‹ Le MarocChapitre 10 sur 42 · habitants · texte numérisé non relu

habitants

| Ceuta.

(1) Population totale du Tafilet, d'après Gabriel Delbrel (1892-94) : 40.C0C habitants.

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On verra plus loin également quelle est approximativement la population du Maroc (villes et campagnes comprises) et pour quelle raison nous la fixons environ à 7.000.000 d’individus ; comme on s’en rendra compte, c’est une très petite partie de ce chiffre qui habite les villes, nous voulons dire les centres populeux, décorés, avec plus ou moins de justesse, de ce nom.

Les villes du Maroc peuvent se grouper en deux catégories différentes suivant quelles s’élèvent sur la côte ou qu’elles sont situées dans l’intérieur des terres. Généralement, les premières ont un léger caractère de cosmopolitisme qu’on ne retrouve pas dans les secondes ; cependant, il ne faudrait pas déduire de là qu’il y ait entre les unes et les autres une bien grande différence. La vérité est que dans toutes Ton rencontre cet aspect d abandon, de nudité, de tristesse, de saleté qui caractérise les races musulmanes :

Parmi les villes situées dans l’intérieur des terres, nous devons citer d’abord la capitale principale Fez, puis Maroc (Marraskesh en arabe) , ensuite Ouezzan, Méquinez, Taroudant, Guelmine ou Aouguelmine, Tamagrout : au contraire, sur la côte, les principaux centres de population sont Tanger, où réside le corps consulaire, El Arisch ou Larache, R’bat, Salé, Gasa-Blanca (Dar-el-Beida), Mazaghan, Saffy,

Mogador. Parmi les oasis, nous citerons seulement Tafilet et Figuig.

Fez, celle des deux capitales du Maroc où habite le plus souvent le sultan actuel, est une vieille ville d’environ soixante mille habitants,

Fez dans le lointain.

scindée en deux quartiers tout à fait séparés ayant chacun leur enceinte spéciale : le [Fez actuel est donc en réalité la réunion de deux villes distinctes : le Fez neuf (Fez el-djedid) et le vieux Fez (el-bali). Une muraille en pisé, crénelée, munie de tours, haute de cinq à six mètres, large de deux, avec des rentrants et des saillants qui permettent un certain flan-

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quement , 1 entoure dune enceinte continue.

Bâtie à deux kilomètres du Sebou et arrosée par deux ruisseaux qui lui assurent le luxe d’une végétation puissante, la résidence de l’empereur est, sans rivale, la ville par excellence du Maroc. Bien qu à vrai dire, elle ne demeure plus aujourd’hui que l’ombre de ce quelle fut jadis, on y trouve encore un mouvement qu’on rencontre seulement sur deux ou trois autres points de 1 empire, à Tanger et à Maroc, par exemple.

Des cinq ou six cents mosquées — peut-être mi^e — que posséda Fez au temps de sa splendeur, il n’en reste qu’une centaine; mais la qualité fait oublier la quantité.

Des mosquées actuellement existantes, deux jouissent d’une considération spéciale, celle de Mouley-Drin (1) et celle de Karaouine. L’ une et 1 autre constituent de véritables universités dont les cours attirent un personnel considérable d’étudiants venus non seulement de tous les points du Maroc, mais aussi de l’Algérie et même des régions du bas Niger. Ces universités contiennent divers cours ou écoles (Medarsa) de différents degrés, depuis celles où l’on

(1) Mouley veut dire Seigneur-Maître. Mouley-Drin fut le père du fondateur de Fez. Il descendait, bien entendu, du prophète et est l’origine d’une des trois grandes familles religieuses du Maroc. Les deux autres sont leschérifs filaliet les chérifs d’Ouezzan.

apprend simplement à lire, jusqu’à celles où l’on se livre aux commentaires les plus élevés du texte sacré. Le livre principal est le Coran, puis viennent certains traités de sciences mathématiques, mais en petit nombre et généralement peu étudiés.

Les étudiants qui ont suivi les cours les plus élevés deviennent tolba (pluriel detaleb) c’està-dire, et avec une approximation très éloignée, des bacheliers; le taleb qui continue ses études prend le titre de feky (licencié!) Quant aux cheiks, ce sont les docteurs de la loi.

Le mot feky peut être aussi traduit par clerc dans l’ancienne acception du mot. « En dehors du Coran, des commentaires de Sidi-Bokhari, de quelques notions de géométrie et d’astronomie nécessaires au calcul des heures, les feky sont d’une ignorance profonde; le peu qu’ils savent actuellement vient des Européens avec lesquels ils se sont trouvés en contact à diverses époques.

« Quelques-uns étudient la géométrie dans une traduction de Legendre et récitent quelques théorèmes par cœur ; ils prennent le titre de mohendez (géomètres), mais ne cherchent pas à s’instruire davantage parce qu’ils ne sont pas encouragés.

« Pour eux, le monde se partage en deux parties : le Berr nsara, pays des chrétiens où

Ton parle le hajamia, et le Berr meslemin, où on parle arabe ou turc.

« Ils connaissent deux mers : la petite mer (Méditerranée) et la grande mer (océan Atlantique); quelques ports, Gibraltar, Marseille, Gênes, Venise, Alexandrie. La Mecque est le centre du Berr meslemin , le Cherk est l’Orient : le Maghreb est l’Occident ; le Maghreb-el-Aksa, l’Occident le plus éloigné, représente à peu près le Maroc.

« Cette expression n’est connue que par les savants; habituellement, le mot Rorb sert aussi à désigner le Maroc.

« L’étude de la physique et de la chimie etc., est presque une impiété; ils considèrent d’ailleurs ces sciences comme une réunion de recettes et sont loin de se douter de la précision des méthodes qu’on y emploie (1). »

En dehors de ses mosquées et de ses universités, Fez tire encore une réelle importance de son commerce et de son industrie.

« A propos du premier, il faut citer les échanges relatifs aux armes blanches, aux armes ou bijoux damasquinés, aux étoffes diverses, servant à faire en particulier les burnous. Comme branches industrielles spéciales à Fez, il faut

(1) Le Maroc moderne , par le capitaine J. Erckmann, ancien chef de la mission militaire française au Maroc. Paris, Challamel aîné. 1885.

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citer le damasquinage des armes, le tannage des cuirs, la préparation de certaines poteries, un émaillage et un vernissage particuliers.

« Une industrie récente qu’on s’étonne de trouver dans une ville « sainte » est la distillationdes fruits, figues de Berbérie, dattes, figues, arbouses, que l’on transforme en eau-de-vie. »

Mequinez n’a que vingt mille habitants et son importance minime ne lui donnerait pas le droit d’occuper la seconde place dans cette nomenclature, si son voisinage de Fez, dont elle n’est qu’à une journée de marche, ne nous engageait à la lui attribuer.

Où que l’on porte ses pas au Maroc, on a l’idée d’une civilisation qui meurt, d’un empire qui s’effondre. Cette impression est bien celle que l’on éprouve en contemplant à Mequinez les ruines de constructions grandioses tels que la mosquée et le palais que Mouley-Ismaël fit bâtir au xvn° siècle.

Les murailles sont également dignes d’attirer l’attention; mais tout cela s’effrite, tout cela se disjoint, tombe en poussière : dans quelques années, si une main intelligente ne vient point prendre bientôt la truelle, il ne restera plus à Mequinez que des pierres éparses, témoins impuissants et muets de l’indifférence inepte de ses habitants.

Les fortifications de Mequinez rappellent les cruautés du sultan Ismaël qui les fit élever. Ce n’est malheureusement pas une légende, cette histoire de chrétiens jetés vivants au milieu de la maçonnerie et murés respirant encore, sous l’escarpe de pierre. On retrouve à chaque instant, parmi les éboulis des murailles, des ossements qui constituent, en faveur de l’atroce vérité, un irréfutable document humain .

A vingt kilomètres, au nord de Mequinez se trouvait F ancienne- station romaine connue sous le nom de Volubilis — c’est l’Ouilili arabe. — Il n’y reste plus qu’un arc de triomphe, les ruines d’un temple et quelques socles de monuments inconnus.

Ouezzan est bien connu en France par suite de l’amitié solide que son chérif Mouley-Taïeb professe pour notre pays; comme résidence du chef d’une des trois grandes familles religieuses dont nous avons parlé plus haut , Ouezzan jouit au Maroc d’une célébrité que son étendue géographique ne suffirait point à lui donner.

La ville de Maroc eût mérité, par son importance, d’ètre nommée immédiatement après celle de Fez. Bien qu elle soit, elle aussi, bien déchue de sa splendeur primitive, elle est encore résidence impériale et n’a pas moins de 50,000 habitants.

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Elle se compose d’un polygone fermé, ceint de murailles comme à Fez, dans lequel on pé-

Vieux juif marocain.

nètre par huit portes. La Kasbah ou forteresse, la Médina ou ville proprement dite, la Zaouia, sorte de couvent ou d’université, enfin diverses

mosquées dont la principale, la Kehbia, haute de 82 mètres, est contemporaine de la Giralda de Séville, composent l’ensemble de la ville qui occupe environ 25 kilomètres carrés. Le commerce de Maroc, comme son industrie sont, h l’égal du commerce et de l’industrie de Fez, dans un certain état de prospérité; cependant la première capitale de l’empire tend chaque jour à prendre sur la seconde une supériorité marquée. D’où vient un tel état de choses, il serait difficile de le dire, étant donné surtout que la presque totalité du commerce de Maroc se trouve entre les mains des Juifs. La confection et la vente des armes, celle des tapis, le tannage des cuirs dits maroquins constituent le fond du commerce et de l’industrie de la ville de Maroc : en ce qui concerne la préparation des peaux et des cuirs, les produits de la seconde capitale de l’empire sont aujourd’hui dépassés par ceux provenant du Tafilet.

Taroudant, Tiznit, Massa, Aouguelmine, Tamagrout, sont des centres plus ou moins considérables variant comme population de 1,000 à 4,000 habitants, et auxquels c’est faire beaucoup d’honneur que d’attribuer le nom de ville.

Dans la plupart de ces agglomérations, le sultan est représenté par un caïd : cependant, en l’état actuel, les Européens ne peuvent y séjourner; à Taroudant par exemple, on assas-

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sine en pleine rue (1) sans que personne trouve à redire à ce procédé aussi expéditif que peu civilisé.

Sur la côte et en commençant par la Méditerranée, la première ville un peu considérable et dont nous ayons à faire mention est Tétouan, sur laquelle la campagne espagnole de 1860 a appelé l’attention publique. Située à une dizaine de kilomètres de la mer, dans la vallée de 1 Oued Ras, Tétouan est entourée de bonnes murailles et protégée encore par une citadelle qui lui donne une certaine valeur comme place forte. Le commerce, presque en entier aux mains d’Algériens venus de la province d’Oran, y est relativement florissant et embrasse les produits que nous avons signalés déjà a propos de Fez et de Maroc : on y exporte une quantité considérable d’oranges et on y distille une eau-de-vie médiocre qui est assez estimée en Espagne.

Le mellah (quartier) juif est entouré de murailles et forme une seconde enceinte dans la première. Les juifs de Tétouan constituent environ le quart de la population urbaine et en possèdent presque toutes les richesses. « Leur quartier, où ils jouissent d’une certaine autonomie, se distingue des autres par une propreté

(1) Erckmann, p. 53.

relative, leurs maisons sont plus confortables, leurs costumes plus riches; les jours de fête, leurs femmes dont on célèbre la beauté, sont couvertes d’or et de soie. Tétouan est un des centres du monde israélite (1). »

On n’oublie jamais, quand on l’a contemplé une fois, le coup d’œil pittoresque, féerique, qu’offre la ville de Tanger quand on l’aborde du côté de la mer. Au fond d’une petite baie où la mer bleue n’a pas une lame, se dresse en amphithéâtre un fouillis inextricable de maisons blanchâtres, d’où se détachent çà et là les tours des mosquées. Une vieille forteresse qui, vue de loin, de très loin, paraît encore redoutable, domine cet ensemble de constructions où toutes les nuances du blanc se fondent avec harmonie. Derrière la ville, au second et au troisième plan et plus en arrière encore, au point où le ciel rejoint les montagnes diaphanes qui bordent l’ horizon, on aperçoit des crêtes découpées qui font l’effet de scies argentées.

Quand on aborde, le désenchantement ne tarde point à naître ; cependant pour peu qu’on aime la couleur locale, on est forcé de reconnaître qu’elle se rencontre là d’une façon absolument caractérisée. Un dédale de rues étroites, bordées par des maisons sans autre

(1) 0. Reclus.

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ouverture qu’une porte de bois, et élevées avec le plus profond mépris de la ligne droite ou de l’ alignement, çà et là dans ces murailles continues, quelques percées, quelques entre-bâillements sans air ni lumière représentant des

Tanger.

boutiques, des chaussées pleines de trous ou de cailloux saillants, infectées de toutes sortes d’ordures et d’immondices; telle est l’impression que rapporte un Européen d’une première promenade à Tanger.

Après Tanger, la première ville qu’on rencontre sur les côtes marocaines en se dirigeant vers le sud, c’est Arcilla, qui n’est plus qu’un bourg sans importance. Au temps des Portu-

irais, elle eut son heure de célébrité; elle fut longtemps disputée et subit un nombre très respectable d’assauts.

Ce fut à Arcilla que prit terre la flotte de Don Sébastien, un mois avant la bataille d’Alcazar- Kébir.

Larache, qu’on rencontre ensuite, el-Araisch des Arabes, se trouve à l'embouchure d’une petite rivière, la Louccos, que défend une forte barre. Rien d’important à signaler à Larache, pas plus qu’à Mehedia, l’ancienne Mamorra des Portugais. « Si jamais Murray et ses émules publient un guide du voyageur au Maroc, je veux leur laisser le soin de décrire méthodiquement et minutieusement toutes les villes.

« Ce sera une tâche fastidieuse, car ces centres populeux sont en quelque sorte stéréotypés les uns sur les autres. Ce sont toujours les mêmes bicoques carrées, blanchies à la chaux, les mêmes terrasses, les mêmes ruelles étroites et tortueuses, les mêmes mosquées d’une architecture invariable, la même population, sordide et pittoresque. Ce qui change le moins, c’est encore la saleté qu’on est sûr de retrouver dès qu’on met le pied sur le sol du Maroc (1). »

Vues de la mer, à distance, ces villes présentent toutes un coup d’œil séduisant avec leurs

p) L. Leclerc, De Mogcidor à Biskrci, p. 24.

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maisons d’une blancheur éclatante, leurs minarets élancés, leurs murailles qui découpent des lignes crénelées sur un ciel d’azur ; mais l’illusion tombe dès qu’on y entre.

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