‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 16 sur 71 · CEUTA · texte numérisé non relu

CEUTA

cière meilleure permette au gouvernement espagnol de le faire passer dans le domaine des faits.

Un berbère.

Après les îles Chafarines, la seconde possession espagnole que l'on rencontre sur la terre marocaine en allant vers l'ouest est la petite place de Melilla à Tembouchure du Rio-Oro.

Une centaine de maisons, une église, un hôpi-

tal de 60 litSj un bagne, une vigie avec hortoge et de profondes citernes..- sans eau, composent cette station navale qui s'élève à l'extrémité d'une langue de terre soudée au continent par un étroit étranglement rocheux. En outre de la ville même et vei*s la terre, l'Espagne possède encore une bande de terrain longue de 3 à 4 kilo- ' mètres^ sur laquelle elle a fini par faire reconnaître à peu près sa suzeraineté et à rextréuiité^ de laquelle elle a pu construire certains simulacres d'ouvrages foi'tifiés. Celte zone malheureusèment trop peu étendue appartient à la plaine du Rio-Oro, très fertile, bien arrosée et procure aux habitants de Melilia quelques légumes frais et quelques fruits. Si les Eorlières du Riff voulaient imiter rexemple des colons espagnols et continuer sur leur so! les cultures qu'ils voient prospérer du coté de leurs voisins, ce pays de Melilia deviendrait une plaine aussi riche que la Vega de Valence,

Malheureusement toute cette partie de la côte est habilée par les races les plus farouches du Rilfet des deux côtés malgré une apparence de rapports pacifiques on vit dans un état d'hostilité permanent.

R est bien vrai que les Marocains apportent à Melilia quelques volailles^ quelques œufs, du laitage, des moutons et qu'ils font là divers échanges^ mais il ^serait imprudent à un Espa-

LES PRÉSiDIOS ESPAONOLB.

CEt-TA.

fïl

gnol de s'aventurer sous prétexte de commerco a\i delà des fortins qui lirai tent lu zone eurtv péenne.

Quoique cotte situation de guerre permanente semble inviter l'Espagne à maintenir dans ini état satisfaisant de défense la place de Melilla, ce préside ne vaut guère mieux que les Ghafarinas dont nous avons vu tout à l'heure le délabrement.

Voici à ce sujet des détails qne ikjus rencontrons dans la Correspondencia niUilar du 16 lévrier 1888. C'est un habitant dellelilla qui écrit: « des bastions et des batteries qui s'écroulent, des murailles dont la mer enlève un morceau à chaque gros temps, des mules et des jetées que les lames emportent comme si elles étaient en pâte tendre, des bâtiments abandonnés j la plupart tellement vieux qu'ils s'elfondrent, dans lesquels on ne peut habiter parce r[u\ils menacent ruine ou qu'il pleut à rintérieur autant qu'au milieu de la mer, des fenêtres et des portes qu'on est obligé de barricader et de clouer, pour que le venL toujours terrible ici, n'emporte maison et toiturej tels sont les présidîos espagnols d'Afrique et en particulier MeltUa...

tt La plupart des édifices présentent Taspect le plus lamentable,., les terrasses des maisons (1)

(i) Toutes les maisons sout terminées, en guiso de tuit par

ont Tair de cartes géograpljicpies grâce aux mille crevasses qui les fendille iit de Lous eu tés. Par ces ouvertures la pluie s'infilli^j pourrit la charpente, détrempe les murailles bâties généralement en pisé, et le tout finit par s'abimer dans la rue en écrasant de temps en temps un passanl inoiTensiL

a Un tel tableau paraîtra chargé, mais malheureusement, des accidents de ce genre arrivent plus souvent qu'il ne serait à désirer, par suite des tempêtes fréquentes qui régnent sur les côtes. Quant au jour ou il faudra tirer les pièces d'artillerie que nous possédons ici, il marquera le moment où on sera forcé de vivre à ciel ouvert ; avec les trépidations du canon ce serait en effet le comble de Timprudence que d'habiter nos maisons. C'est pour cette raison que Ton n'a pas encore essayé les pièces mises en batteries aux Ghafarincs, au moment des événements des Carolines, malgré Tordre royal qui prescrivit les expériences i& (1),

Il serait inutile de rien ajouter aune description de ce genre due à un écrivain militaire esune terrasse où Ton vient prendre l'air le soîr, et où l'on passe une grande partie de la uuit»

(1) Correspondencia militar du 10 février 1888, Cha farinas. L'article est signé Arabi-beii- Mustapha, évidemment un pseudonyme.

Goo^

XES PRESIDIOS ESFA&NOtS. — CEUTA,

pagnolj témoin oculaire et dont la compétence ne saurait être récusée (1).

Alhucemas ou Penon de Alhucemas et Telez de la Gomera ou Penon de Vêlez sont des îlots de 150 à 200 mètres de long sur 100 de large que Ton rencontre le premier à 90 kilomètres environ de Melilla, le second à 50 kilomètres d' Alhucemas quand on va vers Ceuta. Ils touchent pour ainsi dire à la côte africaine, mais cependant, l'étroit chenal qui les sépare du continent [es met à Fabri d'un coup de main de la part de leurs turbulents voisifjs,

Alhucemas contient une trentaine de mmsons, mal bâties et plus mal entretenues^ quelques magasinSj une caserne, une prison, un hôpital et une église.

Quatre-vingts soldats environ et autant de détenus, quelques cantiniers et deux ou trois petits marchands composent la population de ce préside qui, pour vivre, est obligé d'avoir recours aux tribus hostiles de la côte.

Il ne se passe pas de jour que quelque insulte ne soit prodiguée aux Européens. En 1885, le Gouverneur lui-même qui avait eu l'imprudence d*aller à terre fut à moitié lapidé et dut se re-

(l) Voir (également au sujet de l'état actuel de Melilla la FOiTespondance adressée hVIlîmtration^^M, Maurice Mev^, h 9 décembre 1893 : « ... Des réduits sans air, suirUajit l'humidité, abritent les soldats, etc., etc.

bJGoogk

tirer heureux d'avoir la vie sauve. Eu 1888, encore un autre attentat de ce ^enre fut peipéti'é, mais les Espagnols hésitants à exiger la réparalion fié ces agressions^ préférèrent, à cette époque, fermer les yeux et faire la sourde oreille à ces attaques.

On sait que la campagne entamée en 1893 pour venger un nouvel attentat des RiJTains contre la place de Melilla n'a point abouti. On peut prédire que tant que l'Espagne ne prendra point le parti de s'annexer franchement toute cette côte, elle n'en finira point avec ces pillards endurcis.

Nous avons peu de choses à dire de Vêlez de îa Gomera qui eut jadis une certaine importance et subit plusieurs sièges. Aujourd'hui , ce n'est plus qu'une bicoque sans valeur.

Vêlez de la Gomera s'élève sur un rocher de 80 mètres d'altitude dont nous avons donné la longueur et lalargeurpi-écédemment et vit comme ÂlhucemaSj de ressources qu'elle tire du continent soit africain soit européen. C*est dire la situation précaire des habitants, environ ^iOO hommes, dont 300 discipHnaires et condamnés.

On a vu plus haut l'angoisse avec laquelle ces Robin sons modernes attendent, deux fois par mois, rarrivée du bâtiment apportant des nouvelles de la mère-patrie : il est question d'à* méliorer prochainement cette lâcheuse situation.

Page 1