‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 2 sur 71 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

les pays éloignés où elle s'efforçait de se fixer, ^ et c'est pour cette raison peut-être que cer-

tains peuples — les Anglais par exemple — tiennent encore aujourd'hui en médiocre es- [ time nos facultés colonisatrices. En Orient,

• aux Indes, en Amérique, les couleurs fran-

çaises n'ont jamais propagé que des idées d'égalité et de justice. Les souvenirs de Fla- ' court à Madagascar, de Dupleix aux Indes, de

Montcalm au Canada, de Bugeaud en Algérie, seront toujours entourés d'une auréole glorieuse que n'obscurcira pas la moindre tache sanglante.

Il n'en est malheureusement pas de même ^ pour bien des peuples que nous ne voulons

pas nommer.

La conquête lointaine, quand elle n'a réellement pour but que l'éducation morale de races arriérées, sauvages ou moins civilisées, n'a pas besoin d'être défendue. Quelle que soit l'opinion qu'on ait encore aujourd'hui sur l'Algérie, sur les avantages qu'elle procure à la métropole, sur le plus ou moins de raison qu'ont eu la Restauration et la monarchie de Juillet d'en entreprendre et d'en organiser la conquête, personne ne saurait nier qu'au point de vue de la civilisation, du progrès, de la prospérité, du bien général de l'humanité, notre influence n'ait été salutaire

Xlî INTaODUCTiOrC.

dans Fiminense domaine des deys, que TAlgérie de 1895 ne soit préférable a T Algérie de 1830.

Sous ce rapport, la France en annexant sans verser de sang la Tunisie à sa^ grande colonie africaine, a continué généreusement r œuvre de Charles X, et quand on aura publié les circonstances assez vulgaires dans lesquelles a été efïectuée cette seconde conquête on arrivera sans doute à excuser les moyens, en faveur de la fin qu'on se proposait d'atteindre.

L'adjonction de la Tunisie à TAIgérie, en nous attribuant Tétendue des côtes qui séparent le cap Houx de la Tripolitaine, a donné à la France, dans le nord de l'Afrique, la limite territoriale naturelle qu'elle devait atteindre vers Test*

Mais, ce premier résultat obtenu, il était rationnel que les préoccupations de notre pays se portassent sur l'autre flanc de notre grande colonie et que les esprits désireux de voir notre Algérie également assurée à Test et à Touest, se demandassent si, vers le Maroc, nous avions bien les sécurités auxquelles nous étions en droit d'aspirer.

Il n'était pas difficile d'apercevoir combien, sous ce rapport, nos décidera la étaient loin d'être atteints, combien la situation actuelle

INTRODUCTCON. XIII

demeurait entachée d'un caractère provisoire.

Il est incontestable, — Iliistoire est là pour le démontrer, — que le Nord-Ouest de rAfrique, de la Tri poli ta ine à l'embouchure du fleuve Noun ou Uraah, qui se jette dans l'Océan vis-à-vis des Canaries et sert de limite méridionale au sud du Maroc, constitue une région unique à laquelle conviendrait une unique souveraineté-

Au temps des Romains, tout ce pays, scindé en cinq provinces, ne formait en réalité qu'un tout indivis (1); plus tard, les Arabes donnèrent également un nom général, celui de Maghreb, à toute cette partie du continent africain, et les dénominations du Maghreb el Aoula, donné à la Tunisie, de Maghreb el Aouçaht, attribué ù r Algérie, du Maghreb el Aksa, choisi pour le Maroc, confirment bien cette vérité que cette pallie de la côte méditcrranéo-africaine formait un empire unique.

II est certain encore que la position prépondérante de la France dans la Méditer-

(i) C'était, à l'est, T Afrique pro consulaire ou pays fltî Cartilage, avec la Byzacène el la Tnpolitaine; à l'ouest, la Numidie, avec Gojistântine pour capitale; enfin, pîusa Touest eniore, les trois Maurétaïiies ; la Silifienne, capitale^ Setif, la Césarienne, clief-lieu Cherchell, la Tingitanis capitale Tanger.

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