LES ALMORAVIDES ET LES ALMOHADES
Espagne quand il apprit la mort de son père. Il s'illustra par la grande victoire d'Alarcos sur les Espagnols, tua 30 000 chrétiens, insulta Tolède, prit Madrid et revint à Séville couvert de gloire. Son nom devint si célèbre dans le monde musulman que Salah-ed-Din (notre Saladin), le conquérant de l'Egypte, lui envoya des présents et demanda l'appui de sa flotte. Mais son titre de gloire le plus durable réside sans doute dans le remarquable ensemble de splendides monuments dont il fit orner l'Espagne et le Maroc. La Koutoubia de Merrakech, la Giralda de Séville, La tour de Hassan à Rabat restent parmi les plus belles manifestations de l'architecture musulmane en Occident. 11 fut le fondateur de la ville de Rabat {Ribat-el-Fath, le camp de la victoire).
Après Yacoub-el-Mansour, la décadence commence. En Espagne, la reconquista s'affirme par la victoire des chrétiens sur les musulmans à la célèbre journée de Las Navas-de-Tolosa. Dans le Maroc, aux menées des Arabes se joint l'envahissement progressif de l'empire par les Beni-Abd-el-Hak (Beni-Merin), venus du Sahara par la vallée de la Moulouya. Les derniers Almohades se débattent au milieu de la désagrégation de leur empire. Parmi eux se détache la personnalité d'El- Mamoun (1227); élevé en Espagne, marié à une chrétienne, il répudie le Mahdi son ancêtre en le traitant d'imposteur. La plupart des derniers souverains almohades, oublieux de l'administration, s'adonnaient à l'ivresse et aux plaisirs ; leur garde, assez semblable à ce que furent les janissaires, se révoltait au moindre prétexte et égorgeait le sultan. Les grands officiers qui gouvernaient en Espagne ou en Ifrikia se proclamaient indépendants, les tribus se soulevaient, la guerre sainte était interrompue.
L'empire fondé par Abd-el-Moumen disparut dès le xiif siècle. LTfrikia (Tunisie) s'affranchit la première sous l'autorité des Hafsides. Le royaume de Tlemcen à
son tour, avec le Maghreb central, se détacha et devint la proie des Abd-cl-Ouad, tribu d'origine zenatienne venue du Djebel Amour. Enfin les Bcni-Merin portèrent les derniers coups à l'empire; en 1248, ils s'installaient à Fez, et, dix-huit ans plus tard, à Merrakech.
Ainsi, toujours la même histoire se répète : les combats et les dynasties se succèdent comme les dunes les unes derrière les autres. Le détail de cette histoire est sans intérêt au point de vue historique. Toujours, du désert ou de l'Atlas, sort une tribu ou un groupe de tribus désireux de s'établir dans des régions plus fertiles. La perspective du butin entraîne d'autres tribus, qui se joignent à la première pour submerger les plaines et piller les villes, mais l'unité est bientôt rompue, un nouvel empire s'élève au détriment des précédents dominateurs épuisés, dont les débris sont repoussés dans le désert ou dans les montagnes.
Les impulsions qui mettent ces tribus en mouvement sont de diverses sortes; la plupart du temps, c'est simplement le désir du pillage et l'ambition de quelque chef, mais l'ébranlement n'est vraiment profond et prolongé que si un motif religieux vient s'y joindre. Le mouvement kharedjite, le mouvement fatmide, le mouvement almohade en sont des exemples.
Ces mouvements n'aboutissent pas à la création de formes religieuses nouvelles, ni à une évolution véritable de l'islam. Les hautes spéculations religieuses et les grandes théories politiques sont parfaitement indifférentes aux Berbères, qu'il s'agisse de la démocratie kharedjite ou de l'absolutisme chiite. Il leur suffit que le prédicateur ait les cheveux longs et mal peignés, les yeux brillants, le burnous déchiré et le visage sale, la voix tonnante ou caverneuse. S'il peut jeûner six semaines de suite, amener la pluie, faire danser des serpents, rendre des oracles, ils le tiennent pour le Mahdi qui apporte le royaume de Dieu sur la terre.