CLIMAT
comme un maximum rarement obtenu et jamais dépassé.
L’Atlas, dans le voisinage de l’Aïatchine n’a été franchi encore que par un seul Européen, M. de Foucauld, et s’il faut en croire ce voyageui , il est nécessaire de descendre à plus de 250 kilomètres vers le sud-ouest pour trouver des brèches praticables aux caravanes. On rencontre en cet endroit les divers cols du Tizi- Naglaouï qui permettent une communication assez facile entre le bassin supérieur de l’Oumer-Rbia, entre la ville de Maroc et le bassin supérieur du Draâh, c est-à-dire entre les deux versants de l’Atlas; cependant, il faut tenir compte qu’en hiver la neige intercepte souvent le passage.
Au sud des Tizi-Naglaouï se trouve la montagne la plus élevée de toute la chaîne, le Djebel Sirouah, revêtu, nous dit Foucauld, de neiges éternelles; ce pic fait partie du massif du Deren ou Drahren qui s’étend jusqu’au col de Tagherout (10° de longitude ouest) et relie le grand Atlas au petit Atlas dont nous parlerons tout à l’heure.
Le Deren se prolonge vers le sud-ouest par 1 Adrar et 1 Aouara et vient finir au nord d’Agadn , à 1 embouchure du Sous, en conservant encore une hauteur de plus de 2,000 mètres.
Au sud du grand Atlas, nous avons à si-
gnaler encore comme montagnes, deux séries de hauteurs parallèles à la chaîne principale, d’altitude beaucoup moindre, mais cependant d’un relief suffisant pour mériter une mention spéciale.
Ce sont d’abord les déformations connues sous le nom de petit Atlas, qui atteignent parfois 1,500 mètres s’il faut en croire Rohlfs, et plus au sud encore, les collines de Bani.
Le petit Atlas n’a nulle part l’aspect grandiose et souvent désolé de l’Aïatchine. ou du Deren; plutôt qu’une chaîne continue, c’est une série de hauteurs distinctes où les endroits pittoresques ne sont point rares; les dépressions y sont nombreuses et leur franchissement n’y présente nulle part de véritables difficultés. Quant au Bani, c’est un seuil rocheux de deux ou trois cents mètres de haut, émergeant à pic du sol du désert et placé là, ce semble, pour arrêter l’envahissement des sables poussés par le vent du sud-est : le Bani s’étend des sources du Draâh à l’océan Atlantique sur une étendue d’environ 500 kilomètres.
Le petit Atlas et le Bani ont, comme on vient de le voir, une direction parallèle au grand Atlas et sont sans doute les plissements, les crevasses d’un même soulèvement. Au contraire, les ramifications qui s’étendent au nordouest du grand Atlas affectent la forme de ra-
meaux perpendiculaires à la crête principale.
Au sud des montagnes du Rifî et se détachant d’un des plus importants contreforts nord-occidentaux de l’Atlas est le Djebel Enhiane ou Aniane dont les ramifications s’étendent jusqu’à Fez et Mequinez : viennent ensuite le Djebel Akbdar entre l’Oued Tensift et 1 Oum-er-Rbia, enfin les divers massifs qui bordent la côte entre Agadir et Mogador, et dont le principal est le Djebel iïadib.
Les fleuves du Maroc sont de beaucoup les plus considérables de toute la région africaine qui confine a la Méditerranée. Sur le versant septentrional, le premier et à peu près le seul à signaler est la Moulouya (Mlouya) qui formait autrefois la limite entre la Tingitane et la Maurétanie césarienne.
Ce fleuve prend sa source dans le grand Atlas, au Djebel Aïatchine et se jette dans la Méditerranée à quelques kilomètres à l’ouest de Nemours, après un cours d’environ 400 kilomètres. De la Moulouya à l’Oued Ras qui arrose Tanger, on ne rencontre que des torrents sans importance, et les véritables rivières ne recommencent à apparaître que sur la côte occidentale. Là, nous trouvons successivement en descendant du nord au sud, l’Oued Hetcherat qui, après avoir traversé une vallée sinon fertile tout au moins pittoresque, parfois
verdoyante, se jette à la mer près de Tanger; l’Oued Khous, qui vient des montagnes de Ouezzan et atteint l’Océan près de Laraclie. Après Laraclie, la côte sablonneuse, foi me divers deltas où viennent se perdre plusieurs ruisseaux qui prennent leur source, comme l’Oued Khous, dans les montagnes du Ouezzan : c’est la côte de l’Al-Gharb, — l’Algarve des Portugais — avec les deux villes de Karsel-Kebir, et Medya, l’ancienne Mamorra des Hispano-portugais. Au sud de Mamorra, on rencontre successivement comme rivières importantes : le Sebou (Sbour), connu de Pline qui l’avait appelé le « Merveilleux », le Bou- Begrabe, l’Oum-er-Rbia ou « mère des pâturages », l’Oued Tensift, 1 Oued Sous, enfin l’Oued Draâh.
Les derniers cours d’eau que nous venons de nommer, ont, la plupart, une importance sérieuse au point de vue géographique, et ils pourraient en acquérir une autre bien supérieure sous le rapport commercial. Le Sebou qui arrose Fez, est le second fleuve de 1 Afrique pour l’abondance de son débit. Large de 300 mètres « dans sa plaine inférieure que par sèment des ruines romaines, il coule en méandres entre des berges terreuses de sept mètres de hauteur, qu’il dépasse parfois dans les crues. » Sa profondeur ordinaire est d’environ trois
mètres. Prenant sa source au nœud de montagnes qui lie l’Atlas au système des dépressions du Riff, le Sebou constitue avec la Moulouya, un canal naturel qui unit la Méditerranée à l’Océan : nul doute que, même dans l’état
La rivière Sebou.
actuel d anarchie où se trouve le Maroc, des communications commerciales se seraient établies par cette voie, si le voisinage des tribus pillardes qui infestent les sources de ces deux cours d’eau n’interdisait de ce côté tout passage.
Le Bou-Begrabe, le premier fleuve que l’on
rencontre an sud du Sebou, n a guère d importance comme cours d’eau : il est à noter cependant parce qu’il sépare politiquement les territoires de Maroc et de Fez.
C’est une rivière très souvent sans eau, dont l’étendue ne dépasse pas 150 kilomètres.
L’Oued Oum-er-Rbia est, comme le Sebou, un fleuve considérable, et certains voyageurs, Renou et Hooker entre autres, prétendent qu’il lui est supérieur comme débit ; son lit peu profond, presque sans berges, lui permet au moment des pluies de se répandre à une grande distance de ses deux rives. Il résulte de ces inondations fréquentes à certains moments de l’année, que la vallée de l’ Oum-er-Rbia est très fertile, surtout près de l’estuaire; de là le nom du fleuve : mère des pâturages.
L’Oum-er-Rbia est navigable en toute saison pour les radeaux en jonc du pays; peut-être avec certains travaux de canalisation, le rendrait-on facilement abordable à des embarcations plus considérables.
Au' sud de l’Oum-er-Rbia, les oueds Tensift, Sous et Assaka sont plutôt des lits de rivière que des cours d’eau proprement dits. Tous les trois, démesurément grossis pendant l’hiver, demeurent presque à sec pendant 1 été. Dans son livre intitulé Timbouctou, le docteur O. Lenz, nous raconte qu’au moment où il traversa la ri-
vière Sous, en mars 1880, ce cours d’eau avait à peine 50 centimètres de profondeur sur trois ou quatre milles de largeur.
Le Draâh, le dernier des fleuves marocains qui se jettent dans l’Atlantique, est le fleuve le plus considérable du Maroc au point de vue de
1 étendue de son cours. Il descend de l’Aïatchine, mais sur le versant sud-ouest de cette montagne, court d’abord entre le grand et le petit Atlas, franchit ce dernier au sud du massif de Chageroune et se dirige de là vers l’Océan, après avoir perdu dans les sables la presque totalité de ses eaux.
Pour que cette rapide nomenclature du sys-
tème hydrographique du Maroc ne soit pas trop incomplète, nous avons à signaler encore deux cours d’eau importants : l’Oued Zis et l’Oued Ghir qui descendent l’un et l’autre de l’Aïatchine se dirigeant directement du nord au sud et, après un cours considérable, vont se perdre dans les sables, à moins — ce qui est fort probable — qu’ils ne rejoignent le Draàh par une communication souterraine.
Le climat du Maroc, en particulier sur la côte de l’Atlantique, est d’une douceur et d’une régularité qui en font un des pays les plus sains qu’on puisse désirer. A Mogador, qui s’étend sous le 32e degré de latitude, la température ne s’abaisse jamais au-dessous de 10 degrés et ne s’élève pas plus haut que 31° (1) : aussi les maladies dues aux fréquents changements de température sont -elles inconnues dans cette zone tempérée, et la phtisie, par exemple, qui fait en Europe de si rudes ravages, est, à Mogador, une véritable exception (2).
Dans un pays qui s’étend du 37e au 27e degré de latitude, qui confine d’un côté à la mer, de l’autre aux sables du Sahara, toutes les régions ne sont pas aussi favorisées. Ainsi, la partie du
(1) Observations de Beaumiersur une période de neuf années.
(2) Le docteur Thévenin n’a constaté que cinq cas de phtisie en dix années, et encore trois malades avaient-ils rapporté cette affection d’un autre pays.
OROGRAPHIE. — l-LEUVES.