POSSESSIONS ESPAGNOLES
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On verra plus loin également quelle est approximativement la population du Maroc (villes et campagnes comprises) et pour quelle raison nous !a fixons environ à 7.000.00(ï d'individus; comme on s'en rendra compte, c'est une très petite partie de ce chiiïre qui habite les villes, nous voulons dire les centres populeux, décorés avec plus ou moins de justesse, de ce nom.
Les villes du Maroc peuvent se grouper en deux catégories différentes suivant qu'elles s'élèvent sur la côte ou qu'elles sont situées dans Tintérieur des terres. Généralement^ les premières ont un léger caractère de cosmopolitisme qu'on ne retrouve pas dans les secondes; cependant, il ne faudrait pas déduire de là qu'il y ait entre les unes et les autres une bien grande différence. La vérité est que dans toutes Ton rencontre cet aspect d'abandonj de nudité, de tristesse, de saleté qui caractérise les races musulmanes ;
Parmi les villes situées dans l'intérieur des terres, nous devons citer d'abord la capitale principale Fez, puis Maroc (Marraskesh en arabe) ; ensuite Ouezzan, Méquinez, Tarudant, Guelmine ou Aouguelmine, ïamagrout: au contraire, sur la côte^ les principaux centres de population sont Tanger où réside le corps consulaire, El Arisch ou Larache, R'bat, Salé^Casa-Blanca (Dar-Beida) Mazaghan, Saffy, Mogador. Parmi les oasis^ nous citerons seulement Tafilet et Figaig,
LES VILLES PRINCIPALES
Fez, celle des deux capitales du Maroc où habite le plus souvent le sultan actuel, est une vieille ville d'environ soixante mille habitants, scindée en deux quartiers tout à fait séparés ayant chacun leur enceinte spéciale: le Fez actuel est donc en réalité la réunion de deux villes distinc-
Fest dans le lointain.
tes ; le Fez neuf (Fez el-djedid) et le vieux Fez (el-bali). Une muraille en pisé, crénelée, munie de tours, haute de cinq à six mètres, large de deux, avec des rentrants et des saillants qui permettent un certain flanquement, l'entoure d'une enceinte continue.
Bâtie à deux kilomètres du Sebou et arrosée par deux ruisseaux qui lui assurent le luxe d'une
18 LE mahoc.
végétation puissante, la résidence de Tempereur, est, sans rivale, la ville par excellence du Maroc, Bien qu*à vrai dire, elle ne demeure plus aujourd'hui que Tombre de ce qu'elle fut jadis, on y trouve encore un mouvement qu*on rencontre seulement sur deux ou trois autres points de Tempire, à Tanger et à Maroc, par exemple.
Des cinq ou six cents mosquées — peut-être mille — que posséda Fez au temps de sa splendeur, il n'en reste qu'une centaine; mais la qualité fait oublier la quantité.
Des mosquées actuellement existantes, deux jouissent d'une considérulioo spéciale^ celle de Moule y-Dnn (1) et celle de Karaouine, L'une et Tantre constituent de véritables universités dont les cours attirent un personnel considérable d'étudiants venus non seulement de tous les points du Maroc j mais aussi de TAlgérie et même des régions du bas Niger, Ces universités contiennent divers cours ou écoles (Medarsa) de différents degréSj depuis celles où Ton apprend simplement â lire, jusqu'à celles où Ton se livre aux commentaires les plus élevés du texte sacré. Le livre principal est le Coran^ puis viennent certains
(1) Mûiiley veut dire Seigneur- Maître. Mouley-Drin fut le père (lu fondateur de Fez. 11 descendait bien entendu, du prophète et est l'origine d'une des trots grandes rariiitles religieuses du Maroe, Les deux autres sont les ciiérifs fdali et les chérifs d OuczzaîL
Une rue à Ouc?.zan.
W LE MAHOG.
traités de sciences mathématiques, mais en petit nombre et généralement peu étudiés*
Les étudiants qui ont suivi les cours les plus élevés deviennent tolba (pluriel de taieb) c'est-àdire, et avec une approximation très éloignée, des hachelierH; le laleb qui continue ses études, prend le titre de feky (licencié !) Quant aux cheiks, ce sont les docteurs de la loi.
Le mot feky peut être aussi tmduit par clerc dans l'ancienne acceptation du mot. € En dehors du Coran ^ des commentaires de Sidi-Bokharij de quelques notions de géométrie et d'astronomie nécessaires au calcul des heures, les feky sont dîme ignorance profonde ; le peu qu'ils savent actuellement vient des Européens avec lesquels ils se sont trouvés en contact à diverses époques.
ft Quelques-uns étudient la géométrie dans une traduction de Legendre et récitent quelques théorèmes par cœur; ils prennent le titre de mohendez (géomètres)j mais ne cherchent pas à s'instruire davantage parce qu'ils ne sont pas encouragés,
« Pour euXj le monde se partage en deux parties ; le Berr nsara^ pays des chrétiens où Ton parle le hajamia, et le Berr meslemin, où on parle arabe ou turc.
a Ils connaissent deux mers i la petite mer (Méditerranée) et la grande mer (Océan Atlantique) ; quelques ports j Gibraltar, Marseille^ Gênes, Ve-
LES YILLES PRINCIPALES.
nise, Alexandrie, La Mecque est le centre du Ben' meslemin^ le Cherk est TOrient: le Maghreb est rOccident; le Maghreb-el-Aksa, rOccidentle plus éloigné, représente a peu prés le Maroc*
a Cette expression n*est connue que par les savants; habituetlementj le mot Rorb sert aussi à désigner le Maroc.
<t L*étude de la physique et de la chimie etc., est presque une impiété; ils considèrent d'ailleurs ces sciences comme une réunion de recettes et sont loin de se douter de la précision des méthodes qu'on y emploie (1). »
En dehors de ses mosquées et de ses tmiver* sitéSj Fez tire encore une réelle importance de son commerce et de son industrie.
c A propos du premier, il faut citer les échanges relatifs aux armes blanches, aux armes ou bijoux damasquinés, aux étoffes diverses^ servant à faire en particulier les burnous. Comme branches industrielles spéciales à FeZj il faut citer le daniasquiîjage des armes, le tannage spécial des cuirSi la préparation de certaines poteries^ uu émaillage et un vernissage particuliers.
ft Une industrie récente qu'on s'étonne de trouver dans une vUle ^ sainte » est la distillation des
(1) Le Maroc mûdernef par le capitaine J. Erckmamu ancien chef de la missiou militaire française au Maroc. Paris, Cballainel aîné. 1885.
fruits, figues de Berbériej dattes, fi gués ^ arbouses, que Ton transforme en eau-de-vie* »
Mecjuinez n'a que vingt mille habitants et son importance minime ne lui donnerait pas le droit d'occuper la seconde place dans cette nomenclature, si son voisinage de Fez, dont elle n'est qu'à une journée de marche j ne nous engageait à la lui attribuer.
Où que Ton porte ses pas au Maroc, on a Tidée d'une civilisation qui meurt, d'un empire qui s'efTondre, Cette impression est bien celle que Ton éprouve en contemplant à Mequînez les ruines de constructions grandioses tels que la mosquée et le palais que Mouley-Ismaël fit bâtir au xvn^ siècle.
Les murailles sont également dignes d'attirer l'attention; mais tout cela s'elTrite, tout cela se disjoint, tombe en poussière : dans quelques années, si une main intelUgente ne vient point prendre bientôt la truelle, il ne restera plus à Mequinez que des pierres éparses, témoins impuissants et muets de l'indifférence inepte de ses habitants,
. Les fortilications de Mequinez rappellent les cruautés du sultan Ismaël qui les fit élever. Ce n'est malheureusement pas une légende, cette histoire de chrétiens jetés vivants au milieu de la maçonnerie et murés respirant encore, sous l'escarpe de pierre. On retrouve à chaque ius-
LES TÎLLES PBTNCIPALES, 23
tant, parmi les éboulis des murailles, des ossements qui constituent, en faveur de Tatroce vérité j un irréfutable document Immain.
A vingt kilomètres^ au nord de Mequinez se trouvait l'ancienne station romaine connue sous le nom de Volubilis — c'est rOuilili arabe. — Il n'y reste plus qu'un arc de triomphe, les ruines d'un temple et quelques socles de monuments inconnus.
Ouezzan est bien connu en France par suite de Tamitié solide que son chérif Mouley-Taïeb professe pour notre pays; comme résidence du chef d'une des trois grandes familles religieuses dont nous avons parlé plus haut, Ouezzan jouit au Maroc d'une célébrité que son étendue géographique ne sufllraLt point à lui donner,
La ville de Maroc eût mérité , par son importance, d'être nommée immédiatement après celle de Fez. Bien qu'elle soit^ elle aussi, bien déchue de sa splendeur primitive, elle est encore résidence impériale et n'a pas moins de 50,000 habitants.
Elle se compose d'un polygone fermé, ceint de murailles comme à Fez, dans lequel on pénètre par huit portes. La KasbaH ou forteresse, la Médina ou ville proprement-dite, la Zaouia, sorte de couvent ou d'université, enfin diverses mosquées dont la principale la Kehbia, haute de 82 mètres, est contemporaine de la Giralda de Séville, com-
%i LE lfABOC>
posent l'ensemble de la ville qui occupe environ 25 kilomètres carrés. Le commerce de Maroc, comme son industrie sont, à l'égal du commerce et de Findustrie de Fez, dans un certain état de prospérité; cependant la première capitale de Tempire tend cliaque jour à prendre sur la seconde une supériorité marquée. D'où vient un tel état de choses, il sérail difficile de le dire, étant donné surtout que la presque totalité du commerce de Maroc se trouve entre les mains des Juifs. La confection et la vente des armes, celle des tapis^ le tannage des cuirs dits maroquins constituent le fond du commerce et deTindustrie de la \ille de Maroc : en ce qui concerne la préparation des peaux et des cuirs, les produits de la seconde capitale de Tempire sont aujourd'hui dépassés par ceux provenant du Tafilet.
Taroudant, Tiznit, Massa, Aouguelmine, Tamagrout, sont des centres plus ou moins considérables variant comme population de i ^(XK} à 4^000 habitants, et auxquels c'est faire beaucoup d'honneur que d'attribuer le nom de ville.
Dans la plupart de ces agglomérations, le sultan est' représenté par un caïd: cependant, à Tétat actuel, les européens ne peuvent y séjourner; à Taroudant par exemple, on assassine en pleine rue (1) sans que personne trouve à redire à ce procédé aussi expéditif que peu civilisé,
(1) Erckmann, p. 53.
LES VILLES PRINCIPALES
Sur la côte et en commençant par la Méditerranée, la première ville un peu considérable et dont nous ayons à faire mention estTétouanj sur
Vieux jiTJf marccain.
laquelle la campagne espagnole de 1860 a appelé l'attention publique. Située à une dizaine de kilomètres de la mer, dans la vallée de TOued Ras,
Tétouanest entourée de bonnes murailles et protégée encore par une citadelle qui lui donne une certaine valeur comme place forte. Le commerce, presque en entier aux mains d'Algériens venus de la province d'Oran, y est relativement florissant et embrasse les produits que nous avons signalés déjà à propos de Fez et de Maroc ; on y exporte une quantité considérable d'oranges et on y distille une eau-de-vie médiocre qui est assez estimée en Espagne,
Le mellah(quartier) juif est entouré de murailles et forme une seconde enceinte dans la première. Les juifs de Tétouan constituent environ le quart de la population urbaine et en possèdent presque toutes les richesses, a Leur quartier, où ils jouissent d'une certaine autonomie, se distingue des auti'es par une propreté relative, leurs maisons sont pbis confortables, leurs costumes plus riches; les jours de fête, leurs femmes dont on célèbre la beauté, sont couvertes d'or et de soie, Tétouan est un des centres du monde israélitei^ (1).
On n*oublie jamais, quand on l'a contemplé une fois, le coup d'œîl pittoresque j féerique, qu'offre la \îlle de Tanger quand on l'aborde du côté de la mer. Au fond d'une petite baie où la mer bleue n'a pas une lame, se dresse en am-
(1)0. Reclus/
LES VILLES PIUNCIPALES.
phithéâtre un fouillis inextricable de maisons blanchàtreSj d'où se détachent çà et là les tours des mosquées. Une vieille forteresse qui, vue de loin, de très loin, paraît encore redoutable, domine cet ensemble de constructions où toutes les
Taij^er.
nuances du blanc se fondent avec harmonie.
Derrière la ville, au second et au troisième plan et plus en arrière encore, au point où le ciel rejoint les montagnes diaphanes qui bordent ThorîzoUj on aperçoit des crêtes découpées qui font Teffet de scies argentées.
Quand on aborde, le désenchantement ne tarde point à naître; cependant pour peu qu'on aime la couleur locale^ on est forcé de reconnaître
Goo^'ïil
28 LE MAHOC.
qu'elle se rencontre là d'une façon absolument caractérisée. Un dédale de rues étroites, bordées par des maisons sans autre ouverture qu'une porte de bois, et élevées avec le plus profond mépiis de la ligne droite ou de TalignementjÇà et là dans ces murailles continues, quelques percées, quelques entrebâillements sans air ni lumière représentant des boutiques, des chaussées pleines de trous ou de cailloux saillants, infectées de toutes sortes d'ordures et d'immondices ; telle est rexpression que rapporte un Européen d'une première promenade à Tanger.
Après Tanger, la première ville qu'on rencontre sur les cotes marocaines en se dirigeant vers le sudj c'est Arcilla, qui n'est plus qu'un bourg sans importance. Au temps des Portugais, elle eût son heure de célébrité; elle fut longtemps disputée et subit un nombre très respectable d'assauts.
Ce fut à Arcilla que prît terre la flotte de Don Sébastien un mois avant la bataille d'iVlcazar- Kébir,
Larache qu'on rencontre ensuite, el-Araisch des Arabes, se trouve àrembouchure d'une petite rivière, la Louccos, que défend une forte barre. Rien d'important à signaler à Larache, pas plus qu'àMehedia, Tancienne Mamorra des Portugais. ^ Si jamais Murray et ses émules publient un guide du voyageur au Maroc, je veux leur laisser
LES VILLES PRINCIPALES
le soin de décrire méthodiquement et minutieusement toutes les villes (1). a
Ce sera une tâche fastidieuse, car ces centres populeux sont en quelque sorte stéréotypés les uns sur les autres. Ce sont toujours les mêmes bicoques carrées j blanchies à la chaux, les mêmes terrasses, les mêmes ruelles étroites et tortueuses, les mêmes mosquées d'une architecture invariable, la même population, sordide et pittoresque. Ce qui change le moins j c est encore la saleté qu'on est sur de retrouver dès qu'on met le pied sur le sol du Maroc.
Vues de la mer, a distance, ces villes présentent toutes un coup d'oeil séduisant avec leurs maisons d'une blancheur éclatante, leurs minarets élancés, leurs murailles qui découpent des Hgnes crénelées sur un ciel d'azur; mais t'illusion tombe dès qu'on y entre.
(1) Leclercp De Mogadm* à Biskra, p. ^4.
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