‹ Le mariage par autorité de justice; comédie en deux actes. Par MM. Simonnin et DevilleneuveChapitre 7 sur 23 · FRÉDÉRIC, JACOBUS · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC, JACOBUS

FRÉDÉRIC , apercevant Jacohus.

Oli ! la bonne tête !

JACOBUS, à part.

11 est îissez l)ien , ce jenne voyageur. {Haut en saluant.') Monsieur. . .

FRÉDÉRIC, lui rendant son salut.

Monsieur. . .

JACOBUS

Monsieur... les chemins sont bien mauvais, si vous êtes venus par la grande route ?

FRÉDÉRIC

Non , j'ai pris un sent ier de traverse.

JACOBUS

Monsieur sest embarqué à la le'gère... il voyage pour son j)liiisir sans doute?

FRÉDÉRIC

Au contraire , Monsieur.

JACOBUS

Ah!

JFRÉDÉRIC, gamient.

lue fait est que , ce matin en me levant , je ne pensais pas du tout à l'affaire qui m'amène. Je comptais passer une journée délicieuse. . . une partie de chasse superbe avec des amis, des jeunes gens charmans... je vais les rejoindre... A peine arrivés dans la forêt, ils prennent à droite, moi à gauche, et voilà que tout-à-coup la mémoire me revient. Eh! mais à propos donc, me suis-je dit , il me semble que j'ai quelque chose à faire ce matin. . . Ah! mou dieu ! oui , c'est ça. . . il faut que j'aille me marier.

JACOBUS

A-t-on idée d'une pareille étourdcne ! . . . (/Ipart.) Est-ce que par hasard ce serait?. .

FRÉDÉRIC

C'est qu'il faut vous dire , mon brave homme , que mon mariage n'est pas un mariage comme un autre. . , ( // tire un papier de sa poche. ) "Vous allez en juger.

JACOBUS

Qu''est-ce que c'est que cela ?

FRÉDÉRIC

C^est le billet de faire part. {Il lit.. ) « Monsieur, eu » vertu de la sentence prononcée contre vous , et rendue » exécutoire par arrêt du huit de ce mois , il vous est fait » sommation de venir épouser , dans le délai de huitaine... » etc. , etc. »

JACOBUS, à part.

Grand dieu ! . . . c'est bien lui ! . . . c'est lui-même ! . . . O Gicéron ! soutiens-moi I

FRÉDÉRIC

G'est original , n'est-ce pas ?

JACOBUS , dun grand sérieux. Comment , Monsieur , c'est vous qui êtes le futur qu'on attend ?

FRÉDÉRIC

Vraiment oui, c'est moi... Ce n^est pas l'embarras, j'aimerais autant que ce fût un autre. . . J'ai plaidé tant que j'ai pu; mais j'ai perdu. J'en ai appelé, perdu une seconde fois.

JACOBUS , indigne'.

Est-il possible?. . .

FRÉDÉRIC

C'est jouer de malheur, n'est ce pas? Il y a des veines cm me ça.

JACOBUS

Mais, Monsieur. . .

FRÉDÉRIC

J'ai offert une indemnité , de For , beaucoup d'or I . . . . Rien n^a été accepté... Ma foi, j'ai pris mon parti. Au fait , puisqu il le faut absolument, marions-nous. Mais ce ne sera pas pour long-temps , heureusement ! Oh ! par exemple, nous sommes d'accord là-dessus.

JACOBtrs, avec dignité.

Je dois vous faire observer , Monsieur. . .

FRÉDÉRIC

Quoi ? est-ce que vous prendriez le p.irti de ces gens- \h. ?... Oh ! d'abord , je leur en veux h la mort !. .. Je ne leur pardonnerai juniais... iNIe faire manquer un mariage superbe, pour m'allier à une petite méchante famille de robe !

Il me semble , cependant que les Berlinglien. . .

FRÉDÉRIC

Oh! ce n''est pas grand' chose , allez.

JACOBUS , à part.

Je vais éclater 1

FRÉDÉRIC

N'importe, j'e'ponserai , puisqu'on le veut, cette petite fille, qu'ils disent que j'ai se'duite , et dont je ne me souviens même plus. Tout ce que e sais, c'est que je la déteste cordialement, et que j'ai jure' de me venger d'elle et de toute sa famille. Oui, puisque je n'ai pas d'autre ressource, je veux, au moins, m'amuser à leurs de'pens ! . . .

JACOBUS

Il serait peut-être plus sage . . .

FRÉDÉRIC

Non , pas de pitié pour eux !

JACOBUS , à part.

Comme il y va !

FRÉDÉRIC

Ma première victime sera ma très-honore'e tante , celte Pre'sidente si fîère, si impérieuse , qui se croit à elle seule tout l'esprit de sa race.

JACOBUS , à part.

Ça , c'est vrai, par exemple. . . ma sœur. . .

FRÉDÉRIC

Vient ensoite son frère , M. Jacobus Pompée , un ancien professeur de je ne sais où. . .

De l'Université de SchafFouse , Monsieur.

FRÉDÉRIC

C'est possible 1 . . . im vieux pe'dant , que sa sœur mène par le uez.

JACOBTJS , tn colère.

Monsieur. . .

FRÉDÉRIC

Si j'en juge par le portrait qu'on m'en a fait, celui-là doit être le plus amusant de tous.

JACOBUS

Monsieur!. . .

FRÉDÉRIC

Figurez-vous un homme grand , maigre, sans grâces, la figure blême, 1 air ébête' , et la plus belle perruque de FEmpire germanique !

JACOBUS

Jeune homme ! . . .

FRÉDÉRIC , le regardant avec surprise tout-à-coup . Ah ! mou dieu !

JACOBUS

Qu'est-ce que c'est?

FRÉDÉRIC

Alteucîez-donc, mettez-vous là. . . ne bougez pas. . .

Qu'est-ce à dire?

FRÉDÉRIC

Ne bougez donc pas!... c'est frappant... la taille , l'air, la perruque, tout le signalement s'y trouve. . . c'est à croire que c'est vous.

JACOBUS

Eh bien! oui, c'est moi... car enfin la patience m'échappe... oui, c'est moi, Jacobus Pompée de Berlinghen !

FRÉDiRIC.

Comment vous été»?. . . Eh bien! c'est agréable pour vous!. . .

JACOBUS

J'étouffe ! . . . je suis dans une fureur !.. *

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