LES MÊMES , JACOBUS
( Il est en bonnet de velours noir, et en robe de chambre, —
// ouvre la porte à peine. — // tient fVime main son bougeoir ^ et de l'autre un gros pistolet d'arçon. — Il est tremblant , et ne fait qiHenlre-bailler la porte. )
JACOBTJS, n'avançant que la tête, Emeline , ma nièce ! . . .
EMELINE, troublée.
Mon oncle ...
J'ai cru entendre. . . Où sont-ils cache's?
EMELIKE.
Qui donc, mon oncle?... Je n'ai rien entendu... je n"ai vu personne.
JACOBUS
En es-tu bien sure? ( Tl entre. ) Alors , c'était une fausse alerte. . . Ce. . . ce. . cependant, on dirait que tu trembles. ( // regarde avec inquiétude autour de lui. ) Ali ! mon dieu ! In fenêtre ouverte!, . . quand je. .. je te le disais. . .
EMELINE.
Je puis vous assurer , mon oncle. . .
JACOBUS
C'est. . . c'est par-là qu'ils se seront introduits. . . Miséricorde! le rideau a remue !
EMELINE.
C'est le vent, sans doute.
JACOBUS
Le vent!... le vent a des aîles, ma nièce ^ mais on ne dit pas qu'il ait des bottes , et j'en vois. . . C'est un bandit. ( Faisant la grosse voix. ) Misérable !
( Il dirige son pistolet vers le rideau. )
EMELINE.
Arrêtez ! . . . Frédéric I
( Frédéric paraît. )
M. le Comte!... qu'est-ce à dire, ma nièce?... Eliî quoi ! Monsieur , vous osez reparaître en ces lieux , nuitamment, à une heure indue?. .. troubler le repos des gens honnêtes?^..
FRÉDÉRIC. \ '
Venille^ ra'enteudre.
JACOBUS
Quelle contluite ! un liomrae marié!
FRÉDÉRIC
C'est jastemeat pour ça , mon oncle.
JACOBUS
Je vous ordonne de sortir.
FRÉDÉRIC
Comment' vous, mon oncle , qui êtes philosophe, vous voulez de'sunir les ménages?
JACOBUS
Les ménages!... ne semblerait-il pas qu'ils ont déjà dix ans de mariage sur la tête?. . . C'est affreux !
EMELINE.
Ne vous fâchez pas , mon oncle.
JACOBUS
Comment, Madame, vous le défendez maintenant!
EMELINE.
Il est mon mari.
JACOBUS , très-etonne.
Ah ! ça , mais je ne sais plus où j'en suis , moi. . . Vous vous détestiez tantôt.
FRÉDÉRIC
Oui , mais depuis que nous sommes mariés , c'est bien différent.
JACOBUS
Ah ! c^est l'effet du mariage ! . . . Par exemple , ils ne font rien comme les autres , ceux-là !
EMELINE.
Mon oncle , si vons vouliez . . .
JACOBUS
Quoi, Madame?
EMELINE.
Vous êtes si bon !
JACOBUS
Du tout, du tout , je ne suis pas bon; au contraire , je suis très-méchant... D'ailleurs, l'acte de séparation est signé.
EMELINE.
ï*as par lui; il a refusé, et moi, je pourrais protester contre ma signature.
JACOBUS
Oui , mais ta tante n'entendra pas cela ... tu sais comme elle sévère , ta tante 1
EMELINE.
Il est vrai. Qu'allons-nons donc devenir?
FRÉDÉRIC
Quant à moi, si elle est inflexible, je sais bien quel parti je prendrai. . .
JACOBUS
Lequel?
raÉDÉjRic.
Je me tuerai.
JACOBUS, attendri.
Se tuer!... Ah! mou dieu! ces pauvres eufans! ils m'attendrissent
E3IELINE.
Vous voyez bien que vous n'êtes pas méchant.
JACOBUS, en colère.
Je vous dis que si, moi, que je suis méchant... Ne m'obstinez pas là-dessus, parce que, . .
FRÉDÉRIC et EMELINE , le Cajolant.
Eh bien! oui, là , vous êtes méchant.
JACOBUS
A la bonne heure!. . . Voyons, mes enfans, il s'agit de vous servir. Ah! c'est que j'ai du caractère, moi!. . . Nous disions donc que vous êtes éperdument amoureux l'un de l'autre, n'est-ce pas?
FRÉDÉRIC
Oh ! oui , éperduement!
JACOBUS
Ces pauvres enfans! éperduement!... Eh bien! mes petits amis , comme il est très-sûr que nous ne gagnerons rien auprès de la Présidente , il n'y a qu'un grand coup qui puisse me tirer de là.
FRÉDÉRIC
Oui , un grand coup! . . . Qu'est-ce qu'il faut faire , mon oncle ?
EMEtlNE.
Que nons conseillez-vous?
JACOBUS
Moi , rien. Il faut un grand coup 1 voilà tout ce que je puis vous dire; je n'en siiis pns diiv.-.nta^e. Le fait est que vous me cousultez-l:> sur une tlièse qui n'est plus de mon ressort , ce qui fait , mes eufans. . .
FRÉDÉRIC
J'ai trouvé.
JRCOMUS et EMELINE.
Voyons.
FRÉDÉRIC
Puisqu'il n'y a pas moyen de toucher la Présidente » et qu'elle s'opposerait toujours à notre houheur, j'enlève ma femme.
JACOBUS
Dieu! i.li! grand dieu! enlever vofre femme!
FRÉDÉRIC
Oui , mon oncle.
Cela me paraît bien fort!
EMELINE.
Je serfiis enlevée?
Par votre mari.
FREDERIC
JACOBUS
Par ton mari. Au fait , tu es mariée , ma chère.
FRÉDÉRIC
Et une femme mariée peut hien se permettre. . .
JACOBUS
Un petit enlèvement, un rapt conjugal; c'est en tout Lien , tout honneur... Je n'y réfléchissais pas d'abord; mais à présent que j'envisage la chose sous le point de vue moral, je trouve même que c'est éditlant pour les époux; c'est très-édifiant.
FRÉDÉRIC
Ainsi voilà qui est convenu, ma femme vient avec moi h mon château, dans le carrosse de la Présidente; et là nous attendrons que sa colère s'apaise.
JACOBUS
C'est çn , et vous m'enlevez aussi, p.irce que je ne me soucie pus tlessuyer le premier l'eu. M lis par où sortir ? la porte du corridor est fermée.
FRÉDÉRIC
Je suis entre par la fenêtre.
JACOBUS
C^est vr.ii. . . eh bien! nous prendrons le même chemin. L'échelle est-ellfi solide?
FRÉDÉRIC
Oui , mon oncle. . . Une clinise , s'il vous plaît. JACOBUS , prenant une chaise.
Voilà; ça m'amuse, moi; oui, ça me rappelle une aventure. . . eh! eh ! je vous la conterai plus tard. Diea ! ai- je été heureux ce jour-là I
EMELINE.
Je tremble. . . quel sera le courroux de ma tante !
FRÉDÉRIC
Emeline , si tu m'aimais. . .
EMELINE.
Je suis coupable, mais je dois obéir à mon mari.
( Ils s mt près de la fenêtre ; on entend un grand bruit en dehors, )