CEUTA
seule habitée. Quant à l'île du Roi elle est aussi déserte que 111e de la Conquête.
L'archipel des Chafarines est aujourd'hui dans un état voisin de Tabandon (1). Les anciens murs crénelés qui entourent la place avec la prétention de représenter des fortincations, sont â peu près tombées par terre. Lès batteries à peu près bora de service, aussi bien par leur état de vétusté que par leur système de construction , sont iu*niées de pièces assez bonnes, mais qui ne pouri'aient tirer sans que ë'écrou-^ lassent instantanément les divers édifices de la ville, mal construits en pierre et en terre détrempée,
-^ La garnison ne s'élève pas à 100 hommes d^infanterie, de teile sorte que, pour la plupart des services, on est obligé de faire inarcijerles onlounances, les cuisinieis, le ban et Tarrière-ban des divers employés. Dans ces conditions, la vigilance est nulle, le service forcément rehichéj sans compter la santé du soldat qui est fortement compromise par une hygiène insufiisante et souvent par un excès de travail. En ce qui concerne le détachement d'artilbiurs, leur nombre s uf tirait â peine pour servir deax pièces. L'eirecLif des troupes
(1) La pltipiirl de ces rejiiidi,niçnieiits, quand nous ne les fournissons pas de visu, sont extraits du journaux niililaires espagnols j notamment des correspùndaïK'L^s des Chafarines publiées par la Correspondencia mtUtar en 1887-1888,
LE 31 Alt OC.
d'administration et de santé militaire est en rapport avec celui de l'infanterie et de l'artillerie. Jamais les premiers n'arriveraient à exécuter tout ce qu'ils ont à faire s'ils n'étîûent aidés par des disciplinaires. Qu"il nous suffise de dire que pour le service de T hôpital où sont soignés généralement trente à quarante malades et pour celui de la pharmacie^ où se sert également la population civile j il existe un seul infirmier. La place ne possède aucun dépôt de médicaments, et quand il en faut faire venir c'est à Malaga ou même à Madrid qu'il faut s'adresser ; de même pour les instruments de chirurgie.
<i Les parcs d'artillerie et du génie sont vides : ' tout ce qui s*y trouve est hors de service; quant aux ateliers, on n'y rencontre ni des ouvriers capables, ni les outils nécessaires pour y exécuter convenablement les travaux les j^lus urgents. Nons laissons à penser la valeur du matériel qui sort de là y> (1).
Toutes les réclamations dos marins à lelTet de voir établir un phare sur Tile Isabelle II n'ont pas encore abouti, et c'est à peine si Ton y entrelient une mauvaise lanterne qu'on ue voit pas à deux milles de distance. Le port lui-même, malgré sa valeur naturelle, est complètement aban-
(1) Correspondenda milUar du 16 lévrier 1888; arliclc
LES PRESIDIOS ESPAGNOL ?i, — CELTA, 4i
donné. Sur la jetée cïn ruioe, ni nn anneau, ni une borne d'amarre j aucun magasin, pas un hangar.
En cas d'incendie ^ accident qui pourmît bien se produire avec les dépùts de pétrole qu'on a du admettre dans la place même, par suite du manque de magasins au dehors, en cas de sini&^tre, on n'a pas une pompe pour combaltre le l'eu. Kn posséderait-on d'ailleurs, qu'on n'en serait pas plus avancé, la citerne qu'on a construite depuis peu pour recueillir les pluies, ne tenant Qnvve plus Teau que le tonneau des Danaides (1),
Trois fûispai' mois, les îles Ghafarines, comme Melillaj Penon de Véle^s et Alhucemas, sont mises en communication avec la mère-patrie, par un petit bâtiment a vapeur qui les 1^^, 10 et 20 de chaque mois sort du port de Malaga pour ce service. En soixante heures la tournée duît être faite. Il serait difficile de décrire la révolution périodique causée dans ces îles infortunées par Tapparition de ce vapeur.
Deux jours avant la date de sou arrivée, les Tigies sont à leur poste, les habitants montent à leurs terrasses, les cloches sonnent a toute volée, le canon tonne, et le drapeau national est hissé au sommet du mut décliiqueté qui domine le rocher vers la haute mer,
[1) Corrêspondsuùm mïhiar du t-i février 1888.
bP^
48 LE mahoc*
Il ne faut pas s'étonner de ces démonstrations, de ces acclamations bruyantes^ de cette joie expansive des habitants des îles Chafarines. Ce coumer n'est pas pour eux un simple bateau, c'est encore le souvenir de la patrie absente; c'est le témoignage que^ tout délaissés qu'ils sont, ils ne sont pas complètement abandonnés ; c'est la vie morale et aussi la vie matérielle, car, livrés aux seules ressources de leur sol, les habitants des îles Chafarines mourraient de faim. Il y a quelques années, le général don José Maria Aparici, du corps du génie espagnol, fit des îles Chafarines une reconnaissance détaillée. L'éminent officier établit à cette époque un devis des fortifications qu'il y aurait à élever pour mettre les trois lies àTabrî d'un coup de main et leur donner l'importance militaire à laquelle les appelle leur situation topographique et géographique. D'après ces plans on devait édifier aux Chafarines une jetée dont la dépense était évaluée à 60,000 francs ; unir au moyen d'un mole TIIg d'Isabelle II à celle du Roi; construire un brise-lames sur le bas-fond dit de la Laja, à 40 mètres environ au nord de rilcdc la Conquête; placer deux phares, Tun sur * le mule, lautre sur le brise-lames, La somme de toutes ces dépenses s'élevait à un peu moins de deux millions.
Le projet du général Aparici fut approuvé^mais il attend encore jusqu'ici qu'une situation finan-