LA POPULATION. — LES IMPÔTS^ ETC
dent tous d*Qne famille unique primitive. Les dilTérences de types qu'on rencontre cliez eux, ' permettent, au contraire de reconnaître des dif-
FeEnme berliérc en grand cosluiîas-
férences marquéeSj en particulier la présence de la race ibère
Les Arabes forment actuellement au Maroc une famille unique : ils habitent en grande partie les
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villes et en dehors des villes, les campagnes qui confinent aux gramls centres populeux. Les Berbères (1), répandue sur le territoire qui avoisine FAtlas, sur les épanouissements montagneux qui forment le RiiT, sur la côte méditerranéennej dans les plaines qui touchent au sud au Sahara, sont divisés en trois grandes classes. Au nord de l'Atlas, les Akbails, Kabails ou Kabyles (habitants du Rill), les Chellaliâs sur les deux versants de l'Atlas et la côte océanique^ les Aratines au sud de T Atlas, dans la région du Draàh, de Dschesula et de Tudschakant, Les Kabyles et les Chellahas sont de race blanche, les Aratines appartiennent à la race noire.
Au point de vue social, Arabes et Berbères vivent généralement fn tribus ou kebilas. La kebila est la réunion de diveraes familles tenant l'une à Tautre par les liens du sang et \ivant d'une existence commune sous Tautorité d'un cheik élu, assisté d'un conseil (DjevimahciK), Ce chef dispose de pouvoirs à la fois administratifs, exécutifs et judiciaires. Parfois la tribu^ quand elle est considérable se divise en sons- tribus (fehed ou ied) (2), qui peuvent également avoir un cheik à leur tète. En dehors de la 2)'t^^'ïïiUre Djemmahâh dont nous avons parlé , et que cons-
(1) Voir sur Torigi ne des Berbères, l'ouvrage de M. Gustave Boissiùre: Y Algérie romame» PariSj Ikchette, 1883,
(2) Fehed, cuisse; t^d, main.
LA POPULAT[ON< — LES IMPÔTS, ETCi
SI
titue une réunion de notables de toute la tribu, la réunion des divers cheiks des feheds ou des ieds en forme une autre dont les pouvoirs sont à peu près les mêmes, L'admiiiistration de la justice est dévolue à un officier spécial qui porte le nom de cadi : il y a un cadi par tribu ou par fehed.
La tribu est la grande division sociale et administrative du Maghreb, la seule eftective. Au point de vue polittauej il en existe une autre qui demeure, sur beaucoup de points, absolument nominativej car il est temps de dire que sur les sept millions d'habitants qui peuplent Tempire du MaroCj un peu plus des quatre cmqiiîèmeSj enviro|i six millions j se considèrent comme complètement indépendants.
D*après cette division, les tribus organisées avec les Djemmahâh que nous venons de dire ont à leur tête^ côte à cote avec les cheiks élus, un préfet^ou représentant du Sultan qui porte le nom de caïd>
L'empire du Maroc — il faut le rappeler — cet empire que les géographes dessinent sur la carfe comme une région nettement limitée, une et bien déliniej se compose en réalité, au point de vue politique de parties très mal unies entre elles : c'est une confédération dont le chef nominal n'a le plus souvent sur ses sujets qu'une autorité très précaire» Le Riff au nord, le Dukkala,
8S * l'E MAROC,
l'Abda, le Hahza, à Touest; Tafilct, Figuig, à Test; le Dsehesula et le Tadschakant, au sud; sans compter une infinité d'autres régions dont la nomenclature fatiguerait inutilement Tesprit du lecteur, demeurent, au vrai mot, des états indépendants que le sultan dompte de temps en temps par la force, mais qu'il ne gouverne jamais au sens européen du mot.
L'ensemble de ces territoires plus ou moins récalcitrants, peut cependant être groupé en deux régions nettement tranchées, non pas au point de vue topograpliique, mais sous le rapport des devoirs politiques qui incombent à Time et à l'autre. On appelle pays du Maglizeu, c'est-à-dire pays dti gouvernement, les régions qai i^econnaiss^nt sans trop de difficulté Tau tori té du sultan, — le reste, c'est-â-dire l'ensemble des provinces insoumisesj c'est le pays indépendant, le bled-es-Siba.
Le Sultan ou Chérif suprême est maître absolu de la terre et des hommes, possesseur du sol^ maître de la vie de ses sujets ; il est également le chef religieux de rempire, le représentant de Mahomet. Au-dessous de lui le Sultan délègue une partie de son pouvoir à un certain nombre de ses frères, qui en qualité de kalîfas (lieutenants), perçoivent Timpôt et renvoient au maître, non sans avoir prélevé de fortes dîmes.
Près de la personne du Sultan, les hautes fonctions gouvernementales sont remplies par un
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premier miaistre appelé grand vizir, un ministre des rédamatiom ou atTaires étrangères, un ministre de la guerre et un caïd méchoarh, sorte de majordome 5 introducteur des étrangers et maître des cérémonies. Les fonctionnaires administratifs sont les pachaSj sorte de préfets civiis ou militaires qui commandent dans les villes ; au-dessous des pachas, les caïds, les kalifas, juges militaires, puis viennent les préposés aux [louanes {métasséibs et moulines kasse)^ les mou- Unes tVhor (agents de police), les ynokadèmes koniahSj sorte de juges de paix, les cadis (juges civils), les adoidi$ (notaires), les méseknnes (gardes-champêtres )j etc., etc.
L'administration de la justice, avec Tapplication des diverses peines, bastonnade, mutilation, etc., est exercée un peu par tous les agents du Sultan et souvent par Tempereur lui-même en guise de récréation, de passe-temps. Comme le Perrin Dandin^ de Racine, Sa Hautesse trouve que
*-. cela fait toujours passer une heure ou deux,
M, Jules Lecierq, qui a visité Tanger en 1878, nous a laissé à ce sujet le récit d*une audience de cadi à laquelle il a assisté et qui a une physionomie bien typique, a Ce fonctionnaire, nous dit-il j cadi de Tanger, — siège en face de la mosquée principale, dans une salle d'une grande simplicité, dont la voûte est soutenue par des
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piliers de style mauresque. Je lui fus présenté, et, suivant rusajre^ j edjan^e.ii avec lui une poignée fie mains. Il siégeait sur une estrade, assis fi la façon des Orientaux, les jambes croisées sur des natte??. 11 n'avait à ses côtés ni assesseurs ni greffiers; sur les nattes qui lui servaient de tapis vert, il y avait lui roseau taillé en plume et un vulgaire encrier en terre cuite. Le cadi tient lui-même note de ses jugements et les envoie au
notaire public qui a mission de les acier A
peine étions-nous entrés dans la salle d'audience, qu'un pauvre diable s'avança devant le cadi, mit un genou en terre et exposa son cas. Il s'agissait d'un terrain dont on lui avait usurpé la possession. Sur l'injonction du cadi^ les plaideurs se rendirent chez le notaire public et là s'éleva entre eux Ja plus violente discussion : ils criaient â rompre le tympan d'un sourd. Cette dispute accompagnée de toutes sortes de gestes menaçants, se prolongea pendant plus d'une demiheure. Quant au notaire public, il écrivait aussi impassible que s'il n'eut rien compris à tous les gros mots qui pleuvaient autour de lui...
« Du cadi nous allâmes chez le kalifa. Celui-ci est le juge militaire; il condamne à la prison et à la bastonnade pour les peccadilles ordinaires, .et à la mutilation pour des méfaits plus graves. On m*a fait voir l'instrument qui sert au supplice de la bastonnade. Ce n'est pas un bâton comme
Qluiiibre des gardes d'aune prison à Fez»
LE xM.vnoc*
f on pourrait le croire^ mais une lanière de cuir , qui déchire affreusement les chairs. Un jour de :jaïarché ne se passe guère sans bastonnade. Le fcaUfa, voulant m être agréable, m*olîrit de m'en donner un spectacle : je me hâtai do décliner cette gracieuseté arabe. Cet ^excellent kalifa eût trouvé tout natiu^el de faire fusUger un pauvre diable pour le plaisir d'un étranger, de même que le roi M'tésa faisait couper des têtes en Thonneur du cûkinel ChailIé-LGii^. » ' i > ^ . ^
PachaBj caïds et autres fonclionnaîi^ea sont d'ordinaire de très peu reqommandables personnagea. Le pacha que vit M, Leclerq à Tanger, tavec ses quatre-vingt-seizQ ans et sa barbe blanche, n'avait guère à son actif pour le Iiaut poste qu'il occupait, que le souvenir des 45,000 têtes qu'il avait fait couper jadis j au temps où il commandait les armées du Sultan. ^ Ce général I n'entendait pas un mot de^français ni d'espagnol ; if parait même qu'il parlait fort mal Farabe, car, .en dehors de Tart de couper les têtes, il était de ,1a plus crasse ignorance comme la plupart des fonctionnaires de ce beau pays ^ (1). *'•»
,j.^X^ commerce et Tindustrie du Maroc ne peuvent être bien développés dans un pays où les transactions ne sont garau Lies par aucune loi, où Texportation et le transit sont interdits, où il
(1) Jules Leclerq. De Modatjor à Biskra et en Algérie^ Paris, ChalJarael aîné, 1881, p, 42^4-