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le mouvement géographique au dehors de l’Europe, à cette glorieuse époque.
Et à mesure que ces grands audacieux disparaissent, d’autres, en grand nombre, fascinés par leur exemple et par leurs découvertes, s’élancent, à leur tour, à la recherche des terres inexplorées. La vapeur et l’électricité viennent activer encore cette fièvre de l’inconnu, en mettant à la disposition des voyageurs H es moyens merveilleux de transport et de renseignements, et, grâce à ces facilités, nous assistons de nos jours à un mouvement d’expansion vers l’Orient qui n’a jamais eu de précédent.
En Asie, la Russie, qui s’est avancée par le continent, est aux prises avec l’Angleterre, dont les vaisseaux ont fait le grand tour par les mers de l’Inde. Cette dernière, qui a perdu ses colonies d’Amérique, s’est rendue maîtresse du continent australien et de la moitié de l’empire asiatique. La Hollande cherche à maintenir et à développer son influence dans les mers où elle a régné sans partage, à Java, à Sumatra, sur la côte africaine. L’Espagne, le Portugal, défendent énergiquement leurs anciens droits, et des peuples nés d’hier comme la Belgique, l’Italie, ou l’empire d’Allemagne, témoignent hautement de leurs visées conquérantes au Congo, dans la Tripolitaine, dans la mer Rouge.
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De nos jours, la raison de l’insuffisance de notre vieux continent à nourrir une population qui s’accroît dans une proportion incessante pourrait être mise en avant avec plus de raison qu’il y a quatre cents ans. Et cependant, serait-on en droit de dire que l’Europe est devenue trop exiguë pour le nombre de ses enfants? En France seulement, un des pays les mieux cultivés d’Europe, ne comptet-on pas encore 8 millions d’hectares — sur 52 qui forment la totalité — composés uniquement de landes, de pâtis et de bruyères?
Non, l’Europe pourrait être encore pour nous Y aima parens de Virgile, si notre race, plus casanière, n’avait en elle l’amour de la nouveauté, des découvertes, cette instabilité instinctive qui l’amena, il y a six mille ans, des bords du Gange aux rives du Danube et du Rhin.
D’ailleurs, il faut le dire, cette instabilité ne lui est pas particulière. « L’histoire de l’humanité se réduit presque à celle des migrations des hommes sur le globe; les luttes incessantes qu’elle enregistre ne sont que combats pour la possession des climats les plus doux, des terres les plus fécondes. » A la même heure où la race blanche se porte avec un irrésistible penchant vers l’Orient, et spécialement vers cette terre africaine, l’objet
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cle si ardentes convoitises, nous assistons à une véritable invasion des races noire et jaune vers le continent américain. C’est donc le lot de l’humanité de marcher et de se mouvoir, de tendre vers un inconnu qui fait miroiter devant ses yeux de chatoyants mirages. Pour les peuples comme pour les individus, le mouvement 11’est-il pas la vie?
L’histoire de l’expansion coloniale des divers peuples du continent européen serait une étude bien curieuse à faire, et nul doute que le moraliste n’en tirât pour l’histoire de l’humanité de précieuses conclusions. Chaque peuple colonise à sa façon : chaque race a ses procédés pour s’implanter sur le territoire qu’elle foule pour la première fois, en vainqueur, en despote ou en ami. Jadis Rome eut le courage de sa barbarie et son Væ victis! lancé insolemment aux peuples qu’elle écrasait, les prévenait qu’ils eussent à bannir toute espérance. L’Europe moderne n’a pas agi avec autant de brutalité : les mots de progrès, de civilisation, de bien-être ont été généralement mis en avant par tous les conquérants modernes qui se sont élancés vers le nouveau monde et vers les Indes, mais qui saura le nombre des victimes sacrifiées sans pitié sous le couvert de ces expressions sacrées?
La France, nous pouvons le dire bien haut,
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car le fait est tout à notre honneur, n’a jamais su verser le sang pour s’implanter dans les pays éloignés où elle s’efforçait de se fixer, et c’est pour cette raison peut-être que certains peuples — les Anglais par exemple — tiennent encore aujourd’hui en médiocre estime nos facultés colonisatrices. En Orient, aux Indes, en Amérique, les couleurs françaises n’ont jamais propagé que des idées d’égalité et de justice. Les souvenirs de La Bourdonnais et de Dupleix aux Indes, de' Montcalm au Canada, de Bugeaud en Algérie, de Galliéni à Madagascar seront toujours entourés d’une auréole glorieuse que n’obscurcira pas la moindre tache sanglante.
Il n’en est malheureusement pas de même pour bien des peuples que nous ne voulons pas nommer.
La conquête lointaine, quand elle n’a réellement pour but que l’éducation morale de races arriérées, sauvages ou moins civilisées, n’a pas besoin d’être défendue. Quelle que soit l’opinion qu’on ait encore aujourd’hui sur l’Algérie, sur les avantages qu’elle procure à la métropole, sur le plus ou moins de raison qu’ont eu la Restauration et la monarchie de Juillet d’en entreprendre et d’en organiser la conquête, personne ne saurait nier qu’au point de vue de la civilisation, du pro-
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grès, de la prospérité, du bien général de l’humanité, notre influence n’ait été salutaire dans l’immense domaine des deys, que l’Algérie de 1895 ne soit préférable à l’Algérie de 1830.
Sous ce rapport, la France en annexant sans verser de sang la Tunisie à sa grande colonie africaine, a continué généreusement l’oeuvre de Charles X, et quand on aura publié les circonstances assez vulgaires dans lesquelles a été effectuée cette seconde conquête, on arrivera sans doute à excuser les moyens, en faveur de la fin qu’on se proposait d’atteindre.
L’adjonction de la Tunisie à l’Algérie, en nous attribuant l’étendue des côtes qui séparent le cap Roux de la Tripolitaine, a donné à la France, dans le nord de l’Afrique, la limite territoriale naturelle qu’elle devait atteindre vers l’est.
Mais, ce premier résultat obtenu, il était rationnel que les préoccupations de notre pays se portassent sur l’autre flanc de notre grande colonie et que les esprits désireux de voir notre Algérie également assurée à l’est et à l’ouest, se demandassent si, vers le Maroc, nous avions bien les sécurités auxquelles nous étions en droit d’aspirer.
Il n’était pas difficile d’apercevoir combien,
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sous ce rapport, nos desiderata étaient loin d’être atteints, combien la situation actuelle demeurait entachée d’un caractère provisoire.
Il est incontestable, — l’histoire est là pour le démontrer, — que le nord-ouest de l’Afrique, de la Tripolitaine à l’embouchure du fleuve Noun ou Draâh, qui se jette dans l’Océan, vis-à-vis des Canaries et sert de limite méridionale au sud du Maroc, constitue une région unique à laquelle conviendrait une unique souveraineté.
Au temps des Romains, tout ce pays, scindé en cinq provinces, ne formait en réalité qu’un tout indivis (1) : plus tard, les Arabes donnèrent également un nom général, celui de Maghreb, à toute cette partie du continent africain et les dénominations de Maghreb el Aoula, donné à la Tunisie, de Maghreb el Aouçaht, attribué à l’Algérie, de Maghreb el Aksa, choisi pour le Maroc, confirment bien cette vérité que cette partie de la côte méditerranéo-africaine formait un empire unique.
Il est certain encore que la position prépondérante de la France dans la Méditerranée et
(1) C’était, à l’est, l’Afrique proconsulaire ou pays de Carhage, avec la Byzacène et la Tripolitaine ; à l’ouest, la Numidie, avec Constantine pour capitale; enfin, plus à l’ouest encore, les trois Maurétanies; la Sitifienne, capitale, Sétif, la Césarienne, chef-lieu Cherchell, la Tingitane, capitale Tanger.