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Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;

Qunnd on éludie avec attention Thistorre de l'Europe depuis quatre cents ans, — non pas au point de vue de ses luttes mesquines et des guerres qui Font désolée, — mais en envisageant sous un rapport plus élevé le développement moral et sociologique des peuples qui vivent à sa surface, on aperçoit la même race que des migrations successives avaient ponsséej six millcans avant Tère chrétienne, des plateaux de TAsie vers les contrées plus tempérées de T ancien continent, éprouver, dès la fin du moyen âge, une tendance irrésistible à immigrer de nouveau vers des terres inconnues (1).

A répoque où Marco Polo, où Bétliencourt, Barthélémy Diuz, Christoplie Colomb, Vasco de Gama, entreprirent leurs premiers voyages, la population qui couvrait TEurope n'était pas le dixième de ce que nous la voyons au-

(1) On fixe généralement à six mille ans avant l'ùre chrétienne la date de la firemiére migration aryenne, dos plat^îaux aâiatir|UÊS eu Eurupe,

Yl INTRODUCTION.

jourd'hui (2)< D'immenses fractions de ses territoires demeuraient à peine habitées, et -a

Ton serait bien loin de la vérité en prétendant (

que ce fut pour combattre la pléthore d'existences qui l'aurait envahie, que les grands découvreurs dont nous avons cité plus haut les noms, cherchèrent les vastes continents et les horizons inconnus qu'ils ouvrirent devant leurs compatriotes.

La véritable raison n^est certainement pas celle-là.

Tout d'abord ce sont les peuples répandus sur les côtes occidentales de l'Europe que saisit le vertige de la découverte, Tap- j

pat de Tinconnu. En premier lieu viennent *

les Français, avec le Calaisîen Bétbencourt qui découvre les Canaries en 1401, puis, c est le tour des Portugais, troublés par la contemplation de cet Océan par delà lequel ils cherchent à voir; a]Drès les Portugais, les Espagnols conduits par un Italien, enfin les Anglais et les Hollandais, confinant les uns !

(2) D'après Moreau de Jonnès, l'Europe ihuUo sa population en soixante-huit ans, qxiqne moyenne. Le chiffre moins éU^xé est, pour la Belgique, quarante et un ans, et le plus éh\éy pour l;i Fmnœ, cent dix-huit ans. D'après ce calcul, l'ancien continent serait aujourd'hui sept fois plus peuplé qu'au quinzième siècle, mais il faut tenir compte que h proportion j

adoptée ne s applique qifau siècle dernier; elle demeure beau- '

coup trop fjrte pour les {vaia siècles précédents.

ÎNTRODUCTTON.

TH

et les autres à la mer par une étendue considérable ou par la totalité de leurs côtes.

Le mouvement entamé au commencement du x\° siècle, se continue au xvi° avec un redoublement d'activité et d'énergie. Peu à peu les peuples du centre de TEurope prennent part à Teffervescence générale. En 1612, Richelieu invite le roi Louis XIII à planter le drapeau fleurdelisé sur Madagascar^ et dans les années qui suivent^ de hardis marins vont prendre pied au nom de la France au Canada, ' aux Antilles, aux Indes.

Au xvni* siècle, le mouvement continue en s'acccntuant avec un redoublement d'énergie, A cette époque, le continent américain est conquis en entier au sud par TEspagne, au centre par l'Angleterre, au Canada par la France : comme il n'y a plus de champ ouvert aux investigateurs de ce côté, c'est sur les mers des Indes, vers les continents asiatiques et africains que s'élancent les explorateurs. Les noms du Danois Behring, du Hanovrien Niebuhr, du Suédois Thunberg, des Anglais Garteret et Cook, des Français Sonnerat, Bougainville, La Pérouse, Adanson, Levaillant, personnifient le mouvement géographique au dehors de l'Europe, à cette glorieuse époque.

Et à mesure que ces grands audacieux dis-

vin INTRODUCTION.

paraissent, d'autres, en grand nombre, fascinés par leur exemple et par leurs découvertes, s'élancent, à leur tour ^ à la recherche des terres inexplorées. La vapeur et Télectricité viennent activer encore cette fièvre de l'inconnu, en mettant à la disposition des voyageurs des moyens merveilleux de transport et de renseignement, et, grâce à ces facilités, nous assistons de nos jours à un mouvement d'expansion vers TOrientqui n'a jamais eu de précédent.

En Asie, la Russie, qui s est avancée par le continent, est aux prises avec T Angleterre, dont les vaisseaux ont fait le grand tour par les mers de Tlnde. Cette dernière, qui a perdu ses colonies d'Amérique, s'est rendue maîtresse du continent australien et de la moitié de rcrapire asiatique, La Hollande cherche à maintenir et à développer son influence dans les mers où elle a régné sans partage, à Java» à Sumatra, sur la côte africaine. L'Espagne, le Portugal, défendent énergiqucment leurs anciens droits, et des peuples nés d'hier comme la Belgique, l'Italie, ou l'empire d'Allemagne, témoignent hautement de leurs visées conquérantes au Congo, dans la Tripolitaine^ dans la mer Uouge,

De nos jours, la raison de l'insuffisance de notre vieux continent à nourrir une popula-

ÏMhUI UCTIOX.

tion qui s'accroît dans une proportion incessante pourrait être mise en avant avec plus de raison qu'il y a quatre cents ans. Et cependant, serait-on en droit de dire que TEiirope est devenue trop exiguë pour le nombre de ses eulants? En France seulement^ un des pays les mieux cultivés d'Europe, ne coniptet-on pas encore 8 millions d'hectares — sur :V2 qui forment la totalité — composes uniquement de landes^ de pàtis et de bruyères?

Non, l'Europe pourrait être encore pour nous V aima parens de Virgile, si notre race, plus casanière, n*avait en elle Ta m ou r de la nouveauté, des découvertes, cette instabilité instinctive qui Tamenaj il y a six mille ans, des bords du Gange aux rives du Danube et du Uliin.

D'ailleurs, il faut le dire, cette instabilité ne lui est pas particulière. ^ L'histoire de rhumanité se réduit presque à celle des migrations des hommes sur le globe; les liittcs incessantes qu'elle enregistre ne sont que combats pour la possession des climats les plus doux, des terres les plus fécondes, >i A la même heure où la race blanche se porte avec un irrésistible penchant vers TOrient, et spécialement vers cette terre africaine, objet de si ardentes convoitises, nous assistons à une véritable invasion des races noire et

iNTHODUCnoK.

jaune vers le continent amérîciiin. C'est donc

le lot de rhumanité de marcher et de se mou- ♦

voir, de tendre vers nn inconnu qui fait miroiter devant SCS yeux de chatoyants mirages. Pour les peuples comme pour les individus, le mouvement n'est-il pas la vie?

Lliistoire de l'expansion coloniale des divers peuples du continent européen serait une étude hien curieuse à faire et nul doute que le moraliste nen tinU pour Thistoire de Tliumanité de précieuses conclusions. Cliaque peuple colonise à sa façon ; chaque race a ses procédés pour s'implanter sur le territoire qu elle foule pour la première fois, en vainqueur, en despote ou en ami. Jadis Rome eut | le courage de sa barbarie et son Vœ victis!

lancé insolemment aux peuples qu'elle écrasait, les prévenait qu'ils eussent à bannir toute espérance- L'Europe moderne n'a pas agi avec autant de brutalité : les mots de progrès, de civilisation, debien-etrc ont été généralement mis en avant par tous les conquérants modernes qui se sont élances vers le nouveau monde et vers les Indes, mais qui saura le nombre de victimes sacrifiées sans pitié sous le couvert de ces expressions sacrées? .'

La France, nous pouvons le dire bien haut, 1

car le fait est tout à notre honneur, n'a ja- f^

mais su verser le sang pour s'implanter dans i'

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