‹ Le MarocChapitre 11 sur 42 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

TAFILET ET FIGUIG.

En dehors des villes dont nous venons de donner la description sommaire, nous devons parler ici des deux centres de population qui sont chacun plutôt un groupe de bourgades qu’une ville dans le vrai sens du mot, mais qui cependant par leur importance politique, religieuse, commerciale et militaire, demandent une description à part.

Nous avons nommé Tafilet et Figuig.

L’on a vu déjà, à propos de l'hydrographie du Maroc, que le massif de l’Aïatchine donnait naissance à deux importantes rivières : l’Oued Zis et l’Oued Ghir, qui l’une et l’autre, après un cours considérable, perdent leurs eaux dans les sables du désert.

L’Oued Zis traverse l’ancien royaume de Tafilet, l’Oued Ghir passe près de l’oasis de Figuig, deux petits empires à peu près indépendants que le voisinage de la frontière algé-

rienne rend spécialement intéressants pour les Français.

La vallée de l’Oued Zis, par sa situation au centre de l’empire chérifien et par sa direction nord-sud est la voie directe du Maroc vers le centre de l’Afrique ; elle a été de tout temps la route naturelle pour aller à Timbouctou. D’après Gerhard Rohlfs qui a visité l’Oued Zis à diverses reprises, ses rives, sur le bord desquelles s’élèvent de nombreux villages ou ksour, ne forment qu’un long jardin où la végétation la plus échevelée prodigue partout ses enchantements les plus merveilleux. Les forêts de palmiers constituent la richesse de cette série d’oasis qui se prolongent jusqu’au désert en prenant par groupes de Ksour des dénominations différentes : Mdagrah, Ertibé, et enfin Tafilet ou Tafilala qui donne son nom à l’ensemble de toutes ces petites féodalités.

D’après Rohlfs, le groupement de Tafilet même, serait le centre de population le plus considérable de tout le Sahara, puisqu’il comprendrait 150 villages et compterait 100,000 habitants.

Cependant, s’il faut en croire un autre voyageur, notre compatriote Gabriel Delbrel qui a parcouru le Tafilet en 1893 et qui y a séjourné dans des conditions grâces auxquelles il a pu étudier le pays comme aucun autre Européen ne

TAFILET ET FIGUIG.

l’avait lait avant lui, il y aurait quelque chose à rabattre de l’enthousiasme de Rohlfs.

D après Delbrel, le Tafilet serait, pour le Maroc, ce que la Sibérie est pour la Russie : le lieu d’exil des membres de la famille impériale; et cette destination aurait été choisie non pas seulement à cause de l’éloignement de cette province de tout grand centre de population, mais aussi, et surtout, en raison de sa situation climatérique qui en faisait une région relativement malsaine. D’après Delbrel, l’eau serait rare à Tafilet, et le liquide vaseux fourni par les puits serait un élément permanent de fièvres et d’épidémies. Quant à l’Oued Zis — qui traverse bien, comme on l’a dit, le Tafilet, — il ne serait plus déjà là qu’un lit desséché, depuis que les Arabes Sebâ et Ouled Zeia ont construit un barrage dans le bas Tizimi.

Quoi qu’il en soit, la situation climatérique et hydrographique du Tafdet ne semble pas aussi brillante qu’on l’avait cru jusqu’ici, et bien que 1 industrie des habitants arrive à faire produire à la terre le rendement qu’on dira plus loin, il paraît certain que ce résultat ne peut être atteint qu’au prix d’un labeur pénible et de tous les instants. Au demeurant, aucune facilité pour se porter d’un point de la contrée à 1 autre. En dehors de la route de Marrakesh à Bou-Am ou Abouam, — c’est-à-dire une

piste de im,50 de large, — aucune autre voie de communication que des sentiers de piéton.

La population de la province s élève d’après Delbrel encore — non pas comme le pense Rohlfs à 100,000 âmes, mais seulement à 40,000 répartis en quatre catégories différentes que notre compatriote range de la façon suivante :

1° Les Cheu Fâh Mouley Ali, membres exilés de la famille impériale, qui occupent quarante à cinquante villages;

2° Les Filalâ, formant la majeure partie des indigènes, répartis en trente-cinq à quarante villages ;

3° Les Ilarratines, cultivateurs et Arabes étrangers, faisant le commerce des dattes;

4° Les Juifs, confinés dans un Ksour à part, unique dans l’oasis.

Toute cette population obéit à un gouverneur qui est actuellement Mouley el Rachid, frère de l’ancien sultan Mouley-IIassan, gouverneur dont l’autorité — chose assez rare au Maroc — est volontiers reconnue de ses administrés et dont la personne, fait plus rare encore, leur est également très sympathique.

Les Filalâ sont de race berbère.

Grands et maigres, d’un ton fortement bistré, l’œil faux, leur aspect est généralement peu sympathique. Très vigoureux, bien musclés, ils

TAFILET ET F1GUIG.

passent pour monter moins bien à cheval que leurs congénères du centré et du nord marocains; en revanche ce sont, avec les Figuiguiens, les marcheurs les plus infatigables du Sahara; au contraire des hommes, les Tafîlétaines ont, la plupart, une figure agréable; et il est facile de le constater, puisque, au rebours de ce qui se passe à peu près partout dans le monde musulman, elles vaquent à leurs occupations, le visage découvert. Leur condition est d’ailleurs des plus précaires et des plus misérables.

Le costume des Tafilétains comporte, le plus communément, une chemise, un pantalon de toile et un burnous. Sur leur tête un turban constitué par un tortil en corde de poil de chameau; à la ceinture, une koumya à lame recourbée.

Leurs mœurs sont misérables comme leur costume. Leur avarice, souvent sordide, les empêche non seulement d’être hospitaliers et accueillants pour l’étranger, mais de se donner à eux-mêmes le bien-être auquel ils pourraient souvent prétendre. Leur nourriture la plus habituelle est une sorte de potage fait de beurre fondu dans l’eau bouillante, relevé de piments d’une force endiablée : c’est X arirci qui constitue, avec quelques dattes, le déjeuner. A dîner, le Tafilétain maime généralement une <mlettc

d’orge ou de maïs grillé, du beurre rance tiré de peaux de bouc ou de vases cylindriques appelés boches; comme dessert une tasse de thé anglais.

Du thé anglais ! On en trouve effectivement à Rissani et à Bou-Am (ou Abouham) les deux grands marchés du Tafdet, situés à quelques pas l’un de l’autre, au centre de l’oasis.

Deux cents huttes environ, bâties en pisé et aménagées en magasins, composent ces deux villages qui constituent deux places commerciales d’une réelle importance. Il s’y vend des bœufs, des moutons, de très bons chevaux de race berbère et de pure race arabe, des ânes, des mulets. On y fait aussi de grosses affaires sur les céréales, le thé, le café, les peaux. Une belle peau de mouton bien préparée (maroquin) y coûte communément de 12 à 14 francs, la livre de thé, 10 francs. Enfin il s’y vend aussi, à des prix « qui défient toute concurrence », des esclaves amenés du Soudan et du Touat :

Un petit garçon (8 à 10 ans), coûte généralement 300 fr.

Une petite fille — — 400 fr.

Une jeune fille cle 15 à 17 ans — de 500 à 1000 fr.

Homme ou femme au dessus de 35 ans, de 80 à 100 fr.

Mais la denrée sur laquelle les échanges les plus considérables ont lieu, est certainement la datte, dont le Tafilet produit une quantité énorme. Les dattes les plus estimées sont les

TAFILET ET FIGUIG.

bouzekris qui sont exportées en Algérie et à l’étranger : les autres, moins bonnes, sont la plupart consommées sur place.

Comme nous le disions plus haut, la culture, spécialement la culture du palmier, n’est pas sans présenter de grandes difficultés, par suite du manque d’eau. Mais l’industrie et la persévérance de l’Arabe arrivent, sous ce rapport, à produire des miracles, et à l’abri du palmier, il n’est pas un coin du sol ombragé qui ne soit utilisé pour produire toute sorte de légumes. « La seule partie du Tafdet, qui demeure improductive, ditDelbrel, est la grande plaine de sable située au centre de l’oasis ; tout le reste est très bien cultivé; pas un coin de terre n’est perdu (1). »

Malheureusement le défaut d’irrigation et l’invasion fréquente des sauterelles sont souvent une cause de ruine totale pour cette contrée, qu’on avait cru jusqu’ici plus favorisée. Nul doute que l’influence française ne parvienne un jour à améliorer cette situation véritablement digne d’intérêt.

Le territoire de Figuig s’étend sur une surface approximative de 900 kilomètres carrés, à l’extrémité du Djebel-Ahmour, entre notre frontière ouest-algérienne et le royaume de Ta-

(1) Bulletin cle la Société de géograpie, 7e série, tome XV, 2° trimestre, 1896.

filet, environ par le 32° degré de latitude nord.

Il forme un carré d’environ 30 kilomètres de côté au centre duquel s’élève une oasis, principale capitale et à la fois réduit le plus important de cet îlot fertile émergeant du désert.

Placé sous la suzeraineté nominative de l’empereur du Maroc, il constitue, en réalité, une petite république autonome dans laquelle chaque village s’administre comme il l’entend, au moyen de magistrats spéciaux constitués en municipalité ou diémaâh. En ce sens, Figuig est un État bien réellement indépendant, et il a fallu attendre l’année 1902 — à propos d’évènements politiques dont nous parlerons plus loin — pour voir des troupes françaises mettre le pied ouvertement sur ce sol, qui jusque là, avait conservé dans tout l’ouest une réputation de virginité glorieuse.

Qu’on ajoute à cela qu’au point de vue de la fécondité et de la prospérité, la nature a traité Figuig en mère complaisante.

Abrité des vents, par une couronne de montagnes élevées, arrosé par des sources et des rivières permanentes, ombragé par de nombreux palmiers, habité par uue population active et guerrière, industrieuse et intelligente, ce territoire est certainement un des mieux partagés de la zone étendue et mal définie qui va de la Méditerranée au grand Sahara africain.

TAFILET ET FIGUIG.

Deux chaînes de montagnes principales légèrement inclinées du sud-ouest au nord-est, mettent Figuig à l’abri des vents du nord et des simouns étouffants du désert.

C’est au nord le Djebel Grouz, qui se prolonge vers l’est par le Djebel ben Saïed et le Djebel el Haïmer septentrional; au sud ce sont les montagnes de Méliaz, avec les croupes moins élevées de Khenig, Djebel Taghia, Djebel Mezzougha, Djebel Sidi Youssef, et une colline à peine sensible, le Djebel el Haïmer méridional.

A l’ouest, des rameaux reliant entre eux les Djebel Grouz et Méliaz, ferment ce quadrilatère, dont la quatrième face est constituée vers l’orient par le Djebel Tathani, le Djermani, et le Djebel Foughani.

Ajoutons qu’au nord de la grande oasis, l’Haïmer septentrional projette vers l’est une série de petites élévations rougeâtres qui ont contraint l’Oued el-Ardja, dont nous parlerons tout à l’heure, à décrire sa grande courbe vers le nord.

C’est dans ce cadre de roches, parfois boisées, parfois nues et pelées, dont l’ensemble ne manque pas de grandeur, qu’apparaît la vaste foret de palmiers, le ghaba de Figuig, avec ses villages, ses murailles, ses tours blanches, ses mosquées et ses minarets, d’un aspect réellement merveilleux, sur le fond vert des orges et des dattiers.

La grande oasis a la forme générale d’un triangle isocèle dont la base serait orientée exactement du nord-ouest au sud-est, le sommet s’appuyant au nord-est : les deux villages ou ksour (1) qui forment cette base sont en allant du nord au sud, El-Abid et Zenaga.

Six autres ksour occupent le côté nord du triangle, et c’est, en les comptant de l’ouest à l’est : El-Oudagheir, Ouled-Sleiman, El-Maïz- Foughani, El-Maïz-Tahtani, El-Hamman-Tahtani et el-Hamman-Foughani.

On ne rencontre aucun ksar sur le côté sud du triangle.

C’est l’ensemble de ces huit villages qui forme l’Etat figuiguien, mais il s’en faut que chacun de ces centres populeux ait la même étendue, la même population, une influence identique, une égale richesse.

Zenaga, le ksar méridional, est à la vérité la capitale de Figuig.

Plus populeux à lui seul, que tous les autres ksour ensemble, il a longtemps rivalisé pour l’influence suprême avec El-Oudagheir, qui, en fin de compte, a dû passer au second rang. Après Zenaga et Oudagheir, viennent à peu près sur la même ligne, Ouled-Sleiman, les deux Maïz et les deux Hamman. Enfin, à la

(1) Ksour est le pluriel de ksar; c’est donc à tort que certains auteurs l’écrivent avec un s.

dernière place arrive El-Abid, à moitié absorbé déjà par Zenaga, et qui le sera bientôt dans sa totalité, si un nouvel état de choses ne ramène pas les Zenaguiens à une connaissance plus exacte d’un autre droit que celui de la force.

Zenaga comprend environ 6,000 habitants et 2,000 fusils; l’ensemble des constructions que comprend le ksar, forme deux pâtés principaux à cheval sur l’Oued Khenig, et dont le plus petit est habité par les Beni-Dhavit. On y compte une mosquée, comme d’ailleurs dans tous les autres ksour, et ses maisons de pisé, bâties avec une certaine élégance, offrent l’idée d’une aisance qu’on chercherait en vain dans les autres villages du sud-oranais. Une muraille crénelée d’environ 3 mètres de hauteur sur 75 centimètres d’épaisseur défend l’entrée du ksar au nord.

Trois routes principales partent de Zenaga : l’une qui conduit à El-Abid, l’autre qui mène à Oudagheir, avec bifurcation sur Ouled-Sleiman, une troisième qui longe le ksar au sud et débouche dans la plaine ou Bagdad, qui sépare l’oasis des Djebel Taghia et Mezzougha au midi.

La plus grande partie des jardins de la grande oasis appartient à Zenaga, qui possède en outre la majorité des petites oasis dont la circonférence entoure la grande comme une vaste couronne.

Cependant Zenaga est le seul ksar qui n’ait

point de source dans l’intérieur de son enceinte, et pour remédier à cet état de choses les Zcnaguiens ont su accaparer à leur profit une source qui jaillit sur le territoire d’El-Oudagheir.

On sait quelle est, au désert, l’importance de l’eau.

Sous la zone torride, où les vents brûlants venant de l’équateur ajoutent aux ardeurs du soleil leur influence desséchante et mortelle, la privation d’eau est une malédiction; c’est la ruine d’un pays et l’anéantissement d’une race. Au contraire, avec l’eau en abondance, avec des irrigations nombreuses, c’est une végétation plantureuse et luxuriante, c’est la prospérité, la richesse, c’est la vie.

Entre El-Oudagheir et Zenaga, dans la plaine à peu près plane qui constitue le sol de la grande oasis, se dresse un mamelon isolé d’environ 40 mètres d’élévation : Aïn-Zhader, au nord duquel court un ruisseau dont la possession fut cause d’une longue lutte entre les deux ksour.

M. le capitaine de Castries, qui a vécu un certain temps dans le sud-oranais et qui pénétra, il y a quelques années, àFiguig, ce qui, avant que la mission française de 1902 y fût officiellement admise, n’était pas donné à beaucoup plus de monde que d’aller jadis à Corinthe, a raconté sur les luttes d’El-Oudagheir et

TAFILET ET FIGUIG.

de Zenaga, l’anecdote suivante qui est un trait de mœurs arabes pris sur le vif.

« En 1877, rapporte-t-il, les deux oasis rivales, à la suite d’un accommodement, procédèrent à une répartition des eaux qui ramena un peu de paix à Figuig; mais, quelque temps après, les Zenagiens tentèrent de capter Aïn-Zaddert (la source) à leur profit en creusant un canal souterrain. Leurs entreprises furent déjouées par les Oudagheir qui, pour en prévenir le retour, isolèrent la source au moyen d’un fossé transversal creusé en aval. Les Zenaga dont les palmiers se desséchaient, ne se découragèrent pas ; ils reprirent leur ancienne mine, la firent descendre dans le fossé de Oudagheir et l’amenèrent jusqu’à proximité de la source. Le lendemain une explosion formidable ébranla l’oasis, tuant tout ce qui était à proximité, et les eaux de Zaddert s’élancèrent dans la tranchée fumante des Zenaga.

« Les Oudagheir remis de leur stupeur coururent aux armes, mais les Zenaga vainqueurs, restèrent les maîtres de Zaddert. Ils y firent construire un bordj (fort) où depuis, ils entretiennent en permanence quarante fantassins armés de fusils et de tromblons. »

Le ksar d’Oudagheir, le second en importance après Zénaga, compte à peu près 3,000 habitants et mettrait facilement 600 fusils en

LE MAItOC.

ligne. Les habitants sont descendants du prophète et ont offert l’hospitalité à plusieurs marabouts, entre autres à celui de Kesgaz et à celui des Oulcd-Sidi-Abd-el-Oualifi ; la mosquée d’El- Oudagheir, fréquentée par de nombreux thalebs (religieux), passe pour donner un enseignement plus orthodoxe que celui des autres ksour.

A l’ouest de Zenaga et de El-Oudagheir campe, sous des tentes, une population particulière appelée Guithane ou Gitane, ramassis de pauvres diables qui forment une caste inférieure. Ces guithanes demeurent d’ailleurs de fort peu recommandables personnages. Ce sont, en général, d’anciens pillards, auxquels les hasards de la guerre et de la razzia n’ont pas été profitables, et qui, après avoir longtemps vécu de maraude se sont retirés de la lutte mendiant leur vie, et rendant çà et là de petits services à ceux qui veulent bien les faire vivre. On les emploie aux travaux les plus durs du sol, aux irrigations, à la récolte de l’alfa et du vin de palme.

Les autres ksour de la grande oasis n’ont rien de particulier; leur population est d’environ 1,600 habitants. Au nord, une muraille en moins bon état que celle des Zenaga, renforcée d’abris et de tours plus pittoresques que solides, garnie du côté extérieur d’un talus avec fossé, et en arrière d’une banquette d’in-

TAFILET ET FIGUIG.

fanterie, couvre Ouled-Sleiman et les deux Maïz. On viendrait à bout en quatre coups de canon de ces maçonneries rudimentaires, mais l’artil-

Guithane de Figuig.

lerie demeurerait plus longtemps impuissante devant ces troncs serrés de palmiers qui constituent la véritable enceinte fortifiée de Fierum.

Dans l’intérieur même de l’oasis, l’enchevêtrement des constructions et des clôtures

présenterait également un obstacle de premier ordre; d’ailleurs, jusqu’ici, aucun Arabe ni Européen n’a songé à l’enlever de vive force.

Outre la source d’Aïn-Zaddert et celles qui jaillissent à l’intérieur des différents ksour, le territoire de Figuig est arrosé par une rivière principale, l’Oued Ardja, dans laquelle se jettent divers cours d’eau dont trois ont une certaine importance : le Cheïgneth ou ruisseau d’Abid, l’Oued Djenninah et l’Oued Hassi.

L’Oued Ardja prend sa source en Algérie, dans le Djebel Kursch à hauteur environ du chott Tigri, et coule du nord-est au sud-ouest jusqu’à sa rencontre avec les argiles rouges du Djebel Haimner septentrional, qui le contraignent à revenir brusquement vers le nordest. Il forme vers l’Orient, une boucle, fertilisant sur son passage la grande plaine entre les hauteurs du nord des deuxMaïz et le Djermani, redescend vers le sud à hauteur de l’oasis de Bel-Abbezah, passe dans le défdé formé par le Djebel Taghia à Mezzougha, et s’enfonce vers le sud, en reprenant sa direction primitive nord-est-sud-ouest. L’Oued Ardja a produit de nombreuses oasis dont un petit nombre (celles du nord) appartient aux Oudagheirs; celles du sud sont la propriété des Zenagas.

Page 1