Eh bien! oui, là , vous êtes méchant.

JACOBUS

A la bonne heure!. . . Voyons, mes enfans, il s'agit de vous servir. Ah! c'est que j'ai du caractère, moi!. . . Nous disions donc que vous êtes éperdument amoureux l'un de l'autre, n'est-ce pas?

FRÉDÉRIC

Oh ! oui , éperduement!

JACOBUS

Ces pauvres enfans! éperduement!... Eh bien! mes petits amis , comme il est très-sûr que nous ne gagnerons rien auprès de la Présidente , il n'y a qu'un grand coup qui puisse me tirer de là.

FRÉDÉRIC

Oui , un grand coup! . . . Qu'est-ce qu'il faut faire , mon oncle ?

EMEtlNE.

Que nons conseillez-vous?

JACOBUS

Moi , rien. Il faut un grand coup 1 voilà tout ce que je puis vous dire; je n'en siiis pns diiv.-.nta^e. Le fait est que vous me cousultez-l:> sur une tlièse qui n'est plus de mon ressort , ce qui fait , mes eufans. . .

FRÉDÉRIC

J'ai trouvé.

JRCOMUS et EMELINE.

Voyons.

FRÉDÉRIC

Puisqu'il n'y a pas moyen de toucher la Présidente » et qu'elle s'opposerait toujours à notre houheur, j'enlève ma femme.

JACOBUS

Dieu! i.li! grand dieu! enlever vofre femme!

FRÉDÉRIC

Oui , mon oncle.

Cela me paraît bien fort!

EMELINE.

Je serfiis enlevée?

Par votre mari.

FREDERIC

JACOBUS

Par ton mari. Au fait , tu es mariée , ma chère.

FRÉDÉRIC

Et une femme mariée peut hien se permettre. . .

JACOBUS

Un petit enlèvement, un rapt conjugal; c'est en tout Lien , tout honneur... Je n'y réfléchissais pas d'abord; mais à présent que j'envisage la chose sous le point de vue moral, je trouve même que c'est éditlant pour les époux; c'est très-édifiant.

FRÉDÉRIC

Ainsi voilà qui est convenu, ma femme vient avec moi h mon château, dans le carrosse de la Présidente; et là nous attendrons que sa colère s'apaise.

JACOBUS

C'est çn , et vous m'enlevez aussi, p.irce que je ne me soucie pus tlessuyer le premier l'eu. M lis par où sortir ? la porte du corridor est fermée.

FRÉDÉRIC

Je suis entre par la fenêtre.

JACOBUS

C^est vr.ii. . . eh bien! nous prendrons le même chemin. L'échelle est-ellfi solide?

FRÉDÉRIC

Oui , mon oncle. . . Une clinise , s'il vous plaît. JACOBUS , prenant une chaise.

Voilà; ça m'amuse, moi; oui, ça me rappelle une aventure. . . eh! eh ! je vous la conterai plus tard. Diea ! ai- je été heureux ce jour-là I

EMELINE.

Je tremble. . . quel sera le courroux de ma tante !

FRÉDÉRIC

Emeline , si tu m'aimais. . .

EMELINE.

Je suis coupable, mais je dois obéir à mon mari.

( Ils s mt près de la fenêtre ; on entend un grand bruit en dehors, )

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